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Nos rivières agricoles sont asphyxiées et dans un état lamentable

La moitié des stations analysées démontrent des rivières en très mauvais état

Annabelle Blais et Philippe Langlois

2023-07-14T04:00:00Z

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Les rivières québécoises, surtout les petites rivières agricoles de la vallée du Saint-Laurent, sont dans un état lamentable, a constaté notre Bureau d’enquête.  

Plus de la moitié (53%) des 344 stations d'analyse situées un peu partout au Québec révèlent un cours d’eau en mauvais ou en très mauvais état, selon une compilation que nous avons réalisée à partir des données du ministère de l’Environnement. 

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Après une embellie entre 1980 et 2010 pour plusieurs rivières, la situation stagne ou se dégrade maintenant pour celles en milieu agricole, observe Stéphane Campeau, professeur au Département des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

«Ce sont des cours d'eau qui sont asphyxiés, explique-t-il. Les petits cours d'eau agricoles [moins de 500 km2], et il y en a beaucoup au Québec, sont dans un très mauvais état.»

«C'est assez clair, selon l'ensemble des indicateurs qui sont utilisés, que c'est sur les petites rivières en milieu agricole qu'il y a les plus gros problèmes généralement», renchérit Isabelle Lavoie, professeure au Centre Eau Terre Environnement de l’Institut national de recherche scientifique.

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Au cours des 30 dernières années, le gouvernement a investi des milliards de dollars dans des programmes d'assainissement des eaux usées dans le monde municipal, souligne M. Campeau. «Il y a aussi eu des améliorations dans la gestion de la fertilisation, donc les engrais de ferme, le lisier, le phosphore.»  

Les grandes cultures en cause

Mais, depuis 10 ou 15 ans, l'augmentation des grandes cultures intensives a nui aux efforts et grandement contribué à la détérioration de certaines rivières.

«Le maïs et le soja ont explosé depuis 40 ans au Québec et ces cultures sont très exigeantes en intrants, en fertilisation et en pesticides», souligne l'expert.

Stéphane Campeau, professeur au département des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières
Stéphane Campeau, professeur au département des sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Trois-Rivières Andréanne Lemire / JdeM

Dans son rapport de 2022 sur les pesticides en eaux de surface, le ministère indique que la superficie totale de ces deux cultures représente maintenant environ 47% de toutes les superficies cultivées et même jusqu’à 75% si on exclut le foin. 

«Les problèmes sont surtout dans la vallée du Saint-Laurent et c’est à cet endroit que la population du Québec et les activités humaines sont concentrées», explique Stéphane Campeau. C'est d'ailleurs en Montérégie que les cultures de maïs et de soya sont surtout concentrées.

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«Les herbicides et les insecticides qui y sont utilisés [pour le maïs et le soya] sont parmi les plus vendus au Québec», précise le même rapport.

De plus, ces cultures laissent les sols à nu en hiver, ce qui entraîne une érosion des sols qui amène alors aux rivières des sédiments et des pesticides, notamment. 

Il compare les problèmes de notre réseau hydrographique à ceux du cholestérol dans un système sanguin. «Ce système est actuellement colmaté par le cholestérol que sont les sédiments qui proviennent de l'érosion des sols agricoles: le phosphore, l'azote, les pesticides, la matière organique», illustre le professeur. 

Notre dossier s'intéressera, cette année, aux rivières particulièrement affectées par les pesticides. Mais ils ne sont pas l'unique source de la mauvaise santé de nos rivières.

D'autres problèmes

En plus des pesticides, du phosphore et de l'azote liés à l'agriculture, les rivières sont encore affectées par les rejets d’eaux usées et les surverses des municipalités. À cela s'ajoutent les sels de voirie, qui, avec les pluies, se retrouvent jusque dans les cours d'eau. Les microplastiques se sont également rajoutés sur l'écran radar des chercheurs, mais on connaît encore mal leurs impacts.

«On commence tout juste à faire les suivis de microplastiques pour les rivières; on n'a même pas de données, encore», fait remarquer Mme Lavoie.

Et chez vous?

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