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Qu’est-ce qui a retenu Luc Senay au Mexique malgré lui?

Sabin Desmeules

2026-03-05T11:00:00Z

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Il a un cœur d’enfant et il se sent plus en forme à 67 ans qu’au moment où il a atteint la cinquantaine. Luc Senay est habité par une urgence de vivre : il mord dans l’existence, il aborde chaque rôle comme une nouvelle expérience et il vit en nomade avec son amoureuse.

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Dans la websérie Mon coloc de 80 ans, il incarne un octogénaire, Marcel, qui vit en colocation avec son petit-fils Jérémie (Étienne Galloy), un jeune adulte sans emploi. Leur cohabitation entraîne toutes sortes de situations. « L’idée est formidable ! J’avais vu la version anglophone torontoise, My 90-Year-Old Roommate, où la réalité est complètement différente : le papy a 90 ans et il fait partie d’un groupe d’amis qui sont des Juifs hassidiques. »

Même en rajeunissant le grand-papa dans la version québécoise, ce dernier est plus vieux que Luc, qui a 13 ans de moins que le personnage. Quand Mickaël Gouin, qui a fait l’adaptation et réalisé la série, a appelé le comédien pour lui proposer le rôle, il a hésité. « J’ai répondu : “ C’est la première fois que je vais dire ça de ma vie, mais je suis trop jeune pour le rôle ! ” Il m’a dit : “ Je pense qu’on peut faire une belle job avec le maquillage et la coiffure. ” Alors, j’ai accepté à condition que ce soit totalement crédible. Sinon, je ne le faisais pas ! »

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Luc dans une scène de "Mon coloc de 80 ans".
Luc dans une scène de "Mon coloc de 80 ans". Tou.tv

Durant le tournage, il a donc dû passer beaucoup de temps dans la salle de maquillage. Ça en valait le coup ! D’autant plus que Luc Senay adore les défis d’acteur ! « Il me reste moins de temps devant moi que j’en ai en derrière, alors j’ai envie de découvrir des personnages que je n’ai jamais rencontrés. » Il reconnaît toutefois que tourner cette websérie en même temps que L’œil du cyclone a été très prenant ! « C’était exigeant !, laisse-t-il tomber. J’ai 67 ans. Je n’en ai plus 30 ou 40 pour travailler comme un fou ! Je faisais de grosses, grosses journées ! Mais c’était tellement agréable, c’était fluide. Tout le monde travaillait extrêmement fort, mais c’était fait dans le bonheur et dans la joie. »

Comme un enfant

La série nous fait réfléchir sur les liens intergénérationnels. Grâce à son métier, Luc est amené à côtoyer beaucoup de gens de générations plus jeunes. Et ça le ravit ! « Je suis moi-même un enfant, avoue-t-il. Par exemple, sur le plateau de L’œil du cyclone, il m’arrive d’avoir des comportements si niaiseux que Joey (Bélanger, l’interprète de Jules) en est gêné ! Je n’ai pas de misère à aller là. Quand j’étais petit et que des adultes faisaient des affaires que seuls les enfants font d’habitude, ça me fascinait et ça m’amusait ! » Aujourd’hui, il prend un plaisir fou à être cet adulte !

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Il s’est questionné sur son vieillissement

Jouer un personnage plus âgé l’amène à réfléchir à son propre vieillissement. « Physiquement, je suis plus en forme qu’à 50 ans ; ça c’est sûr, grâce à mon hygiène de vie. Mais j’ai des bouts de mon corps qui commencent à raquer un peu. Il faut que je travaille ma souplesse, sinon, je vais la perdre. En vieillissant, l’élasticité diminue, il ne faut pas abandonner. » Il en a conscience. « J’essaie de rester en forme pour être capable encore de faire de belles grosses journées. »

50 ans de métier

Le comédien compte 50 ans de carrière cette année. Luc Senay n’a jamais suivi son plan de carrière. Il a saisi les lianes croisées qui se présentaient sur son chemin pour construire son destin. « Quand j’étudiais et que je voulais faire ce métier-là, jamais il ne m’était venu à l’esprit que je ferais des films ou de la télévision ! Jamais. Moi, je voulais jouer au théâtre, avoue-t-il. J’ai commencé à la télévision comme animateur d’émissions jeunesse, à Radio-Canada. J’ai fait ça cinq ans. Ensuite, j’ai fait La guerre des clans. Ensuite, j’ai pris la décision d’arrêter l’animation. C’était la chose à faire si je voulais vraiment travailler comme acteur ; c’était ça qui me passionnait. Depuis ce moment-là, j’ai toujours joué — je touche du bois ! C’est la chance que j’ai et que j’espère conserver encore longtemps ! » Il se considère comme privilégié. « Je suis reconnaissant envers la vie. J’ai eu trop de camarades qui avaient plus de talent que moi ; moi j’ai travaillé, et ces gens-là n’ont pas eu cette chance-là, note-t-il. En même temps, depuis le premier jour jusqu’à ma mort, jamais je n’ai voulu faire carrière ! Je n’ai jamais voulu construire une carrière. J’ai voulu vivre des expériences. Et c’est exactement ce que j’ai fait toute ma vie. »

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La LNI l’a fait voyager

L’un des beaux hasards de son existence a été son passage dans la LNI. « J’ai eu l’occasion de faire de l’improvisation. J’ai dit : “ Ah, je vais essayer ça. ” Puis je suis resté dans la LNI 26 ans !, rappelle-t-il. Comme j’avais fait aussi une formation en enseignement de l’art dramatique, je suis devenu formateur de la LNI. Ça m’a permis de voyager à travers la planète. Je suis allé donner des ateliers au Congo, au Maroc, en Italie, en France, en Belgique, à l’île de Baffin, au Nunavut. J’ai même donné des ateliers en milieu carcéral, à des hommes qui étaient là à perpétuité. J’ai vécu bien des expériences. J’ai eu la chance de rencontrer des gens un peu partout. »

Est-ce que le langage du jeu est universel ? « En milieu carcéral, je dirais que comme je n’étais pas hyper expérimenté, j’ai en ai sué un coup — j’ai eu des gouttes de sueur qui me descendaient jusqu’à la craque des fesses parce que je travaillais fort. Mais avec le temps, j’ai pris un peu d’expérience, explique-t-il. Avec les Inuits, j’étais avec Johanne Fontaine. On donnait nos consignes en anglais à une animatrice de CBC qui était là et qui parlait l’inuktitut ; alors, elle traduisait. Puis les gens improvisaient dans leur langue. Parfois, avec le jeu, on n’a pas besoin de parler pour comprendre ce qui se passe. C’est un langage qui peut devenir universel. »

Un nomade

Il a toujours été un nomade dans l’âme. Depuis trois ans, il en a fait un mode de vie : Luc Senay et sa blonde, Janie Gaumond-Brunet, ont fait leur nid d’amour dans leur véhicule récréatif. À la fin de l’automne 2025, le couple a fui l’hiver. « On est partis vers la Floride en décembre. Puis, on s’est dirigés vers la Californie pour aller rendre visite à une amie. De là, on est descendus en Basse-Californie, Baja California, vers le Mexique, sur un bras de mer qui fait à peu près 1500 km de long, pour descendre jusqu’à la hauteur de Los Cabos, qui est au bout de la péninsule. »

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Urgence de vivre

Cette aventure à deux est motivée par une urgence de vivre. « Janie et moi, on vivait dans un environnement magnifique ! Mais comme on était là depuis plusieurs années, on s’est dit, à un moment donné : “ À l’âge qu’on est rendus, il serait peut-être temps de vivre autre chose avant d’être moins mobiles et moins en forme ? ” On s’est dit : “ Est-ce qu’on essaie la vie en VR ? ” Et on a aimé ça ! »

Pas toujours facile

Il l’admet : « Des fois, c’est difficile. C’est de la route. »

Et le couple vient d’ailleurs de traverser une période très dure, au Mexique. « On a eu une complication avec notre véhicule. Il fallait le faire réparer, mais où on était, il n’y avait pas les services qu’on a au nord. Malgré tout, on a été bénis des dieux parce qu’on a rencontré des bonnes personnes. On a été chanceux ! On a pu faire réparer notre véhicule, se réjouit-il. Ç’a été éprouvant parce que ça aurait pu prendre deux mois avant d’avoir une petite pièce pour réparer quelque chose ! »

Mais la beauté triomphe dans ce périple ! « Au mexique, quand on s’arrête, le soir, qu’on soit face au Pacifique, à l’Atlantique ou à la mer du Golfe du Mexique, on ferme tout et on est dans notre cocon... puis on est bien ! On se lève tard le matin, il y a du soleil sur l’océan. » La vie est belle ! Et elle n’est pas compliquée, avec Luc Senay !

Luc Senay est en vedette dans la websérie Mon coloc de 80 ans, disponible dès maintenant sur Tou.tv Extra.

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