Tous les résultats
Publicité

Québec manque de mordant pour punir ses juges qui dérapent, déplore le juge en chef Henri Richard

Le Conseil de la magistrature du Québec a interpellé le gouvernement à ce sujet... mais attend une réponse depuis des mois

Sarah-Maude Lefebvre et Kathryne Lamontagne

2026-03-12T04:00:00Z

Partager

Le juge en chef de la Cour du Québec presse le gouvernement Legault de lui donner plus d’outils pour sanctionner les juges qui se comportent de manière inacceptable.

• À lire aussi : Nudité, sexisme et cigarette : voici cinq cas de juges qui doivent s’expliquer devant le Conseil de la magistrature

Notre Bureau d’enquête a recensé une dizaine de juges qui sont actuellement sous enquête en lien avec des manquements déontologiques, au Québec. Une quinzaine d’autres ont aussi été réprimandés par le Conseil de la magistrature au cours de la dernière décennie. 

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Des citoyens qui ont subi certains de ces comportements questionnables témoignent pour la première fois des répercussions que cela a eues dans leur vie. Ils partagent aussi leur frustration face au manque de conséquences pour ces magistrats, jeudi à l’émission J.E.

Publicité

C’est qu’actuellement, seules deux options sont possibles pour sanctionner les juges nommés par Québec : la réprimande ou la destitution. Une situation déplorée par le Conseil de la magistrature du Québec.

Le Conseil de la magistrature du Québec
  • Veille à la formation et au bon comportement des juges nommés par Québec.
  • Concerne plus de 450 juges (juges de paix, de la Cour du Québec, du Tribunal des professions, du Tribunal des droits de la personne ainsi que les juges municipaux)
  • Reçoit et traite les plaintes pour des manquements déontologiques, comme l’impartialité ou le devoir de réserve.

« En Ontario, (...) on peut demander au juge d’aller suivre une thérapie. On peut demander à un juge d’aller suivre une formation. Alors qu’au Québec, on n’a pas ce pouvoir-là, malheureusement, dans les sanctions », a expliqué en entrevue Henri Richard, juge en chef de la Cour du Québec et président du Conseil de la magistrature du Québec.

Les sanctions possibles
Au Québec
  • Réprimande
  • Destitution
Source : Loi sur les tribunaux judiciaires (Québec)
En Ontario
  • Avertissement ou réprimande
  • Ordonner au juge de présenter des excuses
  • Obliger le juge à suivre une formation
  • Suspension avec rémunération ou sans rémunération (pendant une période maximale de 30 jours)
  • Destitution
Source : Loi sur les tribunaux judiciaires (Ontario)
Une « peine de mort » 

Le juge en chef se dit bien au fait des critiques à l’endroit du processus disciplinaire actuel.

« Je peux imaginer que le public peut avoir une mauvaise perception à l’égard de l’imposition d’une réprimande comme sanction (...) Et c’est pour ça que nous avons fait des observations pour obtenir un plus grand éventail de sanctions », dit-il.

Publicité

« La difficulté que l’on a, c’est qu’il existe un fossé entre la réprimande et la recommandation de destitution. Parce qu’on s’entend que la destitution, c’est la peine de mort pour la carrière d’un juge », précise-t-il.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

En attente depuis des mois

Le Conseil de la magistrature a acheminé ses demandes au ministère de la Justice pour obtenir un plus large éventail de sanctions à l’automne 2024. Depuis, c’est silence radio de Québec.

« Le gouvernement, j’imagine, a d’autres agendas législatifs, d’autres chats à fouetter », dit à ce sujet le juge en chef.

Le ministère de la Justice a indiqué par courriel avoir « effectivement reçu un document proposant diverses modifications concernant le traitement des plaintes en déontologie au Conseil de la magistrature » et que celui-ci fait toujours l’objet d’analyses.

En 2025, le Conseil a reçu 128 plaintes. À l’heure actuelle, seules six d’entre elles ont été retenues pour enquête.

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Publicité
Publicité