BOSTON | Il y a de ces histoires qu’on aimerait réécrire. Chez les partisans du Canadien, l’une de celles-là se passe au repêchage de 2003 quand le Tricolore a préféré Andrei Kostitsyn et, surtout, Cory Urquhart à Patrice Bergeron.
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Certains disent que le Québécois n’aurait jamais percé la formation montréalaise à 18 ans, comme il l’a fait avec les Bruins. D’autres croient que le style de jeu endormant et échevelé du Tricolore de ces années-là, de même que l’atmosphère un peu étrange du vestiaire, n’aurait pas permis au récipiendaire de six trophée Selke d’éclore.
N’empêche, on peut se demander quel aurait été l’impact sur la vie et la carrière de Bergeron si Bob Gainey et André Savard l’avaient accueilli avec un chandail et une casquette du bleu-blanc-rouge le 21 juin 2003.

« Je ne me suis jamais assis pour y réfléchir profondément. Mais il y a eu un petit moment où je me suis posé la question », a-t-il répondu à l’auteur de ces lignes, présent à Boston, comme le collègue de La Presse, pour son point de presse entourant le retrait de son chandail et son admission au Temple de la renommée du hockey.
« On ne sait pas trop ce que ça aurait donné. Mais, un moment donné, j’ai décidé que j’allais regarder vers l’avant. En même temps, j’ai tellement été heureux ici que je ne peux pas dire que ce fut une déception. »
De fausses rumeurs
D’ailleurs, même quand Kent Hughes, son ancien agent, s’est amené au poste de directeur général du Canadien en janvier 2022, l’idée ne lui a jamais traversé l’esprit de venir terminer sa carrière à Montréal.
« On n’a jamais eu cette conversation. Je pense qu’il connaissait déjà la réponse », a-t-il lancé, démentant du même coup certaines rumeurs de l’époque.
« J’ai joué 20 ans pour cette organisation si on inclut la saison à Providence, a-t-il ajouté. Ç’aurait également signifié de changer mes enfants d’école et d’environnement ou de partir seul en les laissant derrière avec ma femme. Ça ne m’aurait pas tenté du tout. »
Jamais hué au Centre Bell
Avec la carrière que Bergeron a connue, on peut comprendre l’envie des partisans du Canadien de le voir dans leurs couleurs favorites. D’ailleurs, il est l’un des rares talentueux adversaires du Tricolore à ne jamais s’être fait huer au Centre Bell. Un exploit encore plus formidable considérant qu’il a passé toute sa carrière dans l’uniforme de l’ennemi juré.
« J’ai toujours été touché par le soutien des Québécois, même si je portais le chandail des Bruins », a-t-il déclaré, ajoutant que ce sentiment était mutuel.
« J’étais là pour la soirée hommage à Guy Lafleur à la suite de son décès. C’était émotif pour moi, même si je ne jouais pas pour le Canadien, parce que c’est un monument du Québec que j’ai vu en grandissant. »
Désormais, même si son humilité l’empêche de le reconnaître, c’est à son tour de devenir un monument. Autant pour les jeunes partisans des Bruins que pour la nouvelle génération de joueurs de la LNH.

