Tous les résultats
Publicité

Que c’est compliqué, parler français

Photo Agence QMI, JOËL LEMAY
Photo portrait de Marc de Foy

Marc de Foy

2024-10-09T12:11:56Z

Partager

Je ne savais pas comment Nick Suzuki allait réagir. Donc, j’ai attendu d’être seul à ses côtés pour lui poser la question que j’avais pour lui. Je n’aurais pas voulu qu’il se sente mal à l’aise devant tous les journalistes qui se trouvaient alors dans le vestiaire.

Ça portait, vous l’aurez deviné, sur la position du journaliste et auteur Brendan Kelly qui dit ne pas comprendre que Suzuki n’ait pas appris le français en cinq ans. Je ne saurais dire si le capitaine du Canadien a été importuné par ma question. Suzuki n’est pas démonstratif. S’il bouillonnait, ça n’a jamais paru.

Il a répondu ne pas être au courant de l’histoire. Mais il a tenu à apporter une précision.

«Mon français est passablement bon», a-t-il affirmé en me regardant droit dans les yeux.

Chantal Machabée, qui était là, a corroboré.

Pourquoi alors ne pas commencer à donner des entrevues en français?

«Un jour peut-être», a dit Suzuki.

«Je ne sais pas si je serais capable de faire des phrases complètes en français.»

Un homme rempli de qualités

Avant d’aller plus loin, l’idée n’est pas de s’attaquer à Suzuki. C’est un bon garçon. Ses parents l’ont bien élevé, il est très poli.

Publicité

Mais sa réponse, je l’ai entendue je ne sais combien de fois depuis 43 ans que je couvre les activités du Canadien. Dans tous les cas, aucun d’entre eux n’a jamais fini par accorder d’entrevue en français.

C’est pourquoi je me suis permis de prodiguer un petit conseil à Suzuki avant de quitter le vestiaire du Canadien.

«Tu devrais essayer à un moment donné», lui ai-je lancé.

«Les amateurs ne t’apprécieront que mieux.»

Orgueil mal placé

J’ai maintes fois entendu des joueurs étrangers du Canadien dire qu’ils craignaient de commettre des fautes de français. C’est de l’orgueil mal placé.

Les journalistes francophones qui s’expriment parfaitement en anglais sont rares. Louis Jean du 98,5 et Marc-Antoine Godin de Radio-Canada ont cette facilité de parler très bien anglais.

Dans l’ensemble de la confrérie journalistique francophone, le niveau est bon. On n’a pas le choix de parler anglais. C’est la même chose pour les joueurs, les entraîneurs et les gestionnaires de chez nous et d’autres pays qui évoluent dans la LNH.

Raymond Bourque, Mario Lemieux, Martin Brodeur, Vincent Lecavalier, Martin Saint-Louis, Patrice Bergeron, Julien BriseBois n’ont aucun accent ou si peu.

Pourquoi alors est-il si compliqué pour les joueurs de l’extérieur du Québec de parler français?

Le droit d’être respecté

Aux amateurs qui disent qu’ils n’en ont rien à cirer, je demande où est votre fierté? Quand vous dites que tout ce qui compte, c’est que le Canadien gagne, vous oubliez que ce n’est pas le cas depuis plus de 30 ans.

Ça ne vous fait rien non plus que Montréal se défrancise?

Publicité

On a le droit d’être respectés. Le joueur de soccer français Kylian Mbappé a étudié l’espagnol pendant des années avant de se joindre au Real Madrid.

Membre du Paris Saint-Germain pendant huit ans, le Real était la seule autre équipe avec laquelle Mbappé était prêt à jouer. Il a produit une grande impression lors d’une rencontre au cours de laquelle il avait à répondre aux questions des partisans au célèbre stade Santiago-Bernabéu, en juillet dernier.

«Mon espagnol est bon, mais je peux l’améliorer avec tout le vocabulaire au quotidien, a-t-il indiqué.

«Ce sont des choses que j’ai encore à apprendre, mais je pense que parler espagnol tous les jours va m’aider à m’améliorer.»

C’est ce que Suzuki devrait faire. Le français devrait faire partie de son quotidien. Il n’y a pas meilleure façon d’apprendre.

Si Charles Bronfman l’a fait

Gilles Villeneuve avait appris l’italien dans le temps de le dire lorsque il Commandatore, Enzo Ferrari, avait retenu ses services pour piloter ses bolides. Ken Dryden, Larry Robinson et Bob Gainey faisaient des entrevues en français dans les grandes années du Canadien. Plus tard, il y a eu Bobby Smith.

Aujourd’hui, il y a Mike Matheson.

Même Charles Bronfman a pris un bain d’immersion française après avoir déclaré qu’il déménagerait les Expos au Vermont si le PQ était porté au pouvoir en 1976. Les Expos sont restés en ville, mais l’histoire dit que Bronfman a néanmoins transféré son argent aux États-Unis où il vit depuis plusieurs années maintenant.

C’est bien beau dire que les temps ont changé, comme me l’a dit un confrère hier à Brossard. Mais il n’est pas normal que le Canadien n’ait pas eu un capitaine bilingue depuis 25 ans, le dernier ayant été Vincent Damphousse.

En Europe, les clubs de soccer qui obligent leurs joueurs étrangers à parler la langue du pays sont légion. Ici, la direction du Canadien prône le libre choix. Elle encourage ses joueurs à suivre des cours de français, mais, parce qu’ils ne sont pas poussés dans le dos, ils ne s’efforcent pas d’apprendre outre mesure.

Les annonces de Tim Hortons mettant en vedette Nick Suzuki, c’est bien cute, mais ça fait colonisé. On mérite mieux que ça.

Publicité
Publicité