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«Je ne comprends pas que Nick Suzuki, le capitaine, n’a pas appris le français en cinq ans!»

Le journaliste anglophone Brendan Kelly lance un nouveau livre sur le Canadien

Nick Suzuki s’était adressé à la foule principalement en anglais le 16 avril 2024, lors du dernier match de la saison du Canadien.
Nick Suzuki s’était adressé à la foule principalement en anglais le 16 avril 2024, lors du dernier match de la saison du Canadien. Photo MARTIN ALARIE
Photo portrait de Mylène Richard

Mylène Richard

2024-10-07T23:00:00Z

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Une disette de 31 ans sans championnat, sept exclusions en 10 saisons. Il y a bien longtemps que le Canadien n’a pas été surnommé les «Glorieux» ou la «Sainte-Flanelle». Afin que l’équipe retrouve ses lettres de noblesse, l’auteur du livre Le CH et son peuple propose que ses vedettes s’expriment en français.

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«Je ne comprends pas que Nick Suzuki, le capitaine, n’a pas appris le français en cinq ans!»

C’est un anglophone qui dit ça. Brendan Kelly. Un Écossais ayant déménagé à Montréal à l’âge de 5 ans et ayant grandi dans un environnement anglophone. À 16 ans, il a décidé d’apprendre sérieusement le français parce qu’il voulait «comprendre la culture québécoise».

«Serge Savard est allé en Russie pendant deux semaines pour la Série du siècle et avait appris quelques phrases en russe», a raconté au Journal l’ancien journaliste affecté à la culture francophone pour The Gazette.

Vêtu d’un chandail à capuchon en hommage au groupe Ramones, Kelly se souvient que Bob Gainey, Larry Robinson et Ken Dryden ont appris le français par respect pour les partisans dans les années 1970 et 1980.

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«Pourquoi eux ont été capables?» demande celui qui s’est entretenu en français avec Gainey pour documenter son bouquin.

Tout comme il l’a fait avec l’acteur hollywoodien Viggo Mortensen, un grand fan du Canadien ayant appris le français en écoutant René Lecavalier à La Soirée du hockey.

Saku Koivu lors d’une conférence de presse au Centre Bell, le 18 décembre 2014.
Saku Koivu lors d’une conférence de presse au Centre Bell, le 18 décembre 2014. Photo d’archives JOCELYN MALETTE

Koivu, Gionta et Pacioretty

Les capitaines Saku Koivu, Brian Gionta et Max Pacioretty n’échangeaient pas avec les médias dans la langue de Molière, pas plus que Carey Price.

«L’histoire, ce n’est pas juste les 24 coupes Stanley. Ça part de la langue. Si tu ne comprends pas le français, tu ne vas pas comprendre la culture d’ici», assure le fier Montréalais de 62 ans.

Max Pacioretty a été le capitaine du Canadien pendant trois saisons, de 2015 à 2018.
Max Pacioretty a été le capitaine du Canadien pendant trois saisons, de 2015 à 2018. Photo d’archives MARTIN CHEVALIER

Un trio pointé du doigt

Avec chacun un contrat de huit ans en poche, Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky se concentrent sur le hockey, mais il ne fait aucun doute dans l’esprit de Kelly qu’ils doivent trouver du temps pour suivre des cours.

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«Quand tu parles avec les médias, tu parles avec le peuple. Si un enfant de 8 ans ou une grand-mère de 93 ans ne parlent pas anglais, ils ne comprennent pas Nick Suzuki. Ce n’est pas correct», soutient-il, précisant que les joueurs n’ont pas besoin d’être bilingues.

«Le Canadien rappelle souvent les héros francophones comme Maurice Richard, Jean Béliveau, Guy Lafleur, Patrick Roy. Est-ce que les joueurs actuels comprennent l’impact que ces icônes ont eu? Je n’en suis pas convaincu, sinon ils parleraient français», martèle Kelly.

Jeff Gorton avait lu un mot en français lors de sa première conférence de presse en tant que vice-président exécutif, opérations hockey du Canadien, à Brossard, en décembre 2021.
Jeff Gorton avait lu un mot en français lors de sa première conférence de presse en tant que vice-président exécutif, opérations hockey du Canadien, à Brossard, en décembre 2021. Photo d’archives PIERRE-PAUL POULIN

Le mauvais message de Gorton

Pour lui, tout part d’en haut. Les dirigeants doivent montrer l’exemple. Lorsque Jeff Gorton a été embauché comme vice-président exécutif, opérations hockey, il a promis d’essayer d’apprendre le français. Trois ans et plusieurs leçons plus tard, il n’a toujours pas accordé d’entrevue dans la langue principale de son lieu de travail.

«Ce n’est pas cool. C’est un gars très intelligent qui fait une bonne job. Mais il ne semble pas faire d’efforts. Il lance le message que ce n’est pas nécessaire ni une priorité», dénonce Kelly.

L’entraîneur américain des Alouettes, Jason Maas, a exigé que ses protégés étudient quelques mots et leur numéro en français. Kori Cheverie, la coach de hockey féminin, a accordé des entrevues à des journalistes francophones après seulement trois mois de leçons privées. Pas trois ans, trois mois.

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L’exemple de Messi

Et Montréal n’est pas une exception. Un ancien dirigeant du FC Barcelone a confirmé à Kelly que le contrat de Lionel Messi stipulait qu’il devait fournir un effort pour apprendre le catalan.

«C’est juste normal. Peux-tu imaginer un coach unilingue francophone à Toronto?» suggère en riant celui qui rêve que son livre soit lu par les joueurs du Canadien.

Comme l’ouvrage est offert seulement en français pour l’instant, celui-ci «pourrait leur servir de cours». Ils pourront aussi se rabattre sur la série documentaire (quatre épisodes de 60 minutes) bientôt diffusée sur illico+.

Photo fournie par LES ÉDITIONS DE L’HOMME
Photo fournie par LES ÉDITIONS DE L’HOMME

Le CH et son peuple: une province, une équipe, une histoire commune

● Écrit par Brendan Kelly

● Les Éditions de l’Homme

● 224 pages

● Préface de l’acteur Claude Legault

Photo fournie par LES ÉDITIONS DE L’HOMME, FRANÇOIS COUTURE
Photo fournie par LES ÉDITIONS DE L’HOMME, FRANÇOIS COUTURE

Qui est Brendan Kelly?

● Né à Glasgow, en Écosse

● Élevé à Montréal

● Cofondateur de l'hebdomadaire alternatif Montreal Mirror

● Journaliste au défunt Montreal Daily News

● Chroniqueur musical à la radio de CBC pendant 30 ans

● Auteur de la chronique sportive hebdomadaire What the Puck

● Travaille pour The Gazette depuis 1996

● Chroniqueur à Radio-Canada

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