«Toutes les dépenses étaient passées au peigne fin»: quand Simon Gagné craignait la «chaise électrique»
L'ex-attaquant devait produire un rapport détaillé de ses moindres dépenses à son agence


Stéphane Cadorette
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Être l’un des meilleurs de son sport ne rime pas toujours avec millions de dollars dans le compte en banque et voitures de luxe. Plusieurs athlètes québécois, peu soutenus financièrement, en arrachent et font des sacrifices afin de pouvoir continuer à pratiquer leur discipline: travailler jusqu’aux petites heures du matin, renoncer à être propriétaire, dormir en pension lors des tournois...
Le Journal vous propose une série de reportages sur les deux côtés de la médaille: celui des athlètes les plus riches et celui des athlètes les plus pauvres.
Il y a les athlètes amateurs qui en arrachent pour se rendre à la fin du mois et, à l’autre bout du spectre, les athlètes professionnels qui tombent du jour au lendemain avec des millions entre les mains et qui doivent apprivoiser cette nouvelle vie. Simon Gagné l’a constaté en se présentant à chaque fin de saison sur la «chaise électrique».
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Évidemment que le prolifique attaquant qui a inscrit 601 points en 822 matchs dans la LNH n’a jamais été condamné. N’empêche que le jeune homme de 19 ans qu’il était lors de sa première saison avec les Flyers de Philadelphie a dû apprendre à composer avec une réalité qu’il n’avait jamais connue en devenant rapidement bien nanti.
Son agent Robert Sauvé et ses associés se sont toujours assurés que leurs clients hockeyeurs saisissaient bien l’importance de plonger avec prudence dans leur nouvel univers. Quand Gagné se présentait dans les bureaux à la fin de chaque saison, il lui arrivait de se sentir comme devant un juge.
«On passait par ce qu’on appelait la "chaise électrique" et on savait qu’on allait passer au bat si on avait trop dépensé une année», raconte-t-il aujourd’hui, d’un ton amusé.
«Tu t’installais dans une chaise avec un tableau blanc à côté de toi. Il fallait lister toutes nos dépenses et présenter des tas de papiers. C’était quand même stressant au début parce que je me demandais tout le temps si j’avais exagéré. En bout de ligne, à chaque fois ça a bien été. C’était un bon exercice pour nous guider.»
Tout un changement

Contrairement aux athlètes amateurs qui doivent tout mettre en œuvre pour payer leurs dépenses, chez les pros, il faut plutôt éviter de tomber dans le piège de l’excès.
«C’est sûr que c’est un énorme changement. Dans le junior, avec l’allocation essence, je pense que j’avais 80$ qui se déposaient dans mon compte. Quand je suis arrivé avec les Flyers, j’ai ouvert mon talon de paie puis j’ai vu plusieurs chiffres et plusieurs zéros. Je me demandais quasiment si c’était de l’argent clair. C’était assez spécial», se remémore-t-il.
C’est en ce sens que Gagné a apprécié, autant qu’il a redouté, la fameuse chaise électrique.
«On nous parlait de tous nos achats, que ce soit des voyages, des vêtements, des sorties avec des chums... Toutes les dépenses étaient passées au peigne fin. Ça m’a toujours permis d’avoir un barème pour me préparer à ma retraite et conserver à peu près le même train de vie», explique-t-il.
De la prudence
Il ne faut surtout pas verser une larme et croire que les joueurs de la LNH se privent constamment. Gagné se dit reconnaissant de la vie qu’il mène depuis qu’il a atteint le plus haut niveau, mais surtout de l’aide reçue pour gérer prudemment sa nouvelle fortune au début de la vingtaine.
«Tu n’es pas préparé à cette vie-là. Je me rappelle qu’à ma deuxième année, je voulais m’acheter une maison qui valait quelque chose comme 400 000$. Je me demandais si j’exagérais parce que j’étais super jeune, mais on m’a expliqué que c’était de l’argent bien investi, contrairement à un gars qui décide de louer un jet privé pour sortir ses chums à Vegas. On m’a vite fait comprendre que c’est un 25 000$ que ce gars-là ne reverrait jamais», indique-t-il.
Un peu de patience
Dès son contrat d’entrée avec les Flyers, Gagné a réglé l’hypothèque de la maison de ses parents. Lorsque ceux-ci ont par la suite divorcé, il s’est mis en tête d’acheter un condo à son père, aujourd’hui décédé.
«J’étais encore jeune et je me demandais si ça allait passer à la chaise électrique. À l’agence, on m’a fortement suggéré de me concentrer sur le hockey et qu’on en reparlerait quatre ou cinq ans plus tard. J’aurais pu dire que je pouvais faire ce que je voulais avec mon argent, mais j’ai attendu de prendre de l’expérience pour lui acheter. Tu ne sais jamais ce qui peut arriver et c’était prudent d’attendre.»

Aujourd’hui, celui qui est devenu directeur général des Remparts de Québec vit une belle retraite du hockey et sait qu’il a fait partie des athlètes les plus privilégiés.
«Aux Jeux olympiques, on se retrouvait avec tous les athlètes et en discutant, on sentait qu’on n’avait pas le même rythme de vie. Pourtant, les efforts sont encore plus gros de leur part parce qu’ils travaillent quatre ans pour vivre cet événement. Les sacrifices qu’ils font et la pression qu’ils vivent, c’est énorme», dit-il.