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Quand la magie des séries de la LNH fait disparaître les commotions cérébrales

Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2023-06-22T04:00:00Z

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La coupe Stanley est gagnée. Las Vegas a fêté, la poussière est retombée. Mais dans le bilan que la LNH devra dresser, il y a certainement un sujet qui est passé sous le radar.

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Une situation dont la Ligue a sûrement aimé ne pas entendre parler. Qu’a-t-il donc pu se passer avec le protocole de commotions cérébrales pour que Matthew Tkachuk revienne au jeu quelques instants après qu’on l’eut vu tituber, après avoir encaissé une sévère mise en échec de Keegan Kolesar (voir plus haut)?

Matthew Tkachuk encaisse une solide mise en échec de Keegan Kolesar dans le troisième match de la finale de la Coupe Stanley, le 8 juin dernier.
Matthew Tkachuk encaisse une solide mise en échec de Keegan Kolesar dans le troisième match de la finale de la Coupe Stanley, le 8 juin dernier. Photo Getty Images via AFP

La scène est vieille de deux semaines, mais la question se pose encore. Car comme des experts d’ici l’affirment, non, le protocole n’a pas été respecté dans le cas du fougueux joueur des Panthers de la Floride. 

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Et ce n’est pas la première fois que la magie des séries fait «disparaître» les risques liés aux commotions cérébrales, ajoute l’un d’eux. 

Surpris... oui et non

Neuropsychologue clinicien, chercheur pour l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal et amateur de hockey, Louis De Beaumont était dans son salon quand il a vu Tkachuk tituber lors du troisième match. 

«J’ai été très surpris [de le revoir aussi vite]. Mais au fond, oui et non, parce que ça arrive souvent dans les séries, lorsque l’enjeu est grand», dit le docteur. 

«Il n’y a aucun doute qu’il aurait dû aller faire le test dans la chambre noire.» 

Tkachuk a finalement visité cette fameuse chambre noire après avoir effectué une présence en avantage numérique. Son entraîneur Paul Maurice l’a confirmé. Il y a été déclaré apte à revenir au jeu. 

Matthew Tkachuk célèbre son but égalisateur dans le troisième match de la finale de la Coupe Stanley.
Matthew Tkachuk célèbre son but égalisateur dans le troisième match de la finale de la Coupe Stanley. Photo Getty Images via AFP

Impacts irréversibles et même la mort

Le «hic» n’est pas là. C’est plutôt qu’il n’y soit pas allé immédiatement, comme le stipule le protocole, affirme le Dr De Beaumont. 

Un athlète qui subit une commotion cérébrale est à risque de souffrir du «syndrome du second impact» s’il est victime rapidement d’un autre choc à la tête, explique-t-il. 

Et celui-ci peut avoir de graves conséquences. Il peut amplifier et prolonger les séquelles de la commotion cérébrale. Dans les cas les plus importants, la victime peut sombrer dans un coma et subir des dommages irréversibles au cerveau, qui pourraient le handicaper sur les plans cognitif ou moteur. 

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Dans certains cas rares, la personne peut aussi en mourir. 

L’info «perdue en chemin»?

Un athlète qui titube en se relevant d’une mise en échec n’a pas forcément subi un traumatisme au cerveau, note le professeur Philippe Fait, qui siège à plusieurs comités internationaux en lien avec les commotions cérébrales. Mais il s’agit d’un «signe flagrant». 

«Il n’y a pas eu de coup à la tête, mais le coup à la tête n’est pas nécessaire pour avoir une commotion cérébrale», précise pour sa part Louis De Beaumont. 

En 2016, la LNH s’est dotée de spotters indépendants des équipes – des «témoins de commotion» – assis à des endroits stratégiques dans les gradins durant les matchs. 

C’est à eux que revient la responsabilité de communiquer par radio avec le personnel médical des clubs lorsqu’un athlète pourrait avoir subi une commotion cérébrale. 

«Est-ce que l’information des spotters s’est perdue en chemin? Est-ce que [l’équipe] a feint de ne pas l’avoir eue? se questionne M. De Beaumont. [...] On est vraiment dans une situation où pour moi, il n’y avait aucune zone grise. C’était nécessaire d’envoyer l’athlète [immédiatement] dans la chambre noire et ça n’a pas été fait.»

«Questionner» le processus

Appelée «SCAT 5», la batterie de tests utilisée par la LNH durant les matchs afin de dépister les commotions cérébrales est ce qui se fait de mieux dans l’univers médical sportif, pointe Philippe Fait. 

Le «SCAT 6», issu du travail de nombreux chercheurs spécialisés, est paru la semaine dernière et il devrait être adopté par la ligue l’automne prochain. 

Mais pour que l’athlète puisse être ainsi examiné, encore faut-il que le protocole soit respecté. Ce qui n’a pas été le cas, souligne Louis De Beaumont. 

«Si j’étais dans la Ligue nationale, je questionnerais le processus, affirme-t-il. Qu’est-ce qui a déraillé?»

Car «il peut y avoir des conséquences graves», répète-t-il. 

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