«Pour l’argent, on a sacrifié des gens»: le scandale du sang contaminé raconté dans la bouleversante série documentaire «Du sang sur les mains»
Cette production en quatre épisodes sera accessible sur illico+ le 26 février

Guillaume Picard
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Le scandale du sang contaminé qui a secoué le Canada au début des années 1990 est une épouvantable tragédie qui affecte encore les survivants.
Des centres de transfusion sanguine gérés par la Croix-Rouge ainsi que des médecins ont sciemment autorisé la circulation de stocks de sang contaminé par les virus du VIH et de l’hépatite C, mettant à risque la vie de centaines de personnes transfusées et d’hémophiles.
Au pays, quelque 1200 personnes ont été infectées et dans plusieurs cas leur statut sérologique positif leur a été caché des mois durant, ce qui mettait aussi en péril la santé de leurs conjoints.

En visionnant les quatre épisodes de la série documentaire Du sang sur les mains, qui retrace cette triste affaire, on est, en tant qu’être humain, frustré, indigné et découragé devant l’injustice et les inégalités sociales qui nous sont racontées, surtout à l’heure où plus personne ne semble imputable dans notre société.
Le réalisateur Jean-François Poisson (Qui a tué les Expos de Montréal ?, Sexe inc., L’Ordre du temps solaire) retourne en arrière pour montrer les conséquences désastreuses des décisions avant tout mercantiles qui ont été prises au détriment de la vie.
« C’est toujours l’argent en premier. Pour l’argent, on a sacrifié des gens », a dit M. Poisson en entrevue, lui qui a consacré une année entière à ce projet prenant, épaulé par sa complice Sophie Charest – l’idée originale émane d’eux et ils se sont partagé les entrevues avec les différents protagonistes – et le réalisateur Philip Sabourin.
« C’est scandaleux quand tu vois l’impact que ça a eu et que des gens étaient au courant. On parle de médecins, de gens haut placés », a-t-il ajouté.

Parmi les témoignages recueillis, il y a celui de Guy-Henri Godin, un avocat qui a été contaminé par les virus du VIH et de l’hépatite C. Pour lui, « c’est quelque chose comme ça, ça ne se pardonne pas ».
Personne n’a été tenu responsable officiellement, même après que la GRC eut enquêté pendant cinq ans à la suite du travail mené par la commission Krever, qui, elle aussi, a tenté de retourner toutes les pierres.
« On est dans l’ère des tragédies sanitaires et, comme à l’époque, ce n’est pas transparent », a indiqué Jean-François Poisson, qui a été touché par les témoignages et les images d’archives.
« Pour nous aussi, qui visionnons beaucoup d’images, ce sont des choses difficiles à voir, des enfants qui sont clairement malades. Tu pleures au montage, ça arrive, tu es dans l’émotion », a-t-il poursuivi, disant qu’il avait profité du sujet du sang contaminé pour traiter la crise du sida au Québec, ce pour quoi le Dr Réjean Thomas, une figure qui est au front depuis les années 1980, intervient dans la série. Son témoignage est d’ailleurs bouleversant.

Les archives saisissantes des Gaudin
Parmi les images saisissantes, il y a les vidéos captées par la famille Gaudin, en France, qui a immortalisé les souffrances de ses fils, Laurent et Stéphane, deux hémophiles morts au début de l’adolescence après avoir reçu du sang contaminé provenant de fioles de facteur VIII non chauffées. Le facteur VIII, un produit assurant la coagulation sanguine, était révolutionnaire pour les hémophiles parce qu’il permettait d’arrêter les hémorragies et pouvait être administré à la maison.

« Les parents sont vraiment courageux et ils n’arrêteront jamais d’en parler, c’est le combat de leur vie », croit le réalisateur.
Une famille marquée
Le Québécois André Trudel, 66 ans, un hémophile qui a lui aussi été contaminé par le VIH, témoigne du fardeau qui a été le sien. On le voit : sa femme, Madeleine, et leurs filles, Chloé et Laurence, portent pour toujours les traumas de ce que Chloé qualifie d’« injustice ». On ne peut faire autrement qu’être empathique envers eux, surtout qu’on a caché à M. Trudel son statut sérologique positif et qu’il a été informé alors que sa femme attendait déjà leur deuxième enfant.

L’ancien ministre fédéral de la Santé Allan Rock témoigne dans la série, tout comme Francine Décary, qui est une ancienne directrice de la Croix-Rouge et la première directrice générale de Héma-Québec.
- Produits par Attraction, en collaboration avec Québecor Contenu, les quatre épisodes d’une heure de la série documentaire Du sang sur les mains seront tous accessibles sur illico+ à compter du jeudi 26 février.
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