Plus de 7,5G$ en recherche et en innovation: «On devrait pouvoir chiffrer ces retombées-là»
Après la publication d’un rapport sur l’intelligence artificielle, des chercheurs s’attendent à une meilleure reddition de compte

Francis Halin
Partager
Des chercheurs estiment que la sortie de lundi du Conseil de l’innovation du Québec (CIQ) doit maintenant pousser le gouvernement à mieux montrer aux Québécois les retombées concrètes des 7,5 milliards $ de fonds publics investis dans sa stratégie.
Lundi, le Conseil de l’innovation du Québec (CIQ) a publié une brique de 165 pages avec ses recommandations pour encadrer l’intelligence artificielle (IA).
Alors que Québec prévoit 7,5 milliards de dollars dans sa Stratégie québécoise de recherche et d’investissement en innovation (SQRI2) d’ici 2027, des chercheurs ont dit au Journal qu’ils s’attendaient maintenant à une meilleure reddition de compte pour mieux comprendre où va l'argent.
«Ces recherches-là sont largement financées par des fonds publics. On devrait pouvoir chiffrer ces retombées-là», a déploré en entrevue au Journal Éric N. Duhaime, chercheur à l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC).

«Si on finance largement des recherches publiquement, il faut qu’il y ait un retour sur cet investissement-là. Ça prend une participation publique à la propriété intellectuelle générée ou au capital-actions», a-t-il ajouté. Selon lui, cela fait encore bien souvent défaut.
«On parle d’argent public à des firmes qui vont soit se faire acheter, comme Element AI, ou faire faillite comme Imagia», a dénoncé pour sa part Myriam Lavoie-Moore, chercheuse à l'Institut de recherche et d'informations socioéconomiques (IRIS).
Fleuron vendu
Il y a quatre ans, la vente d’Element AI, abreuvée de fonds publics, à l’américaine ServiceNow a créé une onde de choc. Aujourd’hui, l’entreprise étrangère, qui a toujours un bureau à Montréal, exerce des activités de lobbyisme pour vendre ses produits à l’État québécois.
D’après Myriam Lavoie-Moore, de l’IRIS, il y a encore trop de fonds publics qui vont à des organismes qui ne rendent pas suffisamment de comptes aux contribuables.
«Il n’y a aucune transparence. On ne sait pas combien gagnent les dirigeants. Tout ça est très opaque. Ce sont des organismes à but non lucratif contrôlés par l’industrie privée», a-t-elle pointé.
Il y a cinq ans, Le Journal rapportait que Hélène Desmarais, administratrice et philanthrope, était à la tête d’institutions et d’organismes qui avaient reçu près de 300 millions $ du milliard octroyé par Québec et Ottawa.
Plus de joueurs?
Plus tôt en journée, lundi, lors d’un point de presse portant sur l’impact de l’intelligence artificielle, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a souligné que beaucoup d’argent avait été investi jusqu’à présent «pour la recherche fondamentale en IA».
«On a créé d'ailleurs le Forum IA. Ce forum existe pour redonner l'argent à d’autres institutions», a détaillé le ministre, qui chapeaute l’Innovation.
Le Forum IA Québec a été mis sur pied en avril 2020. Le président de son conseil d’administration est Pierre Boivin, président et chef de la direction de Claridge, une société d'investissement «qui représente les intérêts de la famille de Stephen Bronfman», comme le mentionne son site web.

«Tous les organismes qui sont capables de nous aider à aller plus vite pour innover avec l’IA appliquée, on va les encourager dans le cadre qui aura été établi avec la gouvernance», a expliqué Pierre Fitzgibbon.
Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?
Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.