Pertes d’emplois à venir avec l’intelligence artificielle: un comité presse Québec d’agir
C’est l’un des constats de l’organisation qui a écouté 250 experts, 420 citoyens et 1500 personnes lors d’un forum et qui présente aujourd’hui un rapport
Francis Halin et Nicolas Lachance
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Il faut moderniser d’urgence les lois du travail pour éviter que les avancées de l’intelligence artificielle (IA) ne viennent frapper de plein fouet le marché de l’emploi au Québec, estime le Conseil de l’innovation du Québec (CIQ).
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«L’intégration de l’IA dans le travail promet des avantages tels que l’amélioration de la productivité, mais pose aussi des risques de gestion inadéquate et de perte d’emplois», prévient le Conseil de l’innovation du Québec (CIQ).
C’est l’un des constats de l’organisation, qui a écouté 250 experts, 420 citoyens et 1500 personnes lors d’un forum et qui présente aujourd’hui un rapport fouillé, qui jette une lumière crue sur les défis de l’IA. Ce sont cinq grands axes et 12 recommandations qui sont formulés au gouvernement du Québec (voir plus bas).
«Une modernisation des lois du travail et des politiques sociales est recommandée pour atténuer ces risques», écrivent noir sur blanc les auteurs.

Pour Luc Sirois, innovateur en chef du Québec et directeur général du CIQ, l’objectif de l’exercice était de «s’assurer que le Québec soit à l’avant-garde du développement et de l’usage responsable et éthique de l’IA».
Plus de chômage
Dans la brique de 165 pages, on mentionne que l’IA risque d’accroître le chômage pour certaines catégories de travailleurs, en plus d’engendrer des inégalités économiques.
«ChatGPT bouscule maintenant des emplois créatifs comme ceux liés à la production de films, d’images, de textes, de voix, etc.», illustre-t-on.
Plus de 300 millions d’emplois seront touchés par l’IA, selon Goldman Sachs. Deux tiers des postes s’apprêtent à être automatisés, selon la firme.
«Selon le Forum économique mondial, 2% des emplois de la planète seraient ainsi menacés de disparaître d’ici 2027. Un récent rapport de l’Organisation mondiale du Travail révèle également que dans les pays à revenu élevé, comme le Canada, près de 5,5% des emplois seraient potentiellement affectés par l’IA», indique-t-on.
Fitzgibbon conscient des défis
Interrogé en conférence de presse, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a affirmé que la population en général pouvait être en effet «un peu sceptique avec ce qu’il pourrait arriver avec les emplois».
«Dans un contexte où les entreprises doivent augmenter leur productivité, je pense qu’il est approprié que l’IA soit bien utilisée, je dis bien le mot ''bien''», a insisté le ministre de l’Innovation et de l’Énergie.
«Il faut être très conscients de ce qu’il arrivera avec la requalification et les postes qui vont peut-être disparaître. C’est pour cela que l’on a demandé au CIQ de regarder cela», a-t-il expliqué.
Plusieurs risques
Par ailleurs, Québec doit adopter une loi pour se protéger des dérives de l’intelligence artificielle et pour permettre un développement éthique de cette technologie qui bouscule nos vies, selon le regroupement d’experts.
«La sévérité des risques que posent les nouveaux systèmes d’Intelligence artificielle (IA), dont la puissance ne cesse de croître, a récemment incité de nombreux gouvernements et pays à adopter une attitude plus interventionniste en matière d’encadrement de cette technologie. Le Québec devrait faire de même», mentionne le rapport.
«L’IA doit être dotée d’une gouvernance digne de confiance si l’on veut en tirer rapidement tous les bénéfices pour notre société. Notre gouvernement pose les gestes nécessaires, avec les partenaires les plus crédibles dans le domaine, pour établir cette confiance», a soutenu le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon.
« Il est clair que la société civile – et les syndicats au premier chef – devra être partie prenante des décisions entourant le déploiement de cette loi, car les travailleuses et les travailleurs sont les premières personnes concernées par cette révolution technologique », a indiqué de son côté la présidente de la CSN, Caroline Senneville, par communiqué.
Éducation
Le Conseil se penche aussi sur la désinformation qui peut être produite et diffusée grâce à l’IA, ce qui nuit à la démocratie.
«En matière de démocratie, l’IA pourrait exacerber la désinformation, nécessitant une action proactive des autorités pour préserver l’intégrité électorale», signalent les experts.

En entrevue au Journal, l’an dernier, l’expert mondial en intelligence artificielle Yoshua Bengio avait dit craindre de son côté que des outils ultraperformants comme ChatGPT puissent un jour se retrouver entre de mauvaises mains.
«Ça prend juste une élection et que l’on élise un dictateur qui prend tous les outils et le contrôle», était allé jusqu’à dire le Québécois.
Un enjeu qui frappe aussi le milieu culturel, alors que l’IA transforme la création et la diffusion des contenus. Une «modernisation du droit d’auteur pour protéger les artistes et améliorer la découvrabilité des contenus culturels québécois sur les plateformes numériques» devrait être réalisée.
Le Conseil d’innovation du Québec parle d’une «révolution technologique» et plaide pour que des formations soient offertes pour comprendre et utiliser cette technologie, mais souhaite que la population reste critique.
«Des efforts sont nécessaires pour informer les citoyens sur les enjeux de l’IA, renforcer leur esprit critique, et adapter les programmes éducatifs de la maternelle à l’université pour améliorer la littératie numérique et en IA», mentionne le rapport.
Leader mondial
Par ailleurs, les experts qui ont participé affirment qu’il faut investir dans la recherche et le développement de cette technologie afin de consolider sa position de leader mondial dans ce domaine.
«Pour amplifier la transformation numérique et soutenir le développement économique et social, il est crucial de renforcer la recherche académique, l’innovation en entreprise, les infrastructures technologiques, et l’accès aux données québécoises», soutiennent-ils, affirmant aussi que l’État québécois doit fournir sa part d’efforts pour devenir un modèle.
Le Québec «doit renforcer et accélérer la mise en œuvre de son cadre de gouvernance de l’IA, en tenant compte des avancées technologiques récentes comme l’IA générative. Cela inclut la création d’un registre public des systèmes d’IA et des outils d’analyse de risques étendus pour l’administration publique», indique le conseil.
Il signale notamment que l’IA offre un potentiel dans la lutte contre le changement climatique, ses impacts environnementaux comme les émissions de gaz à effet de serre et la contamination liée à l’extraction de métaux rares doivent être évalués et limités.
«Il est recommandé de soutenir la recherche sur les impacts environnementaux de l’IA et de développer des méthodes d’évaluation de son empreinte écologique.»
Les 5 grands axes du rapport
1. Encadrer l’intelligence artificielle et assurer une gouvernance agile.
2. Anticiper les changements induits par l’IA et adapter les institutions québécoises.
3. Former la nation afin que tous les Québécois profitent de l’IA et pour favoriser une adoption responsable de l’IA.
4. Propulser la R-D en IA et faire de nos chercheurs et entrepreneurs des leaders responsables de l’IA.
5. Positionner l’État québécois en leader et modèle dans le domaine de l’IA.
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