Pleurer sans raison: quand la tristesse peut être une alliée


Dre Christine Grou, psychologue
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Peut-on être triste sans raison apparente ? Oh que oui. Il est vrai qu’être triste sans motif évident peut sembler étrange, voire gênant, du moins à première vue. Or, ce n’est pas parce qu’on ignore l’origine de notre tristesse que celle-ci est dépourvue de sens ou qu’elle ne mérite pas qu’on s’y intéresse... bien au contraire.
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Quelqu’un dans mon entourage me confiait qu’il se sentait triste sans raison, ce qui le troublait profondément. Pourtant, il ne semblait pas percevoir à quel point il était profondément épuisé. Soumis à un stress constant, il ne voyait pas la lumière du jour et n’avait presque jamais de moments de détente. Il avait d’énormes responsabilités et en l’absence de toute reconnaissance pour ses nombreux efforts au travail, il avait toutes les raisons de ressentir cette tristesse, même s’il n’avait pas encore pleinement conscience des facteurs pouvant l’expliquer.
La tristesse, une alliée ?
En nous incitant à réfléchir et à prendre conscience de notre baromètre intérieur, la tristesse nous permet parfois de reconnaître des situations éprouvantes. Elle peut donc être une précieuse alliée. Elle peut favoriser la résolution de difficultés, nous aider à mieux comprendre nos expériences et à envisager des changements susceptibles de contribuer à un meilleur équilibre.
Divers facteurs peuvent expliquer ou amplifier la tristesse
Par ailleurs, une tristesse qu’on ne parvient pas à comprendre peut être générée par divers facteurs, tels que le manque de sommeil, un déséquilibre hormonal, le stress chronique ou le sentiment de perte de contrôle sur sa vie. Elle peut également être amplifiée par certains mécanismes cognitifs, comme la rumination ou la tendance à « catastrophiser », ainsi que par des facteurs sociaux, tels que l’isolement ou l’absence de relations significatives.
Dans certains cas, la configuration neurobiologique du cerveau peut également contribuer à expliquer une tristesse qui semble inexplicable. Les personnes ayant subi des atteintes cérébrales — AVC, tumeur, commotion ou autres — peuvent pleurer de manière disproportionnée, devenir rapidement émotives et oublier ces épisodes quelques minutes plus tard. Cela peut déstabiliser l’entourage, mais lorsque l’on comprend l’origine de ce changement de comportement, celui-ci devient alors beaucoup moins surprenant.
Sèche tes pleurs ? Pas si vite !
Tous les facteurs évoqués précédemment, du stress, au manque de reconnaissance en passant par les conditions neurologiques, peuvent expliquer une tristesse qui ne semble pas avoir de motif apparent. Mais il existe parfois aussi une dimension plus profonde : une telle peine peut renvoyer à des pertes antérieures, parfois encore non résolues, déclenchant des réactions intenses et inattendues. À titre d’exemple, le décès d’une personne éloignée peut nous provoquer un torrent de larmes. La tristesse peut sembler disproportionnée, cette personne n’étant pas particulièrement proche de nous. Or, ce sentiment peut renvoyer à une expérience du passé, par exemple un deuil précédent particulièrement significatif.
En effet, des facteurs plus profonds peuvent être à l’origine d’une tristesse inexpliquée : un deuil non résolu, des tensions familiales, une relation de couple en difficulté, une insatisfaction chronique au travail ou d’autres sources de détresse similaires.
Dans certains cas, prendre le temps de bien ressentir et de décrire nos émotions permet de prendre du recul. L’écriture peut aussi libérer la mémoire émotionnelle. De plus, bouger, rire, prendre l’air, regarder quelque chose de divertissant, échanger et passer du temps avec des proches bienveillants peut aider à atténuer cette tristesse. Cependant, mettre en place certaines stratégies ne suffit pas toujours, et une tristesse persistante peut constituer un signal qu’il est temps de consulter un professionnel de la santé. Consulter un tel professionnel peut nous permettre d’aller au fond des choses et d’y voir plus clair, notamment quand cette tristesse devient plus constante, plus intense et s’accompagne de changements marqués dans notre fonctionnement.
La tristesse a toujours ses raisons...
En conclusion, la tristesse a toujours ses raisons, même si elles nous sont parfois obscures. Le philosophe français Blaise Pascal affirmait que « le cœur a ses raisons que la raison ignore ». On pourrait certainement dire qu’il en va de même pour la tristesse.