Ce que vous ne saviez pas au sujet de Pierre-Luc Dubois

Nicolas Cloutier
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Encore aujourd’hui, lorsqu’il raconte l’anecdote, Marc-André Dumont n’en revient pas. Retour en 2016 : Pierre-Luc Dubois a 18 ans et revient de son premier camp d’entraînement avec les Blue Jackets de Columbus après avoir été repêché au troisième rang au cours de l’été.
Le Québécois n’a aucune intention de se la couler douce même s’il a eu un premier avant-goût de la Ligue nationale de hockey.
«Il me dit : "Écoute, j’ai pas d’école demain matin, est-ce que je peux aller travailler sur mes tirs?" La glace de l'aréna n’était pas disponible, mais celle de l’Université du Cap-Breton l’était, se souvient Dumont, l'ancien entraîneur de Dubois avec les Screaming Eagles. Je lui ai alors proposé de me rejoindre à l’aréna demain pour qu’on monte là-bas ensemble.
«Il arrive le lendemain et, finalement, il me dit : "Je vais prendre mon auto moi aussi." On arrive là, on travaille son tir. One-timers, tirs du poignet, tirs de différents angles. C’est exigeant, prendre des tirs sur réception à répétition. Généralement, mes séances de power shooting durent de 30 à 40 minutes.»
Vers midi, Dumont doit quitter les lieux. Mais pour Dubois, il n’est pas question de quitter la glace. Clairement, il n’avait pas décidé de prendre sa voiture pour rien. Il avait prévu le coup.
«J’arrive pour commencer à ramasser les rondelles, il m'interrompt : "Laisse-les là, je vais m’en occuper, je vais rester encore un peu." Il est resté un autre 30-45 minutes. J’ai rarement vu ça. J’ai fait du temps supplémentaire avec un paquet de joueurs. J’ai été 12 ans dans la "Q". J’en ai fait des séances de tirs. Je n’ai jamais vu ça un gars, après 30-40 minutes de one-timers, rester une autre demi-heure. Ça, c’est Pierre-Luc.»
Croyez-le ou non, les Screaming Eagles tenaient un entraînement en après-midi, et Dubois était présent.
«Persévérance maximale»
Le nom du natif de Sainte-Agathe-des-Monts circule allègrement à Montréal par les temps qui courent. Les joueurs de centre avec son talent et son gabarit, québécois de surcroît, ne courent pas les rues. Ceux qui sont disponibles sur le marché des transactions, encore moins.
Mais au-delà de toutes ses belles habiletés, ce qui fait de Dubois un joueur spécial est son niveau d’engagement dans ce tout ce qu’il entreprend.
«Son succès est une combinaison de talent, de persévérance maximale et de beaucoup de cœur», résume Dumont.
C’est par un heureux coup du hasard que Dubois est devenu un joueur de centre dans la LHJMQ – et plus tard, le centre de premier trio des Blue Jackets. À 17 ans, il était avant tout un ailier naturel. Mais son éthique de travail et sa soif d’apprendre lui ont permis d’assimiler rapidement les rudiments de sa nouvelle position lorsque son équipe s’est retrouvée dans une situation délicate.
«Un soir, il nous manquait deux centres, dont Evgeny Svechnikov, qui était parti au camp de l’équipe nationale russe pour le Championnat mondial junior, raconte Dumont. J’ai demandé à Pierre-Luc : "As-tu déjà joué au centre?" Il me répond par la négative.
«Est-ce que ça te dérange de jouer au centre? "Pas de problème." À la fin de l’entraînement, il a dû prendre environ 200 mises en jeu avec notre entraîneur adjoint.»
Aux yeux de Dumont, Dubois est parfaitement outillé pour jouer dans tous les marchés, incluant celui de Montréal.
«C’est un gars qui aime l’adrénaline. Il a aimé l’environnement de Hockey Canada, il a aimé faire partie de ça. Il n’y a pas de doute. Même s'il est jeune, c’est tellement un professionnel que, peu importe l’environnement, il va performer.»
Malgré tout le sérieux dont il est capable, l'attaquant de puissance n'en demeure pas moins un bon vivant qui peut dévoiler de temps à autre un côté badin.
«Je me rappelle une année, on écoutait la série Band of Brothers quand on était sur la route, se remémore Dumont. On se rassemblait dans une salle à l'hôtel et on écoutait des épisodes. C'est une histoire de guerre, c'est militaire. Il y a beaucoup de tirs et des mitraillettes.
«Pendant qu'on regardait un épisode, Dubois a fait irruption dans la pièce avec des fusils à pétard qu'il avait achetés au magasin à un dollar. Il s'était mis à tirer partout!»

Dubois et l'histoire de la Sainte-Flanelle
À défaut d'avoir côtoyé Dubois de près, Jack Han connaît son hockey. Et il est particulièrement intrigué par le feuilleton entourant l'étoile montante des Blue Jackets.
L'histoire de Han, un Montréalais qui a travaillé pour le site web des Canadiens de Montréal avant d'obtenir un rôle d'analyste du développement des joueurs avec les Maple Leafs de Toronto, est captivante. Han, un cerveau sur deux pattes, est fasciné depuis sa tendre enfance par le riche passé du Tricolore et ses glorieuses années. À ses yeux, ce serait l'histoire qui se répéterait si Marc Bergevin faisait l'acquisition de Dubois.
L'acquisition de joueurs de centre de premier plan a souvent pavé la voie à une conquête de la coupe Stanley des Canadiens. Dans les années 1970, le directeur général Sam Pollock a frappé un grand coup en obtenant Pete Mahovlich. Une décennie plus tard, Serge Savard cédait Keith Acton et Mark Napier, un ailier qui avait marqué 40 buts aux côtés de Guy Lafleur, afin de mettre le grappin sur Bobby Smith, qui allait devenir un élément crucial du triomphe de 1986.
«Un peu comme Dubois, Smith était un gros centre qui a été repêché tôt, note Han. Minnesota a fait l'erreur de l'échanger contre deux joueurs qui étaient très bons, mais qui n'étaient pas des joueurs dominants. Comme ce fut le cas pour acquérir Smith, il faudra deux bons joueurs pour aller chercher un gars de la trempe de Dubois.
«Smith, ce n'était pas Wayne Gretzky, Dale Hawerchuk ou Mario Lemieux, mais après ces gars-là, c'était peut-être un des meilleurs à ce moment-là. Et il est peut-être comparable à Dubois. C'est le genre de gars que tu peux rarement aller chercher dans un échange ou à l'extérieur du top 5 d'un repêchage.»
Dans le meilleur des mondes, explique Han, le CH n'aurait pas à se départir de Nick Suzuki pour obtenir Dubois, car les deux patineurs pourraient former un duo de joueurs de centre digne d'une équipe championne.
«L’idéal, c’est d’avoir Dubois au centre du premier trio et Suzuki à titre de deuxième centre. Un peu comme le modèle des Bruins avec Patrice Bergeron et David Krejci.»
Le duo rêvé
Han est très familier avec les patrons de jeu de Suzuki. Il l'a longtemps observé l'année de son repêchage, lorsqu'il prêtait main-forte au département du recrutement amateur des Maple Leafs. Le savant analyste est particulièrement intéressé par le contraste entre les styles de Suzuki et Dubois.
«En termes d’habiletés techniques et de vision du jeu, Suzuki était extraordinaire à Owen Sound [en 2017]. Par contre, il n'a jamais été très, très rapide en ligne droite, et il n'a jamais été très, très bon dans les confrontations à un contre un.
«Je parlais avec nos dépisteurs et à notre DG de tout ça, car je trouvais Suzuki vraiment dynamique, et on était plusieurs à aimer son style de jeu. Par contre, les personnes avec lesquelles je travaillais avaient peut-être une vision plus pessimiste de son potentiel parce que, selon elles, il n'était pas assez gros et pas suffisamment rapide pour devenir un joueur d'impact. Il compensait en faisant plus de jeux latéraux, en se servant de sa vision du jeu et en travaillant avec ses compagnons de trio. Le fait qu'il se soit rendu là où il est, c'est déjà très impressionnant. Et ce n'est pas fou du tout de dire qu'il sera un très bon joueur de centre de deuxième trio dans la Ligue.»
Dubois opte pour une approche plus percutante, axée sur la puissance.
«Sur le plan technique, il est peut-être un peu moins bon, indique Han. Son sens du hockey est peut-être un peu moins créatif et son changement de direction est moins dynamique. Mais Dubois est beaucoup plus vite en ligne droite et il est excellent dans les situations à un contre un le long de la bande pour battre un défenseur et trouver un petit jeu.
«Suzuki va ralentir, changer de direction et essayer de trouver un autre joueur. Dubois va vraiment aller chercher la confrontation. Et il va gagner plusieurs de ses duels.»
Bref, les deux hommes ayant des bagages d'habiletés complémentaires, le CH serait en voiture avec Suzuki et Dubois dans sa formation. Logiquement, Jesperi Kotkaniemi devrait ainsi être ciblé comme la base d'une transaction qui enverrait le joyau des Blue Jackets à Montréal. Évidemment, le plafond salarial complique énormément les choses.
Bergevin doit au moins tenter le coup, selon Han, qui insiste sur la rareté d'une telle opportunité.
«Je ne suis pas un expert du plafond salarial. Mais si ce genre d'occasion se présente seulement une fois toutes les décennies, il faut vraiment étudier le dossier.»
La saga qui a impliqué Vincent Lecavalier en 2009 doit toutefois servir de leçon aux Canadiens. On raconte que Bob Gainey était prêt à céder Carey Price, P.K. Subban, Max Pacioretty et un choix de premier tour en retour du fameux gros joueur de centre québécois, histoire de marquer l'imaginaire lors de l'année du centenaire.
Les meilleures transactions sont parfois celles qu'on ne réalisent pas... N'empêche, Bergevin a la réputation de garder jalousement ses espoirs de premier plan et il n'est pas du genre à vider sa banque d'actifs.
Au final, les Québécois ne le lui pardonneraient pas s'il ne mettait pas le nez dans ce dossier. Il a, après tout, la chance de marquer l'histoire... ou plutôt, de la répéter.