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Paul Daraîche: «Sans ma femme, je ne serais peut-être plus là»

Daniel Daignault

2026-04-30T10:00:00Z

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Citation : « C’est un grand bonheur de faire des spectacles avec mes enfants à mes côtés, je ne pensais jamais pouvoir vivre ça. »

Citation : « Je travaille sur ma biographie, elle devrait sortir d’ici la fin de l’année. »

En plus 60 ans de carrière, Paul Daraîche a tout vu et tout vécu. Son parcours est pour le moins incroyable, et le plus beau, cest qu’il est toujours animé par sa passion de chanter pour le public. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, lui et moi, et il m’a fait plusieurs confidences, notamment au sujet de sa femme, Johanne, et de certains moments difficiles de sa vie.

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Quand son album Un dernier je t’aime a vu le jour en mai 2025, Paul ne s’est pas fait prier pour dire avec fierté qu’il s’agissait de pas moins que son 33e en carrière — le fruit d’un long parcours qui se poursuit toujours. Paul Daraîche aura 79 ans en juin, et un large sourire apparaît sur son visage lorsque je lui demande s’il commence à songer à la retraite. En toute candeur, il confie : « J’aimerais ça, mais d’abord, je ne suis pas assez riche pour arrêter, dit-il en riant. Mais, bien franchement, quand j’y pense, je crois que je m’ennuierais en tabarnouche si je ne faisais pas de spectacles. »

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Et il ne s’ennuie pas, le bon Paul, après un peu plus de 60 ans de carrière. Il dit d’ailleurs avoir une année complètement « malade » jusqu’à maintenant. « J’ai fait la tournée de spectacles de Noël une tradition en chanson. On a fait 23 shows en décembre. J’en ai arraché un peu à la fin parce que j’ai eu l’influenza, tellement que je n’ai pas fait les quatre derniers spectacles. J’ai pensé mourir ! J’en ai pogné une solide, moi qui ne suis jamais malade. Et fin janvier, avec mes enfants, j’ai commencé la tournée Daraîche et filles, qui va se poursuivre jusqu’à la fin de juillet. On va aller un peu partout en province. Katia, Émilie, Dani, la fille de ma sœur Julie, et mon fils Dan, qui est en quelque sorte l’invité surprise. Ça marche au fond, on voit que le monde aime le country et on a du fun. Et les gens aiment ça voir une vraie famille sur scène ; il n’y en a pas beaucoup au Québec. On est 20 musiciens et techniciens en tout. C’est le fun parce qu’Émilie, Dani et Dan ont tous des albums et ont des carrières individuelles. »

Le plaisir est toujours là

Si sa grande amie Renée Martel chantait J’ai un amour qui ne veut pas mourir, ce titre évoque parfaitement les sentiments de Paul par rapport à son métier : un bonheur incessant à se produire devant le public. Bien sûr, avec les années, c’est moins facile d’enchaîner les spectacles, mais quand la passion est toujours présente, on ne peut qu’y succomber. « Je me sens comme si j’avais encore 18 ans ! J’aime encore partir en tournée, c’est le même feeling que lorsque j’étais jeune, je suis heureux de chanter pour le monde. Et puis, ça marche, les gens sont présents. Le plaisir que ça me procure est intense, d’autant plus que je suis entouré des miens sur scène. J’ai un tempérament anxieux et avant, quand je faisais des tournées de spectacles un peu partout au Québec, j’étais loin de mes enfants, alors c’était difficile. Maintenant, je n’ai plus d’inquiétudes parce qu’ils sont avec moi. On veille les uns sur les autres. J’ai du plaisir à chanter avec mes enfants et après le show, le fun continue ! On joue à des jeux de société, on jase, on parle du show, on tripe, et on trouve aussi d’autres tounes. C’est un grand bonheur de faire ce spectacle avec mes enfants à mes côtés, je ne pensais jamais pouvoir vivre ça. »

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Au sujet de son album Un dernier je t’aime, Paul confie qu’il est très fier, entre autres de la chanson En attendant que tu reviennes dont le texte a été écrit par Renée Martel et qui est, en quelque sorte, un hommage à son amie. Quant au titre de l’album, disons qu’il a induit bien des gens en erreur.

« On l’aimait, cette toune-là. Elle a été composée par Bourbon Gautier. C’est Mario (Pelchat) qui a eu l’idée d’en faire la chanson-titre. Mais là, tous les journalistes m’ont demandé : “ Un dernier je t’aime, est-ce que ça signifie que c’est ton dernier album ? ” Ben non, même que j’en ai un autre qui est quasiment prêt ! », dit-il d’un ton joyeux.

N’allez surtout pas croire que sa femme, Johanne, avec qui il est marié depuis 24 ans, va lui dire qu’il devrait mettre la pédale douce. « Elle me connaît trop, dit-il. Elle m’a suivi durant 37 ans en oubliant ses rêves. Je lui ai dit qu’elle pouvait s’absenter un peu, prendre du temps pour elle. Alors, de temps en temps, elle ne vient pas aux spectacles, et c’est bien correct. Je vais te dire une chose : je n’aurais pas eu la même carrière si elle n’avait pas été là. C’est une sainte ! Elle m’a aidé à ralentir par rapport à plein d’affaires, et il n’y a qu’elle qui pouvait faire ça. Les autres filles, je ne les écoutais pas. Mais je suis tombé en amour avec elle, et je peux te dire qu’elle est straight. Elle ne fume pas, elle ne boit pas », dit-il.

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Une femme qui a changé sa vie

On comprend que Johanne s’est imposée et qu’elle a remis son chum sur le droit chemin. « Elle me disait que je fumais trop, que je buvais trop, qu’il fallait que je relaxe, que je me fatiguais trop... Mais je l’écoute, quand même. C’est une bénédiction qu’elle soit arrivée dans ma vie, en 1987-1988. Je ne serais peut-être plus là. J’étais sur la poudre au boutte », ajoute-t-il. Abusait-il aussi de l’alcool ? « Je n’ai jamais été un gros buveur dans la vie, mais à cette époque-là, je buvais. Mais la poudre... elle m’a arrêté ça ben raide. J’opérais... J’en ai fait pendant cinq ans et c’est sûr que je serais mort si elle n’était pas arrivée dans ma vie. C’était une période où j’étais écœuré, je me foutais de tout. Pis, ça dépend aussi du monde que tu rencontres, avoue le chanteur. Quand j’étais sur la poudre, j’étais à fond dans le monde interlope. J’aurais pu me faire tuer plusieurs fois », dit-il sans donner de précisions.

Photo : Eric Myre / Les Publications Charron et Cie inc./Groupe TVA
Photo : Eric Myre / Les Publications Charron et Cie inc./Groupe TVA

C’était à l’époque où Paul chantait dans les bars un peu partout en province, bien des années avant qu’il commence à se produire dans des salles et que sa popularité explose. Lorsque Mario Pelchat l’a pris sous son aile et que le chanteur country a présenté l’album Mes amours, mes amis, en 2012, le vent a tourné.

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Mais revenons au moment où Johanne s’est chargée d’aider son chum. Guidé par la femme qu’il aimait, il a entrepris de se défaire de sa dépendance à la cocaïne. « Ça m’a quand même pris an, dit-il. Je ne dormais pas pantoute, et quand je dormais, je me réveillais tout trempé. J’ai eu de la misère, mais après ça, c’était fini. Aujourd’hui, si quelqu’un en faisait devant moi, ça ne me dérangerait pas. »

Paul raconte qu’à un certain moment durant cette période intense, il a dû se faire remplacer pour quelques semaines. « Physiquement, c’était difficile. Je n’étais plus capable. À cause de la poudre, je ne dormais jamais. Je ne pouvais pas continuer à faire des shows. C’était la même chose pour tout le monde autour de moi. Je peux te dire qu’après, j’étais très content de moi. Par contre, je ne suis pas capable d’arrêter la cigarette. J’ai arrêté tout ce qui est heavy : freebase, coke, tout ce que tu veux, mais la cigarette, ça ne fonctionne pas. Je vapote et j’ai des timbres sur moi... en même temps que je fume, lance-t-il en riant. J’arrête pendant des bouts, mais je recommence. J’ai été opéré à cœur ouvert et on m’a envoyé voir un spécialiste pour me donner des trucs pour arrêter, mais je trouverais ça plate de ne plus fumer. J’ai commencé à l’âge de 16 ans. »

Si Paul pouvait remonter le temps et aller se voir quand il avait 18 ans, il sait parfaitement ce qu’il se dirait : « Je sais ce qui s’en vient ! » J’aimerais pouvoir faire ça, parce qu’il y a plein d’affaires heavy que j’ai faites. Je suis tombé dans des pièges que j’éviterais », dit-il.

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Des deuils difficiles

Plusieurs de ses amis de l’époque sont disparus. Paul ne l’a pas eue facile, il y a quelques années, lorsqu’il a perdu, en moins de quatre mois, deux femmes qu’il aimait énormément : Renée Martel (le 18 décembre 2021) et Julie Daraîche (26 avril 2022), sa sœur avec qui il a partagé la scène durant plus de 40 ans. « En fait, j’ai perdu deux frères et deux sœurs la même année, plus Renée Martel, qui était comme ma sœur. Je n’ai pas fait de pause, au contraire ; j’ai fait la tournée que je devais faire avec Renée. »

Paul se réjouit évidemment de voir à quel point le country, et le new country sont populaires. Il a vu, ces dernières années, nombre de jeunes Québécois embrasser ce style musical. « Je suis content, parce qu’on a tellement travaillé fort pour ça ! Nous autres, à l’époque, on a fait rire de nous, on s’est fait niaiser, traiter de quétaines. Les journaux ne publiaient pas de reportages sur nous, la télé non plus ne s’intéressait pas à nous. C’était difficile. Toute la famille Daraîche a fait, au total, quelque chose comme 110 ou 115 albums. C’est toute une affaire. Le country va toujours refaire surface, parce qu’on véhicule les vrais messages et que les gens se reconnaissent là-dedans. J’ai écrit 400 tounes et je pourrais vivre de mes droits d’auteur. Il n’y a pas une semaine qui passe sans que je signe une licence pour que quelqu’un reprenne Je pars à l’autre bout du monde », ajoute-t-il.

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Paul a toujours été proche des gens qui vont l’entendre chanter, et il va toujours à leur rencontre après les spectacles. « Souvent, il y a une centaine de personnes qui sont là, à m’attendre, et je peux passer une heure et plus à leur parler, à poser pour des photos, à signer des albums ou des photos. C’est important pour moi, et c’est dans ces moments que les gens me racontent toutes sortes de choses. Souvent, ils me disent qu’ils m’ont découvert grâce à leurs parents, et d’autres me disent que je leur ai carrément sauvé la vie avec mes chansons. Je vois d’autres artistes qui ne vont pas rencontrer leurs fans, et je ne comprends pas : c’est grâce à eux qu’ils peuvent faire ce métier-là ! Quand une femme aime un chanteur et qu’elle a la chance de se faire photographier avec lui, elle va se promener durant un an avec cette photo, qu’elle va montrer à tout le monde. »

Paul continue toujours d’écrire des chansons. Certaines se font rapidement, mais pour d’autres, le travail est plus long. « Tu vois, Je pars à l’autre bout du monde m’a pris deux ou trois jours à écrire, tandis qu’À ma mère a été un cadeau du ciel. Je venais de voir mon père mourir à Chandler et j’étais en tournée avec Julie. On allait présenter un spectacle à Petit-Rocher et en arrivant là-bas, je suis allé sur le bord de la mer. J’ai pris ma guitare et la chanson m’est tombée dans les mains. Je l’ai écrite le temps de le dire », raconte-t-il.

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Outre les spectacles, le chanteur et auteur-compositeur travaille à écrire sa biographie. « Rédemption (paru en 2016), c’était un livre qui parlait de mes 12 tounes les plus hot, et je parlais un peu de ma vie quand je les ai écrites. Mais là, c’est une vraie biographie — de mon enfance à aujourd’hui. Elle va sortir juste avant Noël. Et tu sais que ma fille Katia, qui a dû se faire amputer la jambe gauche il y a six mois, écrit parfaitement ? Elle parle de tout ce qu’elle a vécu. Elle a 18 chapitres jusqu’à maintenant. C’est bien bon, et j’espère que son livre sera publié. Ç’a été difficile pour Katia, depuis qu’elle s’est fait écraser par un autobus quand elle avait 16 ans. En plus, elle était aveugle quand elle est née. Elle est forte, 100 fois plus que moi. Je n’aurais pas eu son courage face à tout ce qu’elle a traversé dans sa vie. Je me suis séparé de sa mère quand elle avait sept ans. Moi qui suis de nature inquiète, je l’étais encore plus. Je voulais la protéger, être à côté d’elle. J’ai trouvé ça rough. Et malgré tout, ça ne l’empêche pas de faire partie du spectacle, de faire la tournée. Elle avait peur de ne plus pouvoir nous suivre, mais elle est là, elle chante en fauteuil et les gens capotent, elle a du plaisir. »

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