Découvrez la raison pour laquelle Émilie Daraîche a révélé rapidement sa récente sobriété
Sabin Desmeules
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En janvier, alors que s’amorce l’année 2026, elle dit adieu à la bouteille qui l’a accompagnée sur sa route presque toute sa vie. C’est ça ou la mort. Elle choisit de vivre autrement. Aujourd’hui, elle apprend à se connaître et à avancer sans sa carapace. Une nouvelle Émilie Daraîche est née...
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Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes depuis toujours, pour elle. La chanteuse est en tournée avec la Famille Daraîche. Le 2 mars, elle publie un touchant message sur Facebook. « Je m’appelle Émilie Daraîche et je suis alcoolique. (...) Pendant 20 ans j’ai bu, tous les jours et toutes les nuits, comme si je n’avais pas de fond. Je n’arrivais pas à traverser la vie sans boire, fait savoir la fille de Paul Daraîche. Le 2 janvier dernier, mon corps a décidé que c’en était trop. Que c’en était assez. Le 2 janvier dernier j’ai pris la décision d’écouter mon corps pour la première fois. J’ai pris la décision la plus difficile, celle de repartir ma vie à zéro. Celle d’apprendre à vivre sans alcool. Pour ma santé mentale et physique. » Cela fait maintenant trois mois et demi qu’Émilie Daraîche fait son chemin sans béquille. Elle s’ouvre sur ce qui l’a menée à la sobriété et sur ce nouveau chapitre de sa vie qu’elle amorce, non sans crainte, par nécessité...
« C’était ça ou... » Elle n’ose prononcer ce mot qu’on devine. « Quand c’est arrivé, je me suis dit : “Je suis rendue là. Je n’ai pas le choix. C’est fini.” Il n’y avait pas d’autre porte de sortie. J’avais un pied dans la tombe. » Après 20 ans de consommation d’alcool au quotidien, les deux dernières années la font souffrir terriblement sur le plan physique. « J’étais malade, mais je n’étais pas capable d’arrêter malgré ça. Puis, ce matin-là, après avoir été malade toute la nuit, je vomissais du sang, sans arrêt. Mais j’essayais pareil de boire, et ça ne rentrait plus. C’était atroce, le mal que ça me faisait ! Je n’étais plus capable d’avaler. Je me suis dit que c’était mon corps qui refusait que ça rentre. C’était fini, c’était trop. Je me faisais trop mal. »
Travailler où l’alcool est accessible
« Je ne me connais pas encore, comme adulte. J’apprends à me connaître. Je me découvre. » Elle a 35 ans. Elle a 15 ans quand elle tombe dans l’alcool. « Je commençais à chanter... Je faisais des concours à l’école, puis je n’étais pas capable de chanter, j’étais trop gênée, trop angoissée... Je prenais un verre pour me calmer. Même à l’école, je buvais pour chanter ! Ç’a commencé comme ça. » Les coulisses du monde de la musique, où elle grandit, lui offrent une grande facilité d’accès à l’alcool. « Et quand j’avais d’autres emplois, je travaillais dans les bars, je travaillais dans les restaurants... Je me trouvais des emplois qui me permettaient de boire en même temps que je travaillais. Je m’organisais pour avoir cette facilité-là, parce que, comme ça, je n’avais pas besoin de boire en cachette. Et c’est la même chose quand je travaillais dans le milieu de la musique. Je suis aussi technicienne, puis ça me permettait de boire tout le temps, pendant que je travaillais. »
Elle avale constamment, « de l’après-midi jusqu’au lendemain matin », son élixir, « principalement du vin, mais je commençais toujours avec des prêt-à-boire ». Cela pour en ressentir les effets en permanence afin de l’armer d’une carapace qui la protège de la scène et de la vie en général. « À jeun, je n’étais capable de rien affronter ! Je n’y arrivais pas. Ça m’aidait à traverser des situations. Ça m’aidait à parler avec les gens. D’affronter le quotidien, je n’étais pas capable. Les répétitions pour chanter, je ne pouvais pas être à jeun. Si j’allais prendre une marche, je m’emmenais une bouteille de vin. C’était rendu à tous les niveaux de ma vie. » Le plus souvent, c’est seule qu’elle s’enivre. « J’étais solitaire, j’étais sauvage. Dans ma consommation aussi, j’étais très solitaire. Les trois quarts de mon temps, je les passais juste avec mon alcool. J’étais toute seule. Il y avait des périodes où on faisait le party, où on avait des soirées, mais, en général, j’étais tout le temps seule à boire. »
Dompter son mal-être
Ce métier public dans lequel Émilie évolue depuis toujours avec la Famille Daraîche est-il fait pour elle ? Il est trop tard pour se poser cette question. Mais la femme qu’elle devient est en train de dompter son mal-être. « J’apprends à vivre en étant sobre. C’est comme si je venais de naître. Tout ce que je n’étais pas capable de faire avant, là, il faut que je le fasse. »
Ce choix, pour la chanteuse de révéler au grand jour sa sobriété assez tôt dans sa démarche est une façon pour elle de ne pas faire marche arrière. « Je l’ai fait pour être honnête, mais c’est une forme d’engagement. Je me suis dit qu’en le dévoilant publiquement, je ne pouvais plus reculer. Donc, j’ai été transparente avec les gens et, à partir de ce moment-là, je ne me donnais pas la possibilité de retomber. »
Bien entourée
En janvier, Émilie ne révèle pas tout de suite à son père, Paul Daraîche, et à sa maman, Johanne Dubois, qu’elle vient d’arrêter de consommer. « Je ne l’ai pas dit parce qu’il y a quatre ans, j’avais réussi à faire cinq jours sans boire... Là, je voulais me rendre plus loin avant d’en parler, explique-t-elle. J’ai commencé à le dire à mes parents quand ça faisait peut-être huit ou dix jours que je n’avais pas bu. Ils ne s’attendaient pas à ce que j’arrête. (...) Ils sont contents parce que je vais aller mieux, parce que j’essaie de m’aider et je serai plus en santé. » Elle peut également compter sur le soutien d’autres membres de sa famille. « J’ai mon frère Mathieu qui m’appelle régulièrement. Il me motive et me réconforte vraiment beaucoup !, confie-t-elle. Et ma cousine Dani, avec qui je travaille, me dit à tous les jours : “Émilie, tu es bonne, tu es forte ! Let’s go, continue !” J’ai beaucoup d’encouragements comme ça qui me font du bien. » Mario Pelchat, qui est un ami qui collabore avec elle sur un projet d’album, lui offre aussi son aide. « Mario m’encourage. Il est vraiment un mentor pour moi ! On est des grands amis depuis longtemps. »
Jamais sans son amoureux
Ce travail sur elle-même qu’Émilie est en train d’accomplir, elle n’y serait jamais arrivée sans son amoureux, le guitariste et réalisateur Christian Turcotte. « Sans lui, est-ce que j’aurais arrêté ? Je ne sais pas. » Celui qui partage la vie de la chanteuse est sobre depuis 32 ans. « Être là-dedans avec quelqu’un que j’aime, ça me donne un plus pour continuer, se réjouit-elle. Ça m’aide beaucoup. »
Pas habitée par le désir de maternité
Elle est « maman » de deux chats. Et, depuis neuf mois, d’un golden retriever. « Je l’avais offert à mon père, puis, finalement, c’est moi qui en ai hérité. Ça fait que mon chum et moi, on apprend à vivre avec un chien ! Ça amène de la vie à la maison, c’est quelque chose ! » Le couple n’a pas d’enfants. « Je ne pense pas en avoir. Depuis que je suis toute petite, c’est clair dans ma tête, pour moi, que je ne serai pas maman. Je ne me voyais pas des enfants. Le besoin de maternité ne m’a jamais habitée. »
La suite
À quoi Émilie s’accroche-t-elle ? « J’essaie d’écouter mon corps. J’essaie de me dire que je le fais pour le mieux, pour le bien, puis pour être en santé, parce que je ne l’étais plus. Je me divertis, je lis beaucoup. Ça me change les idées. » Elle ne regarde plus la télé, même pour ses émissions favorites. « Parce que c’était mon habitude : je m’assoyais et je regardais mes émissions avec mon verre. Là, j’ai une nouvelle habitude, je lis à tous les jours. »
Elle tente toujours de reprendre du mieux. « J’ai des hauts et des bas. Je suis encore en sevrage. Je n’ai pas tout à fait récupéré. Je dors mal, je ne me lève pas en forme. Ce n’est pas encore rose. C’est sûr que j’ai hâte d’aller mieux, d’être bien à 100 %. Mais je me dis qu’éventuellement, ça va arriver. » Son médecin lui a dit qu’elle pourrait avoir des séquelles au foie. « J’ai passé des tests et je vais avoir mes résultats prochainement. J’avance. » Elle réapprivoise la scène, en tournée avec la Famille Daraîche. Et elle travaille sur un album avec, notamment, Mario Pelchat. Elle veut mettre ses tripes sur la table. « J’écris mes idées, puis je demande à des auteurs d’en faire des chansons. »
C’est un grand voyage intérieur que l’année 2026 propose à la chanteuse. Elle regarde vers l’avant. Il y a des étincelles dans les yeux d’Émilie.
Émilie Daraîche est en tournée partout au Québec aux côtés des siens avec le spectacle Daraîche et Filles.