Retour dans la LNH: Patrick Roy «a changé pour le mieux» selon son meilleur ami


Kevin Dubé
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Patrick Roy a passé sept années à espérer obtenir une seconde chance dans la LNH sans que jamais personne ne lui fasse signe. Des années qui l’ont changé, a-t-il assuré. Mais à quel point? Le Journal a consulté quatre personnes très proches de lui afin d’y voir plus clair. Incursion dans la vie d’un homme dont l’image publique ne représente pas ce qu’il est en privé, selon eux.
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Dimanche, devant les médias au terme de son premier entraînement officiel avec les Islanders, Roy a reconnu avec honnêteté que la façon avec laquelle il avait quitté l’Avalanche du Colorado en 2016 lui avait nui.
«Ça en a été une [leçon d’humilité]», a-t-il reconnu en lien avec les sept années lors desquelles personne n’a décidé de l’embaucher. Ça me permet d’avoir encore plus de respect pour le métier d’entraîneur-chef dans la LNH en termes de travail et d’effort qui y est mis. Je pense que durant mon premier séjour, j’ai pris beaucoup de choses pour acquises et j’ai pensé que ce serait facile. J’ai beaucoup de regrets par rapport à ça.»
«Il a changé pour le mieux»
Difficile, de l’extérieur, de constater ce changement. Comme on l’a souvent répété depuis quelques jours, Roy est arrivé avec la même flamme et la même intensité qu’il avait avec les Remparts de 2018 à 2023 et, même, avec l’Avalanche entre 2013 et 2016.
Mais dans l’intimité, ses proches ont vu l’évolution, à commencer par son ami de longue date, Réjean Soucy, qui considère Roy comme son «petit frère».
«Pat, on se connaît depuis 25 ans. Je connais plus sa vie privée que sa vie professionnelle. Il a changé pour le mieux, assure-t-il. En vieillissant, il est devenu plus calme et en contrôle. Il a dit publiquement qu’il s’était amélioré et qu’il avait changé et il y a une raison pour ça: sa plus grande qualité, c’est qu’il ne veut pas répéter la même erreur deux fois.»
«Une chose qui n’a pas changé, par contre, c’est que sa flamme, elle est allumée à high!», lance-t-il en riant.

Nicole Bouchard aussi a été à même de constater l’impact qu’ont eu les sept années loin de la LNH sur Roy. Celle qui a épaulé le nouvel entraîneur-chef des Islanders de New York dans ses fonctions avec les Remparts tout au long de son passage, en plus de devenir une amie personnelle et une confidente, a eu l’occasion de discuter, sans filtre, avec Roy de la façon avec laquelle il avait quitté l’Avalanche en 2016.
«On en parlait des fois et il me disait souvent: "je ne sais pas si je suis parti de la bonne façon’’. Il a beaucoup travaillé sur lui et sur son image.»

Son fils, Frédérick, a surtout vu l’évolution de son père sur le plan professionnel. Parce que, dans le privé, il n’est pas l’homme qu’il projette sur la place publique, dit-il, et on y reviendra.
«Je pense que ça l’a affecté [d’être ignoré par les équipes de la LNH]. Mon père, c’est un compétiteur et il veut être le meilleur dans tout ce qu’il fait. C’est quelqu’un qui veut constamment s’améliorer. La game a changé et la société aussi et ç’a un impact sur un entraîneur et sur un individu. Il a travaillé pour s’améliorer et devenir le meilleur individu qu’il pouvait être.»
De son côté, Richard Blanchet a travaillé avec Roy dès son arrivée avec les Remparts en 2003, comme médecin de l’équipe. Au fil des ans, les deux hommes ont développé une relation qui va bien au-delà du travail.
«Je sens Patrick plus résilient, a-t-il confié. Il accepte un peu plus les situations qu’il ne trouve pas correctes. L’une de ses plus grandes forces, c’est que c’est un gars d’équipe et il résout des problèmes en rassemblant tout le monde et non en les plantant.»
Une personne différente dans la vie de tous les jours
Patrick Roy ne laisse personne indifférent. Au fil des ans, il s’est bâti l’image d’un homme entier, qui n’a pas peur de ses opinions même si elles peuvent déranger. Son intensité, qui a parfois mené à des débordements dans le passé, il faut l’admettre, fait en sorte qu’il traîne encore aujourd’hui l’étiquette de l’homme caractériel et colérique qui désire tout contrôler autour de lui.
Il y a fort à parier que cette image a rebuté quelques formations de la LNH au cours des sept dernières années, et ç’aura finalement pris le doyen de tous, Lou Lamoriello, pour lui faire confiance.
Réjean Soucy a souvent sourcillé lorsqu’il a pris connaissance des commentaires portés à l’endroit de son bon ami.
«C’est comme si Patrick avait deux personnages: celui que je connais et le personnage public en lien avec le sport. C’est incroyable comme les gens portent des jugements sur lui mais ils ne le connaissent pas. C’est un gars tellement généreux. Sortir en public avec Patrick, c’est quelque chose parce qu’il est constamment sollicité, mais je ne l’ai jamais vu refuser un autographe. Dans notre ligue de golf, il paie les chandails à tout le monde. J’en connais des millionnaires qui ne sortiraient même pas cinq cennes pour te payer un café. Patrick, ce n’est pas ça. C’est un gars de famille qui s’occupe de sa mère et est très proche de ses enfants, aussi.»
Son fils Frédérick le confirme: contrairement à l’image d’alpha qu’il projette, Patrick Roy est un homme discret, dans la vie de tous les jours.
«Mon père est un gars réservé et à ses affaires. Il déteste déranger les gens. De l’autre côté, c’est quelqu’un de très généreux et il ne dit jamais non aux amateurs. Je lui ai déjà demandé pourquoi il ne disait jamais non et il m’avait dit: "c’est grâce à eux que j’ai eu cette vie. C’est mon devoir de leur redonner’’. Ça m’avait touché et j’ai beaucoup appris de ça.»
Le fils cadet de Patrick Roy a d’ailleurs compris que l’entraîneur et le père n’étaient pas la même personne, lorsqu’il a joué sous ses ordres avec les Remparts, entre 2007 et 2012.
«Un moment donné, il m’avait ramassé et je n’étais pas très content. En arrivant à la maison, il m’avait dit: "apparemment, ton coach a été tough avec toi’’. Je lui avais fait une face puis, il m’a regardé et m’a dit: "fais la différence. Ici, je suis ton père et ailleurs, ton coach. Si tu ne peux pas faire la différence, tu peux aller jouer ailleurs’’. C’est là que j’ai compris que ce n’était pas la même personne à l’extérieur de la glace. À la maison, c’est un gars souriant et sarcastique. Il aime faire des blagues et s’amuser.»

Un compétiteur au hockey, au golf et... dans le ménage
Tous les intervenants sondés par Le Journal ont reconnu une chose, toutefois: l’homme «réservé et à ses affaires» se transforme en un compétiteur insatiable dans le sport, et pas juste quand il travaille!
«Si tu savais combien de fois je me suis chicané avec», lance Réjean Soucy en riant.
Parce que, pour Roy, qu’il s’agisse d’une partie de golf, d’un match de hockey de la LNH ou dans une ligue de garage, l’objectif demeure le même: gagner.
«C’est une bête quand il fait du sport, tu ne peux même pas t’imaginer», ajoute son grand ami qui a un exemple bien frais en mémoire.
En février 2016, la LNH organise un match extérieur au Coors Field de Denver, le domicile des Rockies du Colorado dans les Ligues majeures de baseball. Parmi les événements prévus entourant le match entre l’Avalanche, que dirige Roy, et les Red Wings de Detroit: un match des anciens des deux formations. On demande à Roy de remettre les jambières pour l’occasion.
«Il avait mis son équipement à chaque pratique de l’Avalanche et demandait aux gars de lui lancer dessus. Il les mettait constamment au défi même s’ils avaient 25 ans de moins que lui. Ça ne prend pas une grosse affaire pour l’allumer. La veille du match, on était quelques amis et on faisait la fête mais lui, à 21h15, il est allé se coucher pour être en forme pour le match.»

Cet instinct de compétiteur vient aussi du fait que Roy est un perfectionniste dans tout ce qu’il accomplit, ajoute Soucy... même dans le ménage!
«Je me rappelle une fois, il faisait le ménage de la cour de sa maison en Floride et il fallait que tout soit parfait. Un moment donné, il avait pris le compresseur pour laver et la peinture commençait à arracher!»
En fin de compte, Soucy n’a aucun problème à comprendre pourquoi son grand ami a connu autant de succès dans le hockey.
«C’est pour ça que c’est un membre du Temple de la renommée.»