Pas que des conspirationnistes et des racistes: les partisans insoupçonnés de Trump qui pourraient le faire gagner


Gabriel Ouimet
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Malgré les menaces, les mensonges et les déboires judiciaires de Donald Trump, près de la moitié des Américains considèrent toujours voter pour lui. À part ses partisans les plus loyaux du mouvement MAGA, qui sont les autres électeurs à se ranger derrière lui? On s’intéresse à deux segments de l’électorat habituellement favorable aux démocrates, susceptibles d’aider le candidat républicain à retourner à la Maison-Blanche.
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Les Latino-Américains
Avec 19% de la population totale, les Latino-Américains forment le deuxième plus grand groupe démographique aux États-Unis.
Historiquement, les démocrates jouissaient d’une avance considérable auprès de cet électorat. Cette avance a toutefois fondu: elle est passée de 39% en 2016 à 19% en 2024, révèle un sondage du New York Times/Siena College publié le 13 octobre.
Ce sont principalement les hommes hispaniques qui tournent le dos au parti de Kamala Harris: ils seraient à peine 2% à vouloir voter pour elle, selon une grande analyse Reuters/IPSOS publiée la semaine dernière. Il y a quelques mois, ils étaient 19% à pencher du côté démocrate.
Comment expliquer un tel basculement, alors que Donald Trump multiplie les propos racistes à leur égard et qu’il promet de mettre en place des politiques anti-immigration plus sévères?

Il ne s’agit pas d’un bloc d’électeurs homogène, rappelle d’emblée le chercheur associé à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, Victor Bardou-Bourgeois.
«Il y a des préjugés et de l’intolérance même au sein de ces sous-groupes», note-t-il.
«Des enquêtes et des entrevues faites avec des Latino-Américains révèlent qu’il y a un sentiment d’injustice vécu par ceux dont les parents et les grands-parents sont entrés légalement au pays. Pour plusieurs, les migrants qui franchissent illégalement la frontière le font de manière illégitime. On voit les migrants actuels comme des gens qui coupent la file d’attente», poursuit-il.
La moitié des électeurs hispaniques se disent d’ailleurs favorables à la construction d’un mur le long de la frontière avec le Mexique et à l’idée de déporter les migrants sans papiers, montrent divers sondages récents.
Ils ne sont également qu’un tiers à se sentir visés quand les républicains parlent en mal des migrants, selon une enquête du New York Times datant du 13 octobre.
Il y a ensuite l’épouvantail communiste que Donald Trump brandit depuis le début de la campagne et qu’il associe à sa rivale démocrate.
«Les Cubains de Miami ont tendance à être très conservateurs, parce que plusieurs sont des réfugiés ou des enfants de réfugiés qui ont fui le régime castriste de Cuba. Il y en a donc qui associent le Parti démocrate au communisme, au socialisme. C’est semblable pour les Vénézuéliens et les Nicaraguayens», analyse Victor Bardou-Bourgeois.

Les hommes de moins de 30 ans
En juillet dernier, pendant la Convention républicaine, c’est le président de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), Dana White, qui a accueilli Donald Trump sur scène, après un long discours dans lequel il a qualifié le milliardaire de «vrai combattant».

Depuis juin, l’ancien président est aussi apparu dans une quinzaine de balados, les plus écoutés des jeunes Américains. Sa discussion de trois heures avec Joe Rogan, diffusée le 25 octobre, a été visionnée plus de 37 millions de fois.
La décision d’accorder autant de temps à ces influenceurs n’est pas anodine, insiste Victor Bardou-Bourgeois.
«Donald Trump cherche à profiter d’un environnement numérique qui est très conservateur et qui s’articule autour du contenu qui s’adresse aux jeunes hommes de 18 à 30 ans, que ce soit les jeux vidéo, les podcasts [balados], les sports, etc. Si on regarde les podcasts les plus populaires aux États-Unis, ce sont des podcasts de droite.»
Donald Trump tenterait aussi d’exploiter les craintes qui habitent de nombreux électeurs de moins de 30 ans, comme la difficulté à se trouver un emploi en sortant de l’université, l’incapacité de rencontrer une femme avec qui partager leur vie ou l’illusion de la perte du privilège dont jouissait autrefois l’homme blanc, selon Victor Bardou-Bourgeois.
«Trump exploite des frustrations parfois réelles, mais aussi souvent imaginées par les jeunes hommes. Il offre des solutions simples à des problèmes complexes en rejetant la faute sur les progressistes et des démocrates», souligne-t-il.
De telles stratégies semblent avoir permis à Donald Trump de gagner du terrain auprès de cet électorat.
L’avance démocrate, qui était de 19% en 2020, est maintenant d’à peine 10%, révèle une enquête nationale de l’Institut de politique de la Harvard Kennedy School publiée à la fin du mois de septembre.
La proportion des jeunes hommes qui s’identifient comme républicains a aussi augmenté de 7% depuis quatre ans.
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Et qui sont les électeurs «naturels» de Trump?
À ces deux catégories d’électeurs s’ajoutent les Américains naturellement favorables au Parti républicain et à Donald Trump, et qui répondent à divers critères.
«Le plus important, c’est le taux de scolarisation», affirme Victor Bardou-Bourgeois.
«Si vous n’avez pas de diplôme, les grandes enquêtes montrent qu’il y a plus de chance que vous supportiez les républicains», précise-t-il.
Les habitants des régions rurales et les membres de la classe moyenne aisée sont également plus susceptibles de voter pour le Parti républicain.

Les Américains qui adhèrent à la théorie du grand remplacement, selon laquelle il existerait un complot visant à remplacer la population blanche par des migrants de couleur, font également partie du noyau dur des partisans de Donald Trump, précise M. Bardou-Bourgeois.