Ovechkin est déjà, par des miles, le meilleur marqueur de tous les temps
Et même s’il n’a pas dépassé le 99, Ovechkin peut déjà être considéré comme le plus grand marqueur de tous les temps


Jean-Nicolas Blanchet
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C’est complètement démentiel qu’Alex Ovechkin puisse battre le record de 894 buts de Wayne Gretzky. C’est surhumain et ça déjoue toutes les probabilités.
Imaginez à quel point c’est difficile de marquer un but dans la LNH. Imaginez d’en marquer plus de 30 par année durant 18 ans. Et parfois 40. Parfois 50. Même 65, une fois.
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Imaginez ne rater presque aucun match en 18 ans. Pas juste durant des séries parce que c’est important. Presque jamais. Une gastro? Pas de problème. Beaucoup de fièvre? Il va sauter sur la glace. L’épaule qui a débarqué la veille? Aucun problème, Ovi sera en uniforme.
Ces exemples, je les ai eus après une série d’entrevues avec des Québécois qui ont côtoyé le marqueur russe. Mon collègue Jonathan Bernier a fait la même chose. Nous avons parlé à son ancien protecteur, à un autre qui a soulevé la coupe avec lui, à un défenseur qui a joué avec Ovechkin lors de son incroyable saison recrue, et j’en passe. Vous verrez. Ça donne une excellente idée de ce qu’est Alexander Ovechkin.
Dès cette année?
Il va battre le record de Wayne Gretzky dans une trentaine de buts. Il en a déjà 10 et roule à un rythme de 58 cette saison. Ça m’apparaît impossible qu’il en fasse autant cette année. Mais les chances qu’il en fasse 40 ne sont pas impossibles. Rien ne semble impossible pour lui.

Et même s’il n’a pas dépassé le 99, Ovechkin peut déjà être considéré comme le plus grand marqueur de tous les temps.
Pour cela, il faut comparer les époques. Bon, je vous entends. On ne peut pas comparer les époques.
En fait, pour certaines facettes, oui, on le peut très bien. Car certaines statistiques qui vont au-delà des buts et des passes existaient à l’époque de Wayne.
Surtout la statistique du pourcentage de tirs qui trouvent le fond du filet. C’est la plus pertinente.
Un autre monde devant le filet
Les gardiens à l’époque de Wayne Gretzky, surtout à son apogée, étaient incomparable avec ceux de l’époque d’Alex Ovechkin. Je suis allé fouiller tout ça avec ma calculatrice.
Lors des 10 premières années de Gretzky dans la LNH, le pourcentage d’arrêt moyen des gardiens (40 matchs et plus) variait de 0,875 à 0,888. La moyenne de buts alloués variait de 3,26 à 3,76.
Lors des 10 premières saisons d’Ovechkin, le pourcentage d’arrêts moyen a varié de 0,903 à 0,918. La moyenne de buts alloués a varié de 2,41 à 2,85.
Durant les années de Gretzky, si on prend le top 50 des joueurs avec le pourcentage de tirs qui trouvent le fond du filet, parmi ceux qui ont disputé plus de 800 matchs, ils touchaient la cible entre 17 et 23%.
Durant les années d’Ovechkin, le top 50 se situe entre 13 et 18%.
Quand tu lances entre 300 et 400 fois par saison comme le Russe, c’est une énorme différence.

En carrière, le taux de Gretzky est de 17,6%. Le numéro 8 des Capitals de Washington est à 12,9%.
Inversons les époques et les taux de réussite: Ovechkin serait à 1173 buts. Gretzky serait à 656.
Et n’oublions pas qu’Ovechkin a raté 167 matchs en raison des lock-out et de la pandémie. Gretzky en a manqué 64 à cause du lock-out de 1994-1995.
Si on ajoute les matchs ratés, il est rendu à 1300 buts pile.
Insensé
Est-ce que c’est de la fabulation? On dirait. Même moi je n’en revenais pas quand j’ai vu ce chiffre. Mais, c’est la réalité. C’est ça l’outrance de cette machine à «scorer». C’est ça l’incroyable phénomène Ovechkin.
Bien sûr, Wayne Gretzky n’avait pas le bâton ultra léger dernier cri d’Ovechkin. Mais j’ai l’impression qu’il aurait quand même eu un lancer dévastateur dans les années 80? Non? Je pense que Brett Hull aurait passé deuxième.

Et j’écris tout ça pour Ovechkin. Mais on s’entend, Wayne Gretzky a quand même 1258 passes de plus que lui. Donc le plus grand, je sais très bien que ça restera toujours le 99.
Cela dit, qu’un joueur à notre époque puisse battre un record qui date du temps où les gardiens restaient debout avec des jambières de 108 livres qui prenaient l’eau, c’est insensé et ça expose à quel point on est chanceux de voir l’histoire du hockey s’écrire avec lui.
Imagine à quel point c’est fou que ce gars-là soit encore capable de marquer. À sa première année, Cristobal Huet était la nouvelle vedette à Montréal. Joe Sakic, Marc Savard, Paul Kariya, Mats Sundin et Brandon Shanahan étaient encore parmi les meilleurs marqueurs de la LNH. Connor Bedard est né.
Et Ovi est là, avec ses cheveux gris, à la même place, à son point rouge et défonce encore tous les gardiens.