«On est vraiment le parent pauvre du transport en commun»: sept fois moins de départs qu'il y a 40 ans pour les autobus entre régions du Québec
Sans financement public récurrent, les autobus entre régions ne pourront pas faire concurrence à la voiture, selon une étude.

Anouk Lebel
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Le transport par autobus qui dessert les différentes régions du Québec traverse une «crise sans précédent», avec sept fois moins de départs par semaine qu’il y a 40 ans.
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«On s’attendait à un déclin, mais pas de cet ordre-là. C’est majeur», souligne Colin Pratte, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) et auteur d’une étude dévoilée lundi qui fait ce constat.
Entre 1981 et 2023, le nombre de départs en autocar hebdomadaire est passé de plus de 6000 à 882 dans la province, une «crise sans précédent», selon l’IRIS.
La dégringolade s’est accélérée dans les six dernières années, avec une baisse de départs de 33%, peut-on lire dans le document de 15 pages.
La population a pourtant augmenté de 34% en 40 ans, se tournant de plus en plus vers l’automobile pour se déplacer d’une ville à l’autre.
Parent pauvre
«Sans financement public récurrent, le transport interurbain ne peut pas faire concurrence à l’hégémonie de la voiture», croit M. Pratte.
Il explique que le transport en commun en ville absorbe la part du lion du financement accordé au développement du transport collectif au Québec. Le transport interurbain par autocar n’a reçu qu’une infime partie de l’enveloppe budgétaire dans les dernières années – moins de 1% l’an dernier.
Résultat: les transporteurs privés accumulaient des déficits moyens de 16 M$ entre 2016 et 2018, que la pandémie a probablement exacerbés, selon l’étude.
«Ça met le doigt sur le bobo. On est vraiment le parent pauvre du transport en commun. Mais ce n’est pas parce que certains trajets ne sont pas rentables qu’ils ne sont pas nécessaires», réagit Pierre Maheux, du Groupe Autobus Maheux, qui assure une dizaine de liaisons entre l’Abitibi-Témiscamingue, le Nord-du-Québec, Montréal et Gatineau.
«Ce qui fait le plus mal, ce n’est pas la diminution des départs, mais quand des destinations ne sont plus desservies» ajoute M. Maheux, dans l’industrie depuis les années 1970.
Service public
Déficitaire, le trajet reliant Saint-Georges-de-Beauce et Québec a été aboli l’hiver dernier, déplore l’étude de l’IRIS.
Il n’aurait pourtant fallu qu’une somme minime pour le maintenir, puisque ses coûts de fonctionnement étaient de moins de 500 000$ en 2022, explique M. Pratte.
Son étude cite différents modèles de financement implantés ailleurs en Amérique du Nord qui permettraient de rescaper de tels trajets déficitaires.

En Oregon par exemple, les transporteurs reçoivent des subventions gouvernementales qui permettent d’offrir des prix concurrentiels, même en milieu rural. Ainsi, il en coûte presque deux fois moins cher de faire un trajet comparable dans cet État américain qu’au Québec.
Pour l’IRIS, le transport en autobus entre les régions devrait être considéré comme un service essentiel et financé en conséquence, comme c’est le cas pour le transport en commun en ville.
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