J'ai visité le sous-sol d'un salon funéraire avec un embaumeur: «Pas besoin d’être bizarre pour faire ce job»


Jean-Michel Clermont-Goulet
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BILLET − Jamais de ma vie je n’aurais cru voir un corps brûler dans un four crématoire. C’est pourtant arrivé lorsque j’ai rencontré le thanatologue Alexandre Larin. Compte rendu de ma visite.
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Il y avait longtemps que j’avais envie de jaser avec quelqu’un à qui on confie nos proches après leur dernier souffle. Il faut dire que j’ai une fascination pour la mort depuis mes 11 ans, lorsque j’ai vu mon défunt père, vêtu de son plus bel habit, couché dans un cercueil.
Je ne pouvais espérer mieux qu’Alexandre Larin pour mon incursion dans le monde des thanatologues. Il est à la tête depuis peu des salons funéraires J.A. Larin & Fils, une entreprise familiale fondée en 1918.
Que la visite commence!
C’est à son salon funéraire de Salaberry-de-Valleyfield qu’Alexandre Larin m’avait donné rendez-vous. Après les salutations d’usage, il m’emmène au sous-sol, où à peu près personne ne met les pieds de son vivant.

Je visite le laboratoire, où sont pratiqués les embaumements. Juste à côté, je remarque les frigos où sont entreposés les corps ainsi que le four crématoire, où sont menées les incinérations des corps. Il était en marche lors de mon passage.

Ça se passe comment, au juste, un embaumement?
Une fois que le corps du défunt est déposé sur la table, le thanatologue draine le sang pour ensuite injecter, par les artères, une solution à base de formaldéhyde, un dérivé du formol, m’explique Alexandre.
Grosso modo, le processus pour «un bel embaumement» prend entre une heure trente et deux heures. Le thanatologue injecte le formaldéhyde, nettoie le corps et ferme les yeux et la bouche du défunt, précise-t-il.

Certains embaumements nécessitent toutefois plus de travail. On peut penser à une personne morte dans un incendie, dont la peau brûlée deviendra «dure comme du cuir», ou dans un accident de voiture.
«Des fois, on n’a pas le choix de mettre un chapeau ou un foulard pour cacher un trait, parce qu’on n'est juste pas capable de camoufler par l’embaumement», me confie Alexandre Larin, qui démystifie son métier dans des vidéos qu’il publie sur TikTok.

Le travail du thanatologue ne finit pas après l’embaumement. Avant le service funéraire, il faut habiller, maquiller et coiffer le défunt, puis le placer dans son cercueil.
Habiller un cadavre, c’est un peu comme habiller un bébé, illustre le thanatologue. «C’est similaire, mais le bébé, lui, gigote et n’arrête pas de se tourner», plaisante celui qui est récemment devenu père.
Et qu’en est-il de l’incinération?
Les corps qui sont incinérés sont placés dans une boîte avant d’aller au four crématoire.

Alexandre Larin me permet de jeter un coup d’œil au corps qui se fait incinérer à côté de moi. Je suis surpris d’apprendre que, même dans un four qui chauffe à 1100 degrés Celsius, les os demeurent à peu près intacts. Ils seront broyés une fois l’incinération terminée et transformés en cendres.
Autre détail qui me marque: la brillance des os qui se font chauffer à une si forte température.
Quelques questions en rafale
À quel point c’est difficile d’embaumer un enfant?
«C’est tough. Ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses. Ce n’est pas parce que je côtoie la mort tous les jours que je suis insensible à ça», confie, le motton à la gorge, Alexandre Larin.
Qu’est-ce qu’il ne ferait jamais?
Embaumer un membre de sa famille proche.

Qu’est-ce qu’il aime le moins dans son travail?
Les horaires. Dans son cas, il est de garde 24 heures sur 24, une semaine sur deux.
Qu’est-ce qu’il aime le plus?
Le côté social.
«C’est drôle à dire, mais thanatologue, c’est un beau métier, notamment en raison des relations humaines précieuses qu’on développe [avec les familles des défunts].»
Comment devient-on thanatologue?
Il est possible de s’inscrire aux Techniques de thanatologie du Cégep de Rosemont, à Montréal, le seul établissement public à offrir la formation au Québec.
Alexandre Larin insiste d’ailleurs: «Tu n’as pas besoin d’être bizarre pour faire ce job-là». Il suffit d’«aimer la dignité et le respect».