Nathalie Madore a été bouleversée d’apprendre que son personnage de Claude, dans «Indéfendable», a véritablement existé
«Indéfendable», du lundi au jeudi à 19 h à TVA et TVA+
Marjolaine Simard
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Nathalie Madore prend un réel plaisir à enfiler les habits de la détective Claude Gagnon dans Indéfendable, un personnage au tempérament bien trempé chez qui se révèlent peu à peu des enjeux de santé mentale. Une facette qui se précisera d’ailleurs au fil des épisodes. La comédienne, qui souligne 35 ans de carrière depuis sa sortie de l’école de théâtre, revient aussi sur les raisons pour lesquelles elle a longtemps préféré œuvrer dans l’ombre plutôt que sous les projecteurs.
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Claude est devenue un véritable phénomène. Est-ce que vous vous attendiez à un tel engouement du public ?
Pas du tout. Honnêtement, je suis encore surprise, presque chaque jour. C’est assez extraordinaire de voir à quel point les gens se sont attachés à elle. Je m’en rends compte concrètement dans la rue. L’autre jour, par exemple, je marchais sur la rue Saint-Hubert, tranquille, avec mon manteau et mes lunettes de soleil, et une personne m’a interpellée simplement pour me dire à quel point elle aimait Claude, pour me demander si elle allait bien. C’est touchant... et aussi un peu déstabilisant.
La relation entre Claude et Maxime, incarné par Mathieu Baron, plaît énormément. Comment décririez-vous leur dynamique ?
C’est une relation très particulière, presque improbable. Ils sont comme l’eau et le feu. Ils passent leur temps à se chamailler, à se provoquer, mais en même temps, il y a un attachement très fort entre eux. Ils s’aiment profondément, même s’ils ne se le disent pas toujours clairement.

Elle a soudainement disparu avec sa fourgonnette durant la saison. Cette situation a enflammé les réseaux sociaux avec de nombreuses hypothèses, certains craignant même qu’elle mette sa vie en danger...
C’est vrai que les réactions ont été impressionnantes. Des gens m’écrivaient, me croisaient dans la rue, me demandaient si elle allait mourir. Certains semblent presque oublier que c’est une fiction. Ce qu’on va découvrir progressivement, c’est qu’elle vit avec un véritable trouble de santé mentale. Elle absorbe énormément les émotions des autres. Et comme elle est déjà fragile à la base, ça finit par l’ébranler sérieusement.
Saviez-vous dès le départ que Claude aurait cette dimension liée à la santé mentale ?
Pas du tout ! Ça s’est précisé plus tard. Au départ, je sentais déjà qu’il y avait quelque chose d’atypique chez elle. Sa façon de parler, de réagir... ce n’était pas “normal”. Je me disais qu’il y avait quelque chose derrière ça. Quand on m’a confirmé qu’il y avait effectivement une fragilité d’ordre mental, ça a confirmé mon intuition. Et ça m’a permis d’aller encore plus loin dans la construction du personnage.
Il semble que Claude est inspirée d’une vraie personne...
Oui. On me l’a appris plus tard. C’est une femme qui a réellement existé et qui travaillait dans le milieu juridique. Des gens qui l’ont connue m’ont dit qu’elle était vraiment comme ça. Elle possédait cette intensité et cette fragilité aussi. On m’a aussi confié qu’elle avait eu une fin de vie difficile. Qu’elle se serait même suicidée. Quand j’ai appris ça, ça m’a bouleversée. Ça donnait encore plus de sens à tout ce que je ressentais en la jouant.

Avez-vous construit une « backstory » pour Claude ?
Oui, absolument. C’est quelque chose que j’ai toujours fait, et que j’ai longtemps enseigné. Même si le personnage apparaît peu au départ, j’ai besoin de savoir d’où il vient. Je me suis imaginé son enfance, son parcours, ses blessures.
Comme vous venez de le signifier, vous avez longtemps enseigné avant de revenir au jeu...
Quand je suis sortie de l’école, j’étais extrêmement nerveuse. Les auditions me paralysaient. Ça ne fonctionnait pas, je ne me sentais pas à ma place. Je me suis tournée vers l’enseignement, le coaching. C’était une autre façon d’être dans ce métier sans me mettre dans une situation de stress. À un moment donné, j’avais presque fait une croix sur le jeu. Je pensais que ce n’était simplement pas pour moi. Puis, Claude est arrivée, et tout a changé. Aujourd’hui, mon trac est plus maîtrisé. J’ai appris à travailler avec.
Nous aimerions mieux vous connaître. Parlez-nous de vos origines...
Je viens de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot, dans l’ouest de Montréal. J’y ai grandi dans une famille profondément enracinée là-bas. Les Madore font partie des vieilles familles de l’île Perrot. Il y a une espèce de sentiment d’appartenance à cet endroit. Je viens d’une grande famille qui cultive des liens forts. J’ai plusieurs frères et sœurs, et aujourd’hui encore, il y a des nièces, des petites-nièces... Ça fait beaucoup de monde, beaucoup de vie autour de moi, même si je n’ai pas eu d’enfant.
Les arts et la culture étaient-ils présents dans votre milieu familial ?
Ce n’était du tout pas un milieu artistique, au contraire. Mon envie de devenir comédienne ne venait donc pas d’un modèle familial. C’était vraiment quelque chose de très intime, presque secret au départ. Je sentais cet appel-là, très jeune. Pourtant, j’étais une enfant extrêmement timide. Je parlais très peu, surtout aux étrangers. J’étais plutôt en retrait, observatrice. Quand j’ai annoncé que je voulais devenir comédienne, ça a surpris tout le monde autour de moi.
Comment s’est fait le passage entre ce rêve et une formation concrète ?
J’ai connu Nicolas Canuel et nous sommes devenus amis. On a suivi des cours ensemble et, à un moment donné, on s’est dit : pourquoi ne pas tenter les écoles de théâtre ? Lui est entré l’année avant moi, et moi, j’ai été acceptée l’année suivante à Sainte-Thérèse.
En dehors de la comédie, quels sont vos projets et activités ?
Je travaille avec un jeune musicien, un saxophoniste, sur un très beau projet autour d’une œuvre classique. On a créé une forme hybride, avec de la musique, de la mise en scène et de la danse. C’est très différent de la télé, mais j’aime ça. J’aime explorer d’autres formes artistiques. Sinon, je fais beaucoup de course en sentier, alors l’idée d’avoir une fourgonnette comme Claude pour me déplacer, me stationner près d’une montagne, partir courir le matin... ça, ça m’attire vraiment. Mais disons que j’opterais pour une van un plus confortable que celle de Claude (rires).