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Montréal : mieux se regarder dans le miroir

Photo portrait de Patric Laprade

Patric Laprade

2024-05-18T16:17:01Z

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C’était l’heure du bilan de fin de saison hier à Verdun du côté de l’équipe de Montréal après une élimination hâtive contre Boston, un bilan marqué par un manque de transparence et de prise de responsabilité.

J’aurais aimé que l’entraineuse-cheffe Kori Cheverie et la directrice générale Danièle Sauvageau nous disent qu’elles avaient tenté une stratégie, celle de couper le banc, stratégie probablement influencée par le nombre de blessées dans l’équipe, et qu’on s’est tout simplement trompé. Ainsi, on assume nos décisions et on passe à un autre sujet.

Ce n’est malheureusement pas ce qu’on nous a donné.

À la place, Sauvageau a donné ce que j’appelle des excuses mathématiques. On nous a sorti une pléiade de statistiques avancées pour nous expliquer à quel point l’équipe avait dominé Boston pendant 10 des 12 périodes, oubliant la donnée la plus importante en séries : le pointage. C’est la seule qui compte vraiment. Et à ce chapitre, Boston a marqué un but de plus que Montréal pendant trois matchs consécutifs.

On nous a aussi dit à quel point un rebond à gauche ou un retour de lancer à droite aurait pu faire la différence, comme si au final, on avait juste manqué de chance. Je trouve que c’est réducteur pour Boston, qui a pourtant dominé physiquement tout au long de la série. La réalité est que Boston n’a pas eu qu’une gardienne qui arrêtait tout. L’équipe a aussi su capitaliser sur ses opportunités et a profité de la surutilisation des vedettes de Montréal pour se sauver avec trois victoires en prolongation.

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Je parlais à un entraineur québécois dans les derniers jours qui a écouté la troisième partie entre Montréal et Boston et il me disait à quel point il s’était aperçu que Marie-Philip Poulin n’allait plus aussi profond dans sa zone et restait davantage près de la ligne bleue. Et on ne peut la blâmer. Comme certaines de ses coéquipières, elle devait être exténuée de toutes ces minutes jouées.

Un manque de transparence

J’aurais aussi avoir un peu plus de réponses à certaines questions lors de ce bilan. Toutefois, à l’instar d’une saison pour laquelle on n’a eu aucun détail sur les blessures et qu’on a appris la signature d’une joueuse des semaines après les faits, la direction a été avare de commentaires.

Qu’en est-il du statut des blessées dans l’équipe ? Quatre des joueuses de l’alignement partant de départ de l’équipe ont terminé l’année sur les lignes de côtés. Rien sur Marie-Philip Poulin, qui avait été blessée et avait manqué des matchs avant le championnat mondial de hockey féminin. Je ne serais pas surpris d’apprendre qu’elle n’était pas à 100% rendue en séries.

Photo Martin Chevalier
Photo Martin Chevalier

Rien sur les plans à moyen terme de l’équipe. En ce moment, l’équipe a six joueuses signées pour les deux prochaines saisons : Poulin, Laura Stacey, Erin Ambrose, Ann-Renée Desbiens, Maureen Murphy et Kristin O’Neill. Trois autres sont signées pour la prochaine saison : Kati Tabin, Kennedy Marchment et Dominika Laskova. Les vingt autres joueuses qui ont joué ou signé avec l’équipe sont libres comme l’air. Une réalité qui n’est pas différente des autres équipes. Est-ce que des joueuses ont déjà été approchées afin de demeurer avec l’équipe? On ne le sait pas. Rien non plus sur le genre de joueuses qu’on va chercher à repêcher le mois prochain ou sur les priorités de Danièle Sauvageau cet été ou sur l’éventuelle venue de la Suédoise Lina Ljungblom.

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Mon bilan de la saison

Alors à défaut d’en avoir eu un vrai par la direction, voici mon bilan de fin de saison en dix points :

1. Marie-Philip Poulin est le cœur et l’âme de cette équipe. On a vu comment c’était difficile en son absence avant la pause internationale. Elle a par contre été surutilisée en séries.

2. Ann-Renée Desbiens n’a pas connu une saison à la hauteur des attentes. Elle a elle-même avoué qu’elle avait retrouvé sa game après les mondiaux. Avant de retrouver quelque chose, il faut l’avoir d’abord perdu. Elle n’est pas dans les trois finalistes pour l’obtention du prix remis à la meilleure gardienne. La gardienne numéro deux de l’équipe, Elaine Chuli, a eu de meilleures statistiques.

Photo Martin Chevalier
Photo Martin Chevalier

3. Kori Cheverie a conquis le public et les médias. D’une anglophone aux allures austères en début de saison, elle s’est avérée être de nature très sympathique et a fini la saison en faisant des entrevues en français. Sa stratégie en séries porte ombrage à sa saison, mais jusque-là, c’était un sans-faute pour elle.

4. La défensive a un besoin criant d’être renforcie. Erin Ambrose ne peut pas tout faire seule. L’absence de Laskova a fait mal, mais le problème est plus profond. Si on ne repêche pas une défenseuse en première ronde, je vais certes en avoir perdu un bout.

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5. Les blessées ont fait mal à l’équipe, surtout en séries. Le bilan aurait pu être différent.

6. L’acquisition de Mikyla Grant-Mentis a été le coup de circuit de la saison de Sauvageau. Obtenue à la date limite des transactions, elle a terminé l’année sur le deuxième trio et à deux reprises, dont le match au Centre Bell, elle a été la meilleure joueuse de l’équipe qui comprend quand même les Poulin, Stacey et compagnie. Sauvageau a aussi eu la main heureuse avec l’acquisition d’Amanda Boulier.

7. Les Québécoises ont été beaucoup sollicitées et elles ont bien fait. Évidemment, Poulin et Desbiens ont été celles à qui on en a le plus demandé. Mais Catherine Dubois a été rafraichissante en entrevues et en points de presse. La spontanéité c’est plaisant parfois! Catherine Daoust a été davantage réclamée en fin de saison. Toujours des propos intelligents, elle est ingénieure après tout! Ann-Sophie Bettez a été honnête et divertissante. Sarah Lefort a été appelée à être la francophone de service lorsqu’on n’amenait pas Poulin aux points de presse et elle s’est fort bien débrouillée. Mélodie Daoust n’a pas eu à en faire autant, mais elle est toujours aussi authentique et vraie. Gabrielle David a peut-être été la plus timide du groupe, mais elle est encore jeune. Liliane Perreault a été franche sur sa place dans l’équipe le peu de fois qu’elle a eu à s’adresser aux médias.

8. La stratégie en séries va laisser des traces. On va se souvenir longtemps de ce balayage en trois matchs, ce qui pourrait servir de motivation pour l’an prochain.

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9. Comme DG, Sauvageau s’en tire avec un bilan très positif. En plus des acquisitions ci-hautes mentionnées, ses trois premiers choix au repêchage (Ambrose, O’Neill et Murphy) se sont avérées être très bons. Ambrose a de bonnes chances de remporter le titre de la meilleure défenseuse alors qu’O’Neill est sortie de sa coquille offensivement au retour des mondiaux et est une bête sur les mises au jeu.

10. Les partisans. Si vous m’aviez dit en décembre dernier, alors que les billets individuels n’étaient toujours pas en vente, que l’équipe serait à guichet fermé pour tous les matchs à Verdun, trois fois à la Place Bell et une fois au Centre Bell, je vous aurais traités de fous! Moi, comme d’autres, avions sous-estimé à quel point les amateurs voulaient voir cette équipe à l’œuvre. Une belle réussite à ce niveau!

Rien à changer? Je ne crois pas.

En lieu de réponses à nos questions, on nous a répété sans cesse, autant de la part de la direction que de la part de Poulin, Stacey et Desbiens, à quel point cette première saison avait été fantastique et que rien de majeur ne devrait changer en prévision de la deuxième saison.

Pourtant, sans même trop y penser, voici cinq points majeurs qui devront être évalués :

1. L’arbitrage en lien avec les mises en échec. Les règles doivent être plus claires à ce niveau et surtout, plus constantes.

2. L’échelle de salaires se doit d’être ajustée. La ligue a beau dire que pour la première fois, les joueuses peuvent vivre de leur sport, la réalité est autre. Plusieurs joueuses ont eu à avoir un emploi durant la saison et cet été, certaines vont aussi devoir travailler, comme dans le temps de Maurice Richard. Lire avec sarcasme ici.

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3. Les types de contrats devront être révisés aussi. Je l’ai dit plusieurs fois cette saison, qu’une joueuse comme Mélodie Daoust ne puisse jouer aussi souvent qu’elle le voudrait est une honte. On parle ici d’une des meilleures joueuses au monde.

4. Allant de pair avec le dernier point, s’il est trop tôt pour un club-école, il faut trouver une façon de donner aux directeurs généraux plus de flexibilité. Le casse-tête des contrats de 10 jours n’est pas la solution à moyen et long terme.

5. On devra commencer à prioriser la LPHF et non pas le hockey international. La ligue ne peut se permettre d’arrêter un mois pour le championnat mondial plus qu’une autre saison. Surtout que l’année suivante, ce sera une année olympique. À court terme, je remets aussi en question la nécessité de la série de la rivalité.

Une finale 100% américaine

Contre toute attente, Minnesota est revenu de l’arrière après avoir perdu les deux premiers matchs pour éliminer Toronto en cinq. Sans rien vouloir enlever à Minnesota, la blessure à Natalie Spooner lors du troisième match a fait excessivement mal à l’équipe, qui n’a marqué qu’un seul but en deux parties sans sa joueuse étoile.

C’est donc sans ses deux gros marchés, Montréal et Toronto, que la LPHF couronnera une première équipe championne. À voir comment Boston a joué physique contre Montréal, si l’équipe de Courtney Kessel peut continuer ainsi, c’est sur elle que je miserais.

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