«Monsieur Jean-Louis», le plus vieux partisan de Kim Clavel, a 98 ans


Benoît Rioux
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La tempête de neige printanière n’allait certainement pas empêcher Jean-Louis Cloutier d’assister au combat de Kim Clavel, jeudi soir, au Casino de Montréal. Après tout, à 98 ans, celui qui est assurément le plus vieux partisan de la boxeuse québécoise a vu neiger au fil des époques.
Un premier contact avec «monsieur Jean-Louis» s’était fait à la pesée, mercredi, par l’entremise de l’entraîneur Stéphan Larouche.
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«Il faut que je te présente monsieur Jean-Louis», a-t-il insisté, en démontrant déjà beaucoup d’affection en parlant de l’homme.
Après avoir joué à la devinette pour que l’on connaisse l’âge du monument, Larouche a raconté avoir connu «monsieur Jean-Louis» au Centre Claude-Robillard, là où le presque centenaire va encore marcher régulièrement.
«Je l’ai croisé à la machine à café et je lui ai proposé de payer parce qu’il n’avait pas assez de monnaie sur lui, mais je n’ai jamais eu le temps de fouiller dans mes poches qu’il avait déjà lui-même utilisé, comme un petit jeune, sa carte de crédit pour payer avec le lecteur de cartes», de préciser Larouche, amusé.
Une amitié s’est tissée.
«C’est touchant»
Monsieur Jean-Louis vient alors à se présenter et montre, avec le sourire, qu’il possède également un téléphone intelligent. C’est d’ailleurs dans celui-ci qu’il a enregistré son billet électronique pour assister au gala de jeudi soir.
Après la victoire de Clavel par décision majoritaire des juges contre Fara El Bousairi, Le Journal a bien voulu jouer les entremetteurs pour que le plus vieux partisan de la boxeuse puisse obtenir une photo (une autre!) avec sa sportive préférée qu’il avait déjà rencontrée à plusieurs reprises. Un cliché aux fins du présent reportage, puis un autre avec son propre iPhone, en fait.

«C’est touchant d’avoir un fan de 98 ans, a alors admis Clavel, charmée, en serrant l’homme dans ses bras. Je le croise pratiquement toutes les semaines à l’entraînement.»
Un cousin boxeur
Né au milieu des années 1920, à Saint-Jacques-des-Piles, en Mauricie, «monsieur Jean-Louis» aura donc traversé le temps, tout en s’adaptant.
S’il dit maintenant adorer Clavel, en raison de sa personnalité et du spectacle qu’elle offre dans le ring, l’homme mentionne avoir découvert la boxe par le biais d’un cousin, soit Jean-Paul «K.-O.» Cloutier, qui a connu une courte carrière vers la fin des années 1940.
Vérification faite, on constate en effet que K.O. Cloutier, qui était aussi surnommé «King Cloutier», a mis fin à son parcours d’athlète en 1949 avec une fiche de 7-9-4, après avoir perdu trois fois en un peu plus d’un mois contre un certain Jerry Lavigne. Une trilogie ayant eu lieu à l’intérieur de cinq semaines à Shawinigan, Montréal, puis Québec. C’était à une autre époque.
Du bois à l’électronique
C’était aussi un an avant que «monsieur Jean-Louis» se marie, à Saint-Roch-de-Mékinac, avec la belle Ida Landry.
Au-delà de la boxe, l’homme de 98 ans vient à parler de son passé de bûcheron, une époque plutôt difficile alors qu’il avait entre 15 et 21 ans. Il a ensuite touché brièvement à la mécanique automobile avant de se tourner vers l’électronique.
En 1955, alors que la famille grandissait, il est déménagé à Montréal-Nord, sur la rue Racette, là où il n’y avait pas encore d’asphalte.
«Il y avait des champs partout», dit-il.
Le drame de sa vie
Puis, des années plus tard, il y a eu le drame de sa vie lorsque sa femme Ida et leur fille Nicole, alors âgée de 19 ans, sont décédées tragiquement dans un accident de voiture. «Monsieur Jean-Louis» avait alors 47 ans. Il était également à bord, mais ce n’est pas lui qui était au volant. C’était en 1972, l’année de la «Série du siècle» au hockey. Le siècle dernier, on s’entend.
Encore aujourd’hui, «monsieur Jean-Louis» aime aussi le hockey. Il va lui-même, à l’occasion, aux matchs du Rocket de Laval, où il habite maintenant.
«Ma fille, c’était une belle sportive», laisse tomber l’homme, avec une tristesse dans la voix, laissant savoir qu’il pense parfois à sa Nicole partie trop jeune lorsqu’il voit Kim Clavel en action.
Le temps passe
Le couple a heureusement eu trois autres filles avant le départ de la belle Ida: Lise, Francine et Sylvie. Malgré les embûches de la vie, «monsieur Jean-Louis» avance et sourit toujours à 98 ans. C’est d’ailleurs l’une de ses filles qui l’avait reconduit au Casino de Montréal, jeudi soir, pour qu’il puisse voir Clavel à l’œuvre.
Quand Kim est née en septembre 1990, «monsieur Jean-Louis» célébrait déjà son 65e anniversaire de naissance au cours de ce même mois. Et le temps passe.