Femme tuée par l'ICE: Minneapolis toujours sous le choc
AFP
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«J'aimerais, mais je n'ai pas envie de me prendre une balle dans la tête» : à Minneapolis, Grace exprime sa «peur» de manifester au lendemain des tirs d'un policier de l'immigration fatals à une femme américaine dans un quartier traumatisé six ans plus tôt par le drame George Floyd.
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Avant Noël, «je suis allée à une manifestation et j'avais déjà très peur, avant même que quelqu'un soit abattu», raconte la jeune diplômée nouvellement employée dans le domaine de l'environnement.
«Je n'ai pas pris mes papiers et j'ai failli ne pas prendre mon téléphone en repensant au mouvement «Black Lives Matter» et au traçage par le gouvernement, en particulier sous cette administration, avec (Donald) Trump qui poursuit sans relâche quiconque s'oppose à lui», poursuit-elle.
Une autre femme, qui ne souhaite pas préciser plus que son âge - 26 ans - et son secteur d'activité - la science - s'apprête à monter dans le bus qui doit l'emmener au rassemblement organisé jeudi soir au lendemain de la mort de Renee Nicole Good, mère de famille de 37 ans, abattue au volant de son véhicule par un agent de la police de l'immigration.
Mais elle n'est pas encore complètement décidée.
«Le problème, c'est que je suis inquiète d'y aller seule et beaucoup de mes amis ont plus peur que moi ou certains considèrent que c'est un problème par rapport à leur travail. C'est compliqué», explique-t-elle à l'AFP.
Fatigue
Enfant de Minneapolis désormais trentenaire, Anthony Emanuel a lui participé en 2020 au vaste mouvement déclenché par la mort de George Floyd, un Afro-Américain tué sous le genou d'un policier blanc. Un drame survenu à moins de deux kilomètres de celui de mercredi.
Il ne sait pas s'il se mobilisera cette fois.
«C'est une tragédie. On a le sentiment d'avoir perdu quelqu'un» de proche, décrit-il. Mais «sur les plans politique et financier, les classes modestes sont encore épuisées par l'affaire George Floyd. On est encore en reconstruction. Une autre vague arrive et certaines personnes qui avaient de l'énergie n'en ont plus», estime le chauffeur de VTC.
«Je pense que les gens sont fatigués et se demandent encore ce qu'ils vont faire, et ils doivent continuer à travailler, à gagner leur vie, à payer leurs factures en retard...», reprend-il.
Jessica Dreischmeier, qui à 39 ans dirige un programme de santé mentale pour les enfants, emprunte chaque matin Portland Avenue, l'artère qui file du centre de Minneapolis à ses quartiers sud, celle où Renee Nicole Good a été tuée.
Assise sur un muret en briques à quelques mètres du mémorial improvisé où des dizaines de bouquets de fleurs et de bougies ont été déposés sur la neige, elle est venue se recueillir un moment malgré le froid piquant.
«C'est un mélange de sentiments, confie-t-elle, les yeux brillants. Voir combien de gens sont là, occupent l'espace de leur présence respectueuse et profonde, et le contraste avec d'autres, qui n'ont pas leur place ici, qui ne vivent pas ici, ne font pas partie de notre communauté, qui viennent et sèment le chaos. C'est tragique.»
«Comment se relever ?»
Grace, originaire de la banlieue de Chicago, n'est «pas surprise qu'ils aient tiré et tué quelqu'un ici» après «la présence effrayante» de la police de l'immigration dans sa ville natale pendant l'été et l'automne derniers.
«C'est horrible. Et quand vous regardez sur internet, les commentaires (après la mort de Renee Nicole Good) sont horribles, des gens disent qu'elle le mérite, écrivent +Allez l'ICE, allez+. Je ne sais pas comment on va se relever de ça en tant que pays», s'inquiète la femme de 22 ans.
Donald Trump, secondé par son vice-président JD Vance jeudi, a immédiatement défendu la thèse de la légitime défense du policier, une version fermement contestée par l'opposition locale démocrate en particulier.
«Je ne pense pas que ce soit une approche judicieuse pour le dirigeant de notre pays de prendre cette position sans aucune prudence», déplore Jessica Dreischmeier. «Cela suscite une profonde colère.»
«Il faut que cet agent soit immédiatement arrêté. Il faut qu'il soit immédiatement licencié et il faut qu'il réponde de ses atrocités», tonne Jason Chavez, conseiller municipal de Minneapolis représentant le quartier. «Nous n'accepterons rien de moins.»
Une coalition d'organisations appelle à une marche et à une manifestation samedi après-midi.