Menaces d’annexion du Groenland: les États-Unis peuvent-ils vraiment empêcher tous les avions F-35 de décoller?


Anne-Sophie Poiré
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Devant la multiplication des menaces d’annexion du Groenland par le président Donald Trump, la capacité des pays européens à faire face à la menace militaire américaine est remise en question alors que leurs armées sont – presque – toutes équipées d’avions de chasse F-35 construits aux États-Unis. En cas de conflit, Washington pourrait-elle bloquer l’utilisation de ces appareils comme certains le prétendent?
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«Si les États-Unis attaquaient le Groenland, aucun pays européen ne pourrait faire décoller ses F-35 pour le défendre, car ils ont un système de blocage si le plan de vol ne convient pas au Pentagone», prévenait en février 2025 le député au Parlement européen et ancien général de corps d’armée Christophe Gomart dans le média Libération.
Devant la hausse des tensions entre les États-Unis et le Danemark, la question de la capacité militaire aérienne de l’Union européenne (UE) a refait surface.
Pour renforcer son système de défense, le Danemark annonçait en octobre l’achat de 16 nouveaux F-35. Cette acquisition portera à 43 le nombre total d’avions de combat américains de la flotte danoise.

Le pays scandinave ne fait pas exception sur le Vieux Continent: les chasseurs développés par l’entreprise américaine Lockheed Martin dominent le marché européen. Ils équipent aujourd’hui une dizaine d’armées de l’UE.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a poussé plusieurs pays d’Europe à moderniser en urgence leur flotte aérienne. Ils se sont tournés vers l’avion furtif américain, notamment parce qu’il est le seul chasseur à pouvoir transporter une arme nucléaire.
La France et la Suède qui produisent leurs propres avions de chasse – le Rafale de Dassault Aviation et le Gripen du groupe suédois Saab – refusent l’achat de F-35. Le Portugal, l’Espagne et l’Autriche ont également tourné le dos à ces appareils américains.
Une autonomie incomplète
Mais, l’eurodéputé Christophe Gomart dit-il vrai? En cas de conflit avec les États-Unis, le Danemark et les autres pays détenteurs de F-35 pourraient-ils faire décoller leurs appareils pour défendre le Groenland sans l’autorisation de Washington?

«Les Américains n’ont pas la clé de tous les F-35 à travers le monde», précise d’emblée le professeur de science politique à l’UQAM et co-directeur du Réseau d'analyse stratégique, Justin Massie.
L’avion de chasse pourra démarrer et voler, assure-t-il, mais il est vrai que Washington pourrait entraver son fonctionnement.
«Les États-Unis pourraient couper la mise à jour du logiciel de Lockheed Martin qui permet l’utilisation du système de radar pour déceler les avions ennemis, par exemple, l’intégration des données de vol et le système d’armement», illustre Justin Massie.
L'autonomie du F-35 n'est donc pas totale, expliquaient des experts de la défense européenne à France Info. Les États-Unis gardent un contrôle sur la chaîne logistique de leurs appareils, disent-ils, comme le logiciel doit se connecter au seul serveur mondial situé au Texas.
Des mises à jour régulières sont nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de ces avions. Les appareils pourraient ainsi perdre en capacités en quelques semaines seulement.
Ce scénario – comme celui d’un conflit armé entre les États-Unis et les pays européens – apparait toutefois peu probable, selon l’expert Justin Massie.
«Si Washington décide de freiner l’utilisation des F-35, ça voudrait dire la fin de la vente de ces avions sur la planète. Les commandes en cours seraient toutes annulées comme on ne pourrait plus opérer l’appareil sans le consentement de Trump», explique-t-il.
Le Canada aussi
Le gouvernement canadien avait confirmé en 2023 l’achat de 88 avions F-35 pour remplacer ses vieux CF-18. Le coût total de la commande s’élevait à plus de 27,7 milliards de dollars. Les livraisons devaient s'échelonner entre 2026 et 2032.
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Le contexte de la guerre tarifaire avec les États-Unis a toutefois freiné l’enthousiasme du gouvernement de Mark Carney, qui a mis la commande avec le fabricant Lockheed Martin sur pause au printemps dernier.
Seize exemplaires intégreront tout de même l’Aviation royale canadienne à partir de cette année. Pour les 72 appareils restants, le dossier est en révision. La Défense nationale pourrait se tourner vers les chasseurs Gripen de la firme suédoise Saab.