MILAN | Il tombait une petite neige dans le charmant village de Bolton-Ouest il y a une semaine quand Le Journal est allé à la rencontre d’une grande dame du ski alpin à 10 jours d’une épreuve où elle s’était jadis démarquée. Il y a 70 ans, Lucile Wheeler sonnait le monde du ski en remportant la première médaille olympique pour le Canada. Elle a savouré ce moment de gloire à Cortina d’Ampezzo, au pied des Dolomites, aux Jeux de 1956.
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«Ça fait longtemps. C’est plaisant de recevoir soudainement de l’attention sur cet événement qui a changé ma vie», lance la dame âgée de 91 ans, dans son chaleureux domicile des Cantons-de-l’Est, entourée de plusieurs souvenirs de sa carrière.


Du lot, on retrouve des albums souvenirs, des photos d’époque, des articles de journaux et des médailles. Celles des championnats du monde de la Fédération internationale de ski (FIS) de 1958, où elle en a remporté trois, dont deux d’or, à Bad Gastein, en Autriche, sont disposées près de sa médaille de bronze olympique cachée dans un coffret usé par le temps.
«Avec cette médaille, je suis devenue connue dans mon milieu. Elle m’a inspirée à pousser plus loin. C’est grâce à elle si j’ai gagné la descente et le slalom géant deux ans plus tard en Autriche», explique-t-elle, droite comme un chêne et lucide comme pas une.
De Saint-Jovite à Cortina
Ayant appris les rudiments du sport sur les pistes de Gray Rocks et de Tremblant dans les Laurentides dans les années 1930 et 1940, Mme Wheeler se souvient encore de cette journée marquante de sa carrière qui allait pousser la mise en place d’une équipe nationale.
«Je descendais avec le dossard numéro 4 et quand je suis arrivée au bas de la piste, j’étais en première place. Je savais alors que mes chances de gagner une médaille étaient bonnes, raconte-t-elle avec exactitude sur le déroulement de la compétition comptant 49 skieuses. Frieda Dänzer est descendue avec le dossard numéro 6 et m’a devancée. Puis, Madeleine Berthod a suivi une dizaine de skieuses plus loin en réalisant le meilleur chrono. J’étais alors troisième et je n’étais plus aussi certaine.»

Ayant participé à des dizaines d’épreuves internationales et vécu bon nombre d’expériences au fil de ses 91 années, Mme Wheeler confirme qu’elle n’a jamais été aussi nerveuse que ce jour-là, où elle attendait son sort sur la troisième marche du podium.
«Ce fut le moment le plus stressant de ma vie, car je n’avais aucun contrôle sur l’issue de la compétition. C’était une longue agonie jusqu’à la fin, puisque j’étais si près de l’objectif», relate celle qui était âgée de 21 ans à l’époque et ne faisait de compétition que depuis une dizaine d’années.

Moment magique
À cette deuxième participation olympique, elle a tenu le coup et conservé le troisième rang derrière les deux Suissesses. Un peu plus tard, elle a savouré chaque seconde de la cérémonie des médailles au centre du petit village accroché dans les Dolomites.
«Il y avait une bonne foule. Le drapeau canadien a été hissé sur le mat et j’ai admiré les montagnes en pensant à l’exploit que je venais d’accomplir.»
C’en était tout un puisque dans l’hégémonie européenne sur la scène internationale du ski alpin, elle venait de remporter la première médaille pour l’Amérique du Nord.
Une pionnière
Avec cette performance, le nom de Wheeler entrait ainsi dans l’histoire du ski et elle en devenait une pionnière à travers le pays en marchant dans les traces des jumelles Rhona et Rhoda Wurtele.
«Cette médaille olympique m’a ouvert le chemin. Les autres aux championnats du monde de ski et diverses autres courses dans les années ont confirmé ce titre de pionnière. J’ai figuré parmi les meilleures skieuses au monde durant plusieurs années.»

Parmi ses plus grands faits d’armes, elle pointe ses performances aux Championnats mondiaux de ski alpin de 1958 et son titre en descente sur la fameuse Hahnenkamm de Kitzbühel, en Autriche, en 1957.
Des exploits qu’une poignée de skieuses canadiennes ont approchés dans leur carrière et qui lui ont valu de nombreux honneurs, la rendant immortelle tant à travers le pays qu’aux États-Unis.

