«J’étais éduquée à ne pas aimer les hommes»: la romancière Marie-Sissi Labrèche raconte son apprentissage de l'amour dans son nouveau récit


Marie-France Bornais
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Invitée par son éditrice, Danielle Laurin, à raconter trois souvenirs, Marie-Sissi Labrèche a choisi de parler des hommes qui ont marqué son existence, d’une manière ou d’une autre, dans son nouveau roman, Ne pas aimer les hommes. Elle relate l’histoire de son arrière-grand-mère, qui mangeait des taloches, de sa grand-mère, mariée à un ivrogne, et de sa mère, aux prises avec la maladie mentale. Sa vie a été marquée par des rencontres amoureuses en tout genre, des bonnes et des moins bonnes. Une éducation sentimentale pas mal difficile... mais qui fera écho à celle de plusieurs femmes, jeunes et moins jeunes.

Marie-Sissi Labrèche, avec sa plume incisive, directe, sans compromis, raconte les tourments intimes d’une femme en quête d’identité dans cette nouvelle autofiction. Elle parle de l’amour toxique, d’une sexualité débridée, d’une quête de liberté, des relations malsaines et insatisfaisantes, d’amour désiré et rejeté, d’une peur absolue de l’abandon, d’une quête absolue d’amour...
Elle parle des mises en garde qui lui ont été adressées, s’adresse aux plus jeunes femmes pour qu’elles évitent des pièges cruels et fait l’éloge des hommes qui l’ont aidée à s’épanouir et à trouver un équilibre.
L’amour tout croche
C’est aussi une réflexion sur les contradictions de l’amour et de la sexualité, sur l’amour qui peut être à la fois libérateur et enfermant quand il est vécu tout croche. Et une description sans détours de ce que plusieurs femmes, au fil des générations, ont enduré au nom de l’amour, du mariage, des convenances.
Marie-Sissi Labrèche décrit des situations difficiles vécues dans son histoire familiale. «Ce sont des femmes qui ont été magannées par la vie: l’arrière-grand-père qui battait sa femme, ma grand-mère, elle, son mari buvait beaucoup et la laissait toute seule les trois quarts du temps. Ma mère était schizophrène, donc c’était compliqué.»
Comment Marie-Sissi Labrèche a-t-elle réussi à trouver un équilibre dans sa vie, en dépit de tout ça? «Je le sais pas!» répond-elle instantanément. «Je me dis: “Je suis vraiment équilibrée!” En tous cas... me semble que je suis tranquille maintenant. Mariée depuis 22 ans.»
Une p’tite proie facile
Elle fait le point. «Ayant été élevée dans un milieu tout croche, tu n’as pas de modèle parental comme il faut. Le langage de l’amour, tu ne le comprends pas tout le temps. Tu deviens une proie facile. Câline que j’étais une p’tite proie facile!»
«J’ai pas tout raconté. Comme j’ai dit quelques fois en entrevue, si j’avais écrit sur tout, le livre aurait été épais comme Crime et châtiment, de Dostoïevski.»
Son éditrice, Danielle Laurin, lui a demandé de raconter trois souvenirs, vrais et pas vrais. «J’avais commencé à écrire quelque chose sur la création. Je l’avais fait lire à mon mari qui m’a dit: “Me semble que tu peux aller plus loin”. J’ai capoté. J’ai tout jeté ce que j’avais fait et j’ai recommencé.»
Écrivaine ultrarapide, elle a «pondu» Ne pas aimer les hommes en quatre mois seulement. «Je ne voulais pas blesser personne alors je me suis tapée dessus beaucoup. J’ai tout orienté sur moi, beaucoup.»
«Fais attention»
Le titre est venu facilement, assure-t-elle. «Ma grand-mère me prévenait tout le temps: fais attention à ci, fais attention à ça, tatata... les hommes sont comme ci, sont comme ça. J’étais éduquée à ne pas les aimer, en quelque sorte. Chez nous, les hommes qui entraient mangeaient une claque: ma grand-mère les attendait avec une brique et un fanal tout le temps, oui, câline!»
«Venant de tout ça, quand t’as pas de modèle, comment tu fais pour apprendre à les aimer et à faire confiance? J’ai mangé une claque moi aussi, pas juste une: ben, ben souvent.»
«Je suis allée avec des bons gars, et finalement c’est moi qui les ai magannés parce que j’étais trop jeune ou pas à même. Ça a pris du temps avant que je me construise comme il faut. J’ai fait quand même une thérapie de dix ans.»
Ne pas aimer les hommes
Marie-Sissi Labrèche
Éditions Québec Amérique
152 pages
- Marie-Sissi Labrèche a été journaliste et scénariste pour la télé et le cinéma.
- Dès l’an 2000, elle s’est affirmée comme l’une des précurseures de l’autofiction au Québec, avec Borderline, suivi par La brèche.
- Elle a publié des autofictions, un recueil de nouvelles, une série pour ados et une autre pour tout-petits.
- Elle a publié récemment Un roman au four.
- Elle a coscénarisé ses deux premières œuvres avec la réalisatrice Lyne Charlebois.
- Sorti en 2008, sous le titre Borderline, le film s’est valu plusieurs prix dans le monde.
«Alors moi, j’ai décidé de me pencher sur mes souvenirs à propos des hommes, des hommes qui ont fait un passage de loin ou de près dans ma vie, pas tous, certains. Ces hommes que j’ai parfois mal aimés, aimés tout croche, et qui m’ont aussi aimée tout de travers. Non mais, je ne vais quand même pas tout me prendre sur la poire. It takes two to tango, oui, mais à la condition qu’au moins un des deux sache danser. Pour ma part, j’ai longtemps dansé comme une casserole. Pas étonnant avec ce que je trimballe comme histoire familiale.»
– Marie-Sissi Labrèche, Ne pas aimer les hommes, Éditions Québec Amérique
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