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Charge mentale, flux de conscience et humour : le nouvel ouvrage de Marie-Sissi Labrèche «Un roman au four» décortiqué

«Je n’ai rien embelli»

Marie-Sissi Labrèche sort son nouveau roman, «Un roman au four».
Marie-Sissi Labrèche sort son nouveau roman, «Un roman au four». © Photo Agence QMI, JOËL LEMAY
Photo portrait de Marie-France Bornais

Marie-France Bornais

2025-02-22T08:30:00Z

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Fine observatrice des dérives de la société actuelle, des fantaisies et travers du quotidien, de la vie ordinaire et extraordinaire d’une famille vivant dans un bungalow de banlieue et écrivaine d’une extraordinaire sensibilité, Marie-Sissi Labrèche offre, cette année, Un roman au four à ses lecteurs. Un roman comme un cadeau, à dévorer complètement, avec gourmandise, pour se changer les idées, entre deux bulletins de nouvelles anxiogènes et trois ou quatre choses à cocher sur la to-do list.

Marie-Sissi Labrèche publie son nouveau roman aux Éditions Leméac.
Marie-Sissi Labrèche publie son nouveau roman aux Éditions Leméac. © Éditions Leméac

La narratrice du roman est mariée à un workaholic qui trippe sur les fusées et les satellites. Son adolescente est victime d’intimidation à la polyvalente. Son voisinage est envahi de pick-up bruyants dont les moteurs tournent sans arrêt.

Elle est submergée par les tâches quotidiennes, les comptes à payer, la lessive, la vaisselle, la litière du chat à changer et... le poulet à mettre au four, sinon tout le monde va hurler.

La charge mentale...
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Comment rester dans la création lorsqu’on est piégée par la charge mentale? Comment replonger dans son univers littéraire et s’isoler de tout? La narratrice, envers et contre tous, continue, phrase après phrase, chapitre après chapitre. Son roman est... en pleine cuisson. Et le produit final est savoureux.

Marie-Sissi Labrèche s’est aventurée en terrain inexploré (par elle!) pour ce nouveau roman: celui du flux de conscience. Un processus créatif cher à Marguerite Duras et à Marie-Claire Blais. Très réussi: elle observe, décrit, dénonce, raconte tout, passe par toute une palette d’émotions, à toute vitesse.

«J’avais besoin de sortir ce p’tit bout-là de cerveau, moi!» s’exclame-t-elle en entrevue. «Je le mets public, mon cerveau, tiens donc!»

En direct de son cerveau

«Ça faisait des années que je voulais faire un roman "pas de points", comme Marguerite Duras, qui disait "écrire comme les circonvolutions du cerveau"... C’est direct dans mon cerveau: mon chat qui miaule, mon mari qui crie, j’écrivais tout, tout, tout. Pas de limites.»

C’était une première et elle s’est sentie parfaitement à sa place. «Je me sentais plus libre. J’aime cette liberté, c’était accoté avec comment ça marche dans ma tête: pas de limites dans rien. Même dans mes phrases: sauter du coq à l’âne, d’un sujet à l’autre, c’est tout moi, ça. Ça va vite, dans ma tête!»

C’était étourdissant à écrire ou non? «Je suis très rapide, comme personne. Je suis nerveuse. Ça collait tellement bien avec mon rythme intérieur! C’était naturel. Je ne devrais pas dire ça... mais c’était facile, pour vrai. Vraiment trop l’fun! J’ai ben aimé l’exercice.»

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En lisant Un roman au four, on voit aussi un portrait social. Des voisins qui ont quatre pick-up F-150. Son ado qui se fait intimider à l’école. La culture du divertissement. Le monde fou à lier. «C’est débile. Ça fait peur. Je voyais la montée de Trump. À l’école, c’est vrai qu’il y en a qui se promènent avec des casquettes de Trump. Le directeur nous disait que les enfants regardent les nouvelles américaines avec leurs parents: tu vois l’effet que ça donne?»

«Je n’ai rien embelli»

Est-ce son roman le plus autobiographique? Elle répond sans hésitation: «Oui». «C’est très collé sur moi. Tous mes livres sont collés sur moi. Si c’était des selfies, c’était pas des beaux selfies que je faisais de moi. J’écris avec humilité, je regarde tous les travers. Je n’ai rien embelli.»

«Je suis venue à la littérature parce que chez nous, c’était le bordel, quand j’étais petite. Il n’y avait pas de mode d’emploi. Je voulais savoir comment on fait pour vivre. Je voulais un mode d’emploi IKEA. Comment ça se passe dans la tête du monde? Comment les gens règlent leurs problèmes avec leurs chums, les impôts. L’ouvre-boîte, comment ça marche? C’est un livre qui est un mode d’emploi pour savoir comment ça marche dans la tête des gens.»

Un roman au four

Marie-Sissi Labrèche

Éditions Leméac

Environ 160 pages

  • Marie-Sissi Labrèche a fait paraître cinq romans, un recueil de nouvelles ainsi qu’une série de 13 titres pour adolescents intitulée Psy malgré moi.
  • Elle a coscénarisé ses deux premiers romans, Borderline et La brèche, pour en faire un seul film, Borderline, sorti en 2008.
  • Elle publie un album pour les tout-petits, Abiguili, aux Éditions Michel Quintin.
«La meilleure façon d’écrire un roman c’est une phrase à la fois, je ne suis pas sortie du bois, de l’auberge, de mon putain de bungalow pourri.»
– Marie-Sissi Labrèche, Un roman au four, Éditions Leméac

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