Manque de financement dans le sport: Valérie Maltais a songé à mettre une croix sur les Mondiaux

Stéphane Cadorette
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Trois médailles à Milan peuvent bien valoir l’honneur d’être porte-drapeau pour le Canada à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques, mais pas la couverture des frais onéreux de déplacement vers les championnats du monde de patinage de vitesse aux Pays-Bas. Au point où Valérie Maltais a même songé à l’idée de ne pas rejoindre la délégation canadienne pour l’événement.
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Au cœur d’une tournée d’entrevues individuelles après les Olympiques, Maltais a secondé son collègue sur lames Laurent Dubreuil, qui a décrié le sous-financement des athlètes.
Loin de le contredire, Maltais, qui est de retour au Québec depuis lundi soir, a confié que l’idée impensable de faire une croix sur les prestigieux Mondiaux à Heerenveen lui avait même traversé brièvement l’esprit.
« J’ai une partie de moi qui a hésité à aller aux championnats du monde parce que justement, tu débourses tes frais. On n’a pas tout le personnel qui va voyager avec nous autres non plus », a-t-elle indiqué au Journal avant de spécifier que l’amour pour son sport a finalement guidé son choix de mettre le cap sur les Pays-Bas, malgré les embûches.
« Il reste qu’on est des athlètes compétitifs et dans la culture du patinage de vitesse, c’est un championnat avec beaucoup de notoriété. On paie pour ce championnat du monde depuis des années, mais d’avoir des athlètes comme Laurent et moi qui lèvent le voile sur ce point-là, c’est important », a-t-elle soulevé.
Le moment parfait
La vague d’indignation actuelle continue donc de déferler et même si les Jeux sont derrière nous, Maltais estime qu’il n’y a pas meilleur moment pour taper sur le clou.
« Ça peut être un bon embrayage. Il y a des athlètes actuellement qui sont bons et avec un petit coup de pouce, davantage d’entre eux vont faire la différence pour pouvoir monter d’une coche de plus.
« Mais quand on parle de développer un système, on parle souvent d’une période de quatre à huit ans pour vraiment obtenir de bonnes performances. Il faut agir rapidement », a signalé l’athlète de 35 ans.
Cap sur les jeunes
Maltais a rappelé que plusieurs athlètes canadiens médaillés à Milan avaient franchi le cap de la trentaine et qu’ils ont bénéficié des valves plus ouvertes à l’époque des Jeux de Vancouver en 2010 du programme À nous le podium.
« On était tous de jeunes athlètes à ce moment-là et on a eu accès à de l’équipement, à des professionnels et à des centres d’entraînement qui étaient bien équipés. On a tous bénéficié de ça pour vraiment construire une base solide pour les athlètes. Maintenant, il y a un bon gros gap entre ce que les athlètes ont actuellement et ce qu’on avait à l’époque », a-t-elle observé.
L’aide de B210
Maltais se dit convaincue qu’en tenant seulement compte du soutien financier reçu grâce à sa fédération, on ne la verrait pas aujourd’hui avec trois médailles au cou à son retour de l’Italie.
« Je n’aurais pas été capable d’atteindre ces résultats à Milan si je n’avais pas eu accès à des investisseurs privés, qui m’ont fourni les ressources et le personnel manquant à ma préparation. À Québec, on n’a pas différents spécialistes comme un préparateur mental ou un nutritionniste qui sont fournis avec notre fédération.
« Il a fallu que je fasse appel à B210, qui a cru en mes objectifs. Mais ce n’est pas évident de miser sur des gens qui investissent à ce point-là dans un athlète. J’avais une certaine notoriété, j’avais des objectifs ambitieux et j’étais tout près de ces objectifs-là. Maintenant, il faut construire et investir dans nos jeunes. Là, c’est le temps de dire que si on est fier de nos athlètes, on va les soutenir en conséquence », a-t-elle insisté.
Maltais prendra donc part aux championnats du monde du 5 au 8 mars, elle qui compte ensuite « relaxer et savourer tout ce qui [lui] est arrivé ».