Manger du métal: tout sur le pica, la maladie dont souffre le personnage de Marie-Lyne Joncas dans «STAT»

Jean-Michel Clermont-Goulet
Partager
Une nouvelle patiente a récemment fait son entrée à l’hôpital Saint-Vincent, où se déroulent les intrigues de STAT. Admise pour une fracture du crâne, le personnage interprété par l’humoriste Marie-Lyne Joncas retient toutefois l’attention pour une tout autre raison: elle ne peut s’empêcher de manger du métal. La patiente semble atteinte du pica, un trouble alimentaire. On fait le point sur cette maladie rare.
• À lire aussi: Qu’est-ce qu’un fœtus calcifié, découvert dans une patiente de «STAT»?
• À lire aussi: Que sait-on de la ricine, le poison végétal utilisé dans STAT?
C’est quoi au juste le pica?
C’est un trouble du comportement alimentaire qui consiste à consommer régulièrement des matériaux non nutritifs comme des cheveux, de la terre, du papier ou, comme dans STAT, du métal.
Ce sont principalement les enfants de plus de deux ans qui en souffrent, explique la directrice générale et fondatrice de la clinique des troubles alimentaires BACA, Tania Lemoine. Le pica est «très rare»: depuis qu’elle a ouvert sa clinique il y a 22 ans, la psychothérapeute n’a jamais eu de cas diagnostiqués.
- Écoutez l'entrevue avec Tania Lemoine, directrice générale et fondatrice de la clinique des troubles alimentaires BACA au micro de Richard Martineau via QUB :
On ne meurt généralement pas du pica. Le niveau de dangerosité de ce trouble alimentaire dépend néanmoins de ce qui est ingéré par la personne, précise Mme Lemoine. Dans STAT, la patiente a perdu beaucoup de sang après être allée à la salle de bain.

Le cas dans STAT, réaliste ou pas?
Le cas du personnage de Marie-Lyne Joncas dans STAT n’est pas totalement invraisemblable, mais il est loin d’être commun.
Même si on ne connaît pas tout de son histoire, la psychothérapeute croit que le personnage de la publicitaire est conscient que «c’est grave de manger un morceau de calorifère».
«C’est probablement sa détresse qui fait en sorte qu’elle n’est pas capable de faire autrement. Elle devra recevoir de l’aide psychologique à ce niveau-là, car tant qu’on ne demande pas d’aide, on reste dans la honte et on ne change pas grand-chose», précise Mme Lamoine.
Qu’est-ce qui provoque ce trouble alimentaire?
Un gros stress ou beaucoup d’anxiété peuvent être des facteurs qui poussent certaines personnes à développer un tel trouble, mentionne la psychothérapeute.
Des personnes qui souffrent d’autres troubles (schizophrénie, trouble du spectre de l’autisme, troubles psychotiques, etc.) seraient également plus enclines à souffrir de pica.
Pour eux, le pica peut être une façon de se calmer ou de s’apaiser, souligne Mme Lamoine. «C’est comme un tic qui devient incontrôlable.»
Dans de telles circonstances, le pica peut «un peu» s’apparenter au fait de manger ses émotions, dans le sens qu’une personne va ingurgiter des choses pour se réconforter.
Comment peut-on guérir du pica?
De l’aide psychologique est essentielle pour arriver à changer ses comportements.
Une thérapie permettra de savoir «pourquoi une personne continue à avoir des comportements qui peuvent provoquer des effets secondaires graves», dit l’experte, précisant que la technique de modification des comportements sera mise de l’avant.
Par exemple, «une personne qui a tendance à manger des petits papiers, si elle va au Starbucks, elle demandera de ne pas se faire offrir de paille, question de ne pas manger le petit emballage et de se protéger», explique Tania Lemoine.