L’investisseur futé: huit leçons tirées des lettres de Warren Buffett


Sylvain Larocque
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Dans cette chronique, nous vous donnons des idées concrètes pour placer votre argent.
À 95 ans, le célèbre investisseur Warren Buffett quittera la direction de Berkshire Hathaway d’ici la fin de l’année. Il vient de publier une lettre aux investisseurs qui pourrait bien être l’une de ses dernières.
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Profitons-en pour revenir sur quelques leçons tirées des lettres annuelles qu’il écrit... depuis 1956.
1. Trop cher à son goût (1959)
Vous craignez la bulle de l’intelligence artificielle? Dans l’une de ses premières lettres, Warren Buffett se disait déjà «très inquiet» des cours boursiers élevés.
«Je peux très bien me tromper, mais je préfère subir les pénalités d’un excès de conservatisme plutôt que celles d’une erreur coûteuse résultant de l’adoption d’une philosophie [...] selon laquelle les arbres poussent vraiment jusqu’au ciel.»

2. Il n’est jamais trop tard (2025)
«J’ai une meilleure opinion de la seconde moitié de ma vie que de la première. Mon conseil: ne vous culpabilisez pas pour vos erreurs passées – tirez-en au moins quelques leçons et passez à autre chose. Il n’est jamais trop tard pour s’améliorer. Trouvez les bons modèles et copiez-les.»
3. Le casino (2023)
Cela fait des décennies que Warren Buffett déplore l’irrationalité des marchés boursiers. Il a souvent réussi à en tirer profit pour acheter des titres de qualité à des prix réduits. Cela dit, il voit d’un mauvais œil la facilité déconcertante avec laquelle nous pouvons transiger aujourd’hui.
«Bien que le marché boursier soit aujourd’hui beaucoup plus important qu’à nos débuts, les participants actifs d’aujourd’hui ne sont ni plus stables émotionnellement, ni mieux formés que lorsque j’étais à l’école. Pour une raison ou une autre, les marchés se comportent aujourd’hui beaucoup plus comme des casinos qu’à l’époque où j’étais jeune. Le casino s’est désormais installé dans de nombreux foyers et tente quotidiennement leurs occupants.»

4. Un risque inutile (2017)
Certains investisseurs pressés de faire de l’argent s’endettent pour acheter des actions. Pas une bonne idée, martèle Warren Buffett. Pour illustrer son point de vue, il souligne que le titre de Berkshire a chuté de plus de 35% à quatre reprises depuis les années 1960.
«Il est tout simplement impossible de prédire jusqu’où les actions peuvent chuter en peu de temps. Même si vos emprunts sont modestes et que vos positions ne sont pas immédiatement menacées par la chute du marché, votre esprit peut être perturbé par des titres de journaux effrayants et des commentaires alarmistes. Et un esprit troublé ne prendra pas de bonnes décisions.»
5. Les compagnies aériennes (2007)
L’une des citations les plus célèbres de Warren Buffett concerne l’industrie aérienne, dans laquelle il a pourtant investi à plusieurs reprises, la dernière fois de 2016 à 2020.
«Depuis l’époque des frères Wright, il s’avère difficile d’obtenir un avantage concurrentiel durable dans ce secteur. En effet, si un capitaliste visionnaire avait été présent à Kitty Hawk, il aurait rendu un immense service à ses successeurs en abattant Orville [Wright]. Depuis ce premier vol, la demande en capitaux de l’industrie aérienne est insatiable. Les investisseurs ont injecté des sommes colossales dans un puits sans fond, attirés par la croissance alors qu’ils auraient dû en être rebutés.»
6. Les fonds indiciels (2017)
Warren Buffett a beau avoir fait fortune en misant sur un nombre limité d’entreprises, sa recommandation est tout autre pour le commun des mortels: mettez régulièrement de l’argent dans des fonds indiciels.
«De nombreux investisseurs ont connu des expériences allant de médiocres à désastreuses. Il y a trois causes principales à cela: premièrement, des coûts élevés, généralement parce que les investisseurs ont négocié de manière excessive ou ont dépensé beaucoup trop en gestion de placements; deuxièmement, des décisions de portefeuille basées sur des conseils et des modes plutôt que sur une évaluation réfléchie et quantifiée des entreprises; et troisièmement, une approche du marché marquée par des entrées inopportunes (après une longue période de hausse) et des sorties inopportunes (après des périodes de stagnation ou de baisse). Les investisseurs doivent garder à l’esprit que l’excitation et les dépenses sont leurs ennemis. Et s’ils tiennent absolument à essayer de choisir le moment opportun pour investir dans les actions, ils doivent essayer d’être prudents lorsque les autres sont avides et avides uniquement lorsque les autres sont prudents.»

7. L’innovation, pas pour lui (1996)
Berkshire Hathaway a fait sa marque avec des placements dans des entreprises traditionnelles comme Coca-Cola et American Express. Le conglomérat n’a commencé à investir dans Apple qu’en 2016 et dans Alphabet (Google)... cette année.
«Nous privilégions les entreprises et les secteurs peu susceptibles de connaître des changements majeurs. La raison en est simple: [...] nous cherchons des entreprises qui, selon nous, auront [...] une énorme force concurrentielle dans 10 ou 20 ans. Un secteur qui évolue vite peut offrir la possibilité de gros gains, mais empêche la certitude que nous recherchons.»
Comme citoyen, Buffett se dit en faveur de l’innovation. «En tant qu’investisseurs, cependant, notre réaction face à une industrie en pleine effervescence ressemble beaucoup à notre attitude envers l’exploration spatiale: nous applaudissons l’initiative, mais préférons ne pas prendre part à l’aventure.»
8. La paresse (1990)
«Lorsque nous détenons des parts dans des entreprises exceptionnelles dotées d’une direction exceptionnelle, notre période de détention préférée est “pour toujours”», écrivait Warren Buffett en 1988. Puis, en 1990, il ajoutait, pince-sans-rire: «la léthargie frôlant la paresse reste la pierre angulaire de notre style d’investissement».
Puis, en 2005, Buffett s’est montré encore plus incisif à propos des investisseurs qui achètent et revendent sans arrêt.
«Il y a longtemps, Sir Isaac Newton nous a donné trois lois du mouvement, qui étaient le fruit d’un génie. Mais les talents de Sir Isaac ne s’étendaient pas à l’investissement. Il a perdu une fortune dans la bulle de la South Sea Company, expliquant plus tard: “Je peux calculer le mouvement des étoiles, mais pas la folie des hommes.” S’il n’avait pas été traumatisé par cette perte, Sir Isaac aurait peut-être découvert la quatrième loi du mouvement: pour les investisseurs dans leur ensemble, les rendements diminuent à mesure que le mouvement augmente.»
Avez-vous des idées de sujets pour cette chronique? Écrivez-moi: sylvain.larocque@quebecormedia.com.