Les portes de la Zamboni au Centre Bell: l’endroit le plus critique et vulnérable de la patinoire du Canadien
Deux experts en conception de patinoire se penchent sur les raisons expliquant le rebond bizarre de la rondelle ayant mené au but égalisateur des Sabres au quatrième match de la série

François-David Rouleau
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« Les portes de la Zamboni, c’est toujours l’endroit critique autour d’une patinoire ». C’est ainsi que Patrick Couture et Yanick Beauchemin, deux experts dans la conception de patinoires, ont identifié le coin où est survenu le rebond aussi capricieux que mauvais ayant coûté un but au Canadien, mardi soir, au Centre Bell.
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Rappelons brièvement les faits.
En supériorité numérique, l’attaquant des Sabres de Buffalo Tage Thompson a voulu placer la rondelle en fond de territoire du Tricolore. Il l’a lancée vers le coin où sort la Zamboni pour la faire circuler par la rampe. Mais plutôt que de poursuivre son chemin et finir derrière le but, celle-ci a frappé une tige en bifurquant soudainement pour se loger derrière le gardien Jakub Dobes. Le destin a frappé en moins d’une fraction de seconde.


Les Sabres égalaient ainsi le pointage 2 à 2 pour éventuellement arracher la victoire au Canadien.
Comment la rondelle a-t-elle bien pu bifurquer de sa course sur un jeu de routine ? Une quatrième fois cette saison en prime, comme l’ont comptabilisé les collègues de l’Agence QMI et Jonathan Bernier.
Ouvertures et tige
Il faut remonter à la conception de la patinoire ainsi qu’à l’utilisation fréquente des portes laissant fréquemment sortir et entrer la Zamboni, ont fait savoir Beauchemin et Couture.
Munies de pentures et d’un loquet de fermeture, ces portes sont aussi longées par une tige d’aluminium solidifiant la baie vitrée. C’est en frappant la tige que la rondelle a été déviée. Puisque les portes ouvrent souvent durant un match, les panneaux de la baie vitrée ne sont pas solidifiés dans les joints supérieurs comme les autres où on voit des pièces avec une vis pour les serrer, ont-ils analysé avec photos et reprises vidéo à l’appui en entrevue avec Le Journal.

« La fermeture reste toujours problématique, car il peut y avoir de l’accumulation de glace ou de neige sur la surface et dans le mécanisme des portes. Le gel et le dégel, le chaud et le froid peuvent faire en sorte qu’elles ferment mal. Une petite différence de rien et la rondelle dévie », a expliqué Patrick Couture, directeur des opérations de Synerglace Canada, une entreprise spécialisée dans la conception de patinoire.

Un infime interstice dans le bas de la rampe est amplifié vers le haut de ces baies vitrées mesurant 12 pieds, selon les règlements de la LNH.
« Elles tiennent par le bas en s’insérant dans la rampe. À cet endroit problématique, il faudrait une pièce à la jonction », a plaidé Yanick Beauchemin, propriétaire de l’entreprise Bandes de hockey Gyslain Lampron.
Dobes en défaut
« C’est l’endroit le plus vulnérable de la patinoire. C’est l’enjeu dans tous les arénas, que ce soit à Montréal, Buffalo ou Tampa Bay », a enchaîné Couture, un ancien gardien de but ayant vécu un scénario semblable à celui de Dobes. C’était lors des séries de ses Remparts de Québec face à l’Océanic de Rimouski, dans la LHJMQ, en 1998. Ironie du sort, Vincent Lecavalier, conseiller spécial du CH, s’alignait chez l’Océanic à cette époque.
Celui qui était instructeur des gardiens dans la Ligue midget AAA du Québec a d’ailleurs critiqué le positionnement de Dobes entre les poteaux et son attention sur la séquence.

« C’est difficile d’ajuster les portes et baies vitrées correctement avec tout ce qui se passe. Ça va vite. De ce qu’on en sait, avec les explications de Martin St-Louis, c’est un problème connu. Il pourrait effectivement y avoir des améliorations ou une plus grande vigilance.
« S’ils sont capables d’envoyer 14 gars avec des pelles sur la glace à chaque pause publicitaire, ils pourraient vérifier les portes et les baies vitrées, a-t-il fait remarquer. Les officiels pourraient aussi y voir. Ils vérifient les mailles du filet. »
« On essaierait de marquer un but comme ça en tirant des rondelles toute la journée, toute la gang ensemble en incluant Caufield et Suzuki, et on ne réussirait pas », a conclu Beauchemin en plaisantant.
Par ailleurs, le Canadien nous a refusé l’accès à la patinoire pour constater l’état de la bande en pouvant l’illustrer, mercredi. L’organisation n’a pas plus voulu revenir sur la séquence menant au but de Thompson.