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Les Parisiens et la haine des Jeux

Photo Naoki Morita/AFLO via Reuters Connect
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-07-24T04:00:00Z

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PARIS | «Les Parisiens sont partis et les touristes sont venus avant. »

C’est ce que m’a expliqué Christophe, qui gère une brasserie à Paris.

Mardi soir, il est allé prendre un verre dans un autre resto près de la tour Eiffel avec sa famille. C’est là que je l’ai rencontré.

En temps normal, il ne s’aventure pas trop dans le secteur où on était en plein été. C’est bondé. Il n’y a pas de place.

Mais mardi, il y avait de la place en masse. Assez pour que le gérant de ce resto se joigne à la discussion.

«En temps normal, ici, c’est difficile d’avoir une place. Et c’est comme ça partout sur la rue», a lancé Franck.

C’est fou! Je n’en revenais pas. Les Jeux commencent dans deux jours. On est à Paris. Et j’avais l’impression de marcher dans le centre-ville de Thetford Mines. J’exagère un brin, évidemment. Mais disons que je m’attendais à une plus grande effervescence. Et à une Ville Lumière qui scintille un peu plus. Pas la lampe de poche qui clignote même quand on change la batterie.

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C'est beau, mais où sont les gens?

Oui, c’est propre. C’est beau. C’est sécuritaire. J’en ai vu beaucoup des travailleurs ramasser les déchets avec leur pince. J’en ai vu, des gendarmes. J’en ai vu, des militaires avec leur fusil. Mais batinse, où sont les Parisiens? 

C’était connu. Plusieurs Parisiens allaient partir durant les Jeux. Même si la mairesse avait invité ses citoyens à rester (mon collègue Joseph Facal en parle dans sa chronique d'aujourd’hui).

Mais je ne pensais pas que ça allait être aussi intense.

Photo Jean-Nicolas Blanchet
Photo Jean-Nicolas Blanchet

«Moi, je suis restaurateur, je ne peux pas partir. Sinon, je serais parti. Je ne connais pas beaucoup de gens qui sont restés», m’a dit Christophe.

Je n’ai malheureusement pas eu le temps de faire un grand sondage. Mais je n’ai pas été capable de trouver un Parisien qui me disait être emballé par la tenue des Jeux. J’ai rencontré des Français qui ne venaient pas de Paris qui étaient emballés. J’ai rencontré un gars de Drummondville qui était emballé (même s’il a payé 900$ pour aller voir l’athlétisme durant trois heures).

J’ai rencontré beaucoup des journalistes. On est 34 000! C’est trois fois plus que le nombre d’athlètes. Ça me fait capoter.

Mais bref, je trouve ça triste, tout ça. Je ne veux pas sortir ma vieille rengaine de gars de Québec qui n’a pas réussi à avoir les Jeux olympiques, mais si les Jeux étaient chez moi, je n’aurais pas le goût de partir. Vraiment pas. Je voudrais vivre tout ça, une fois dans ma vie.

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Ce n'est pas cool, vivre les Jeux?

Je suis convaincu que ce seront des Jeux merveilleux. Que la cérémonie d’ouverture sera une des plus belles de l’histoire. Il y aura beaucoup de monde. Céline doit y être , sinon je boude. Mais je trouve juste ça anormal que les Parisiens n’y seront pas en grand nombre. Tout le monde y sera, mais pas tant de Parisiens alors que ce sera à Paris. Comme s'il y avait de la haine. Comme si ce n'était pas cool de faire partie du party des Jeux. 

Est-ce la faute aux Parisiens? Je n’en suis pas si sûr. Ils se sont fait niaiser, et pas à peu près, par le gouvernement et les organisateurs. Je vais revenir là-dessus dans les prochains jours. Moi, comme journaliste, c'est gratuit me promener en métro. Un Parisien, ça lui coûte plus cher qu'en temps normal. Belle façon d'inviter son monde! 

Jean-Nicolas Blanchet
Jean-Nicolas Blanchet

On m’a demandé ça ressemble à quoi l’ambiance. J’ai trouvé un exemple précis, mais un peu niché, comme j'en suis capable. Imaginez que c’est la fête de votre nièce trop gâtée, qui a 8 ans et qui terrorise toute la famille. Tout le monde veut que ce soit parfait, car si elle n’a pas le gâteau qu’elle veut, ce sera la crise. Si elle n’a pas le cadeau qu’elle veut, ce sera l’enfer. Si les ballounes ne sont pas de la bonne couleur, ce sera la catastrophe.

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Je me sentais comme ça dans les rues de Paris aujourd’hui. On essaie de mettre les ballounes de la bonne couleur. On est stressé pour que tout soit parfait. On n’a pas l’air d’avoir si hâte que ça à la fête qui s’en vient. Mais on sait que c’est important que ça aille bien. Et plein de gens ont simplement décidé de trouver une raison pour ne pas venir.

Ça me tentait trop de vous en parler

La mascotte des JO est-elle un Doritos?

Jean-Nicolas Blanchet
Jean-Nicolas Blanchet

La mascotte des Jeux de Paris s’inspire du bonnet phrygien, bien connu des Français. C’est un symbole qui est apparu dès l’Antiquité et un symbole révolutionnaire. Sincèrement, c’est vraiment une bonne idée d’utiliser ce symbole. Mais comme mascotte, il y a un léger problème. C’est beaucoup trop laid. Je n'écrirai pas à quoi cela ressemble, mais tout le monde parle d'un émoji qui résonne avec les matières qui ont été retrouvées dans la Seine. Je ne peux pas ramener ça comme souvenir à mes enfants, mettons. Ils ne comprendront pas pourquoi je leur ramène un Doritos ou autre chose en peluche.

Un Français et une Québécoise qui se parlent anglais

Quand je dis que si les JO étaient au Québec, j’embarquerais pleinement, je suis très sincère. Si je pouvais ne pas travailler, c’est sûr que je serais bénévole, comme les 34 000 bénévoles parisiens qui sont déjà à pied d’œuvre. Eux, ils n’ont pas quitté Paris. Bravo! Évidemment, une grande partie de ces 34 000 personnes sont bénévoles pour la première fois pour des JO. J’ai donc été parmi leur premier «client» aujourd’hui. Je les adore déjà tous. Une dame a marché avec moi environ 2 km dans l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle par courtoisie parce que j’avais été niaiseux et je n’étais pas allé à la bonne place. C’était aussi très charmant de voir ces bénévoles me parler en anglais car je n’avais pas un accent français. Par réflexe, je répondais en anglais, avant de leur répondre, voyons: en français svp! Mon collègue Richard Boutin m’a aussi répondu en anglais quand j’ai cogné un peu trop tard à sa porte de chambre. Rick, batinse, on est en France!

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