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Le party va-t-il lever à Paris?

Photo AFP
Photo portrait de Joseph Facal

Joseph Facal

2024-07-23T23:00:00Z

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Je viens de poser mes valises à Paris. 

Demain ou après-demain, je vais, à moins d’un imprévu, vous donner mes premières impressions.

À l’évidence, la ville s’est faite belle pour la visite.

Mais le party va-t-il lever?

Chialage

Il y a un tas de raisons de se poser la question.

Un sondage IPSOS révélait que 47% des Parisiens vont quitter la ville pendant les Jeux pour aller en province.

Principales raisons données: les hausses de prix, les foules et les embouteillages.

Resteront ceux qui n’ont pas les moyens de partir et ceux qui espèrent faire un coup d’argent.

La mairesse Hidalgo, craignant le flop, avait lancé: «Ne partez pas cet été. Ne partez pas, ce serait une connerie! Restez, ça va être absolument incroyable.»

Il fut un temps, pendant le débat sur l’opportunité ou non d’accueillir les Jeux, où elle disait: «[...] les Jeux, ça coûte cher [...], je crois que ce n’est plus du tout d’actualité».

Les employés de bureau qui restent sont «invités» à faire du télétravail, pour ne pas congestionner davantage les transports en commun, ce qui leur rappelle le joyeux confinement pandémique.

Ils sautent de joie.

Des groupes communautaires dénoncent les opérations visant à discrètement envoyer les itinérants dans d’autres villes.

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Les autorités admettent les déplacements, mais nient tout lien avec les Jeux.

On note une hausse des expulsions de locataires par des propriétaires désireux de louer à fort prix leurs appartements.

La cérémonie d’ouverture n’a pas encore eu lieu qu’elle soulève déjà de vifs débats.

Quelle image d’elle-même la France veut-elle présenter au monde? Une France «française» ou une France «multiculturelle»?

Ça bougonne beaucoup parmi les figurants embauchés.

Un syndicat d’artistes affilié à la CGT évoquait des «conditions honteuses» de recrutement et de «criantes inégalités de traitement».

Des menaces de grève pèsent aussi sur divers services publics. Imaginez une grève du transport en commun.

Et bien sûr, il y a la lancinante, omniprésente, très palpable crainte des attentats terroristes dans cette ville qui s’y connaît en la matière.

L’alerte est au niveau maximal.

Vous allez me dire que chialer («râler» comme on dit ici) est une des grandes contributions des Français au patrimoine immatériel de l’Humanité, comme le soufflage de verre en Syrie et la danse traditionnelle à Djibouti.

Mais avouez que ça fait beaucoup.

Et il reste encore l’éléphant en plein milieu du salon.

Mettons que vous voulez organiser un mégaparty de famille pour les 100 ans de Mamy.

Vous voulez réunir enfants, petits-enfants, mononcles, matantes, tout l’arbre familial, avec des conjoints et conjointes que vous n’avez jamais vus de votre sainte vie.

C’est tellement d’ouvrage que vous demandez de l’aide à vos frères et sœurs.

Une semaine avant le grand événement, une énorme, une gigantesque, une vitriolique chicane «pogne» entre vous, les organisateurs.

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Mais pendant que vous vous faites encore la gueule, la belle visite arrive.

Les hôtes s’accrochent un sourire et font semblant, en se promettant de vider leur sac après le party.

Élections

C’est exactement ce qui arrive en France en ce moment.

Les élections législatives ont eu lieu il y a trois semaines.

On s’est injurié comme jamais. On ne s’est pas gêné. Les Français n’ont pas cette phobie québécoise de la chicane.

En bout de course, personne n’a vraiment gagné, personne n’a vraiment perdu.

La France est divisée en trois blocs de taille presque égale.

Personne n’est assez fort pour gouverner seul.

Il faudrait donc se parler, faire des compromis, mais tous sont trop fâchés pour réussir à s’entendre sur quoi que ce soit.

Et la grande famille mondiale qui débarque.

«T’AS PAS PEUR?»

– Tu vas à Paris pour les Olympiques? Maudit chanceux!

– Oui, je sais.

– Mais...

– Mais quoi?

– Ben, t’as pas peur?

– D’un Parisien chialeur?

– D’un attentat, niaiseux! 

La question est parfaitement légitime.

La France est particulièrement ciblée par les islamistes depuis longtemps. Pour trois raisons.

C’est le pays occidental qui affirme le plus fermement le principe de la laïcité.

Elle compte une énorme population issue du Proche et de Moyen-Orient, dans laquelle un terroriste peut se fondre.

Elle est proche de cette partie du monde et comporte de nombreux points d’entrée.

Assurément, la sécurité est la principale préoccupation des autorités.

On parle de 35 000 policiers et gendarmes en service. Plus de 15 000 soldats seront mobilisés. Environ 20 000 agents de sécurité privée ont été embauchés.

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Les services de renseignements ont un registre de milliers de personnes déjà sous surveillance.

On craint particulièrement les drones.

La tension sera à son comble pendant la cérémonie d’ouverture.

Des péniches défileront sur la Seine sur 6 kilomètres. Imaginez le nombre de toits à surveiller.

La prévention est rendue encore plus difficile quand le terroriste est prêt à mourir et ne se soucie pas des issues de secours.

L’an dernier, j’étais à Marseille. Un beau matin, je me lève et la police était partout, vraiment partout.

Je m’approche d’un agent et lui demande la cause de ce déploiement. Le pape arrive demain, m’explique-t-il.

Si une courte visite papale justifiait cela, imaginez 11 000 athlètes et des millions de touristes pendant trois semaines.

J’étais une fois à Jérusalem. Dès mon arrivée, un attentat survient. On nous ordonne de rester dans nos chambres d’hôtel.

Peu de temps après, je passe devant le lieu de l’attentat, un café dans une zone piétonne.

L’endroit était placardé. On balayait la vitre brisée. On frottait le sang au sol. La vie reprenait.

Le soir même, la rue était bondée.

Vivre aussi normalement, aussi dignement que possible. C’est la seule façon qui vaille de toute manière.


Beurk

Le 10 kilomètres de natation en eau libre aura lieu dans la Seine. J’aurais plus peur de m’y baigner que d’un attentat. Je blague à peine. On a investi 2 milliards $ pour la dépolluer et le résultat n’est pas garanti.


Ben coudonc

La mairesse de Paris, Anne Hidalgo, s’est baignée dans la Seine pour rassurer le bon peuple. Elle n’est pas sortie de là avec un troisième œil au milieu du front. Allez, Valérie, une trempette dans le Port de Montréal?


Saucette

Depuis que la mairesse a joué à la sirène, la pression est forte sur le président Macron pour qu’il fasse sa petite saucette. Maudit. Je ne m’ennuie pas de la politique.


Oups

Vous avez beau dépolluer, la Seine reste très dépendante de la météo et de ses affluents. Les épreuves de natation qui devaient servir de test l’an dernier furent annulées au dernier moment.

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