Les meilleures séries depuis longtemps

Jean-Charles Lajoie
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Hier soir, après cinq minutes et des poussières de jeu en première période, j’étais en état d’apesanteur.
Mes Stars étaient seuls sur la glace à Edmonton, ils menaient 2-0, Darnell Nurse était à -2, j’avais une très belle émotion en pensant à mon ami Vincent Desharnais qui, lui, souffrait de voir les siens trébucher sans pouvoir rien faire depuis la passerelle pour aider ses coéquipiers à se sortir du trou...
Desharnais, seul avec lui-même en complet trois pièces plutôt que sur la glace dans le chandail des Oilers qu’il aime tant, et cela, le jour de ses 28 ans...
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Le petit Stuart Skinner avait la même allure qu’à l’entraînement optionnel de son équipe la veille. Il était abattu autant qu’incapable. Il semblait être devant la cage pour se faire traverser, se faire sortir de là, en fait.
Et puis, sans que je réussisse à m’expliquer pourquoi, les Oilers se sont révélés, se sont ranimés, les joueurs ont rallumé la ferveur de leurs chauds et délirants partisans, jusque-là sous le choc, tenus au silence devant la débâcle des leurs.
Toutes les décisions de Kris Knoblauch, le coach des Oilers, ont tourné en sa faveur, même Nurse a disputé une suite de match plus que respectable.
Corey Perry, arrivé à Edmonton pour ce genre de situation, a finalement joué et il a eu son utilité, Ryan McLeod itou.
Knoblauch passe pour un génie, aujourd’hui, son club voyage vers Dallas avec une égalité de 2-2 dans la série et est assuré de revenir à Edmonton pour y disputer au moins un match numéro six dans cette finale de l’Ouest.
Du spectacle
Tout ça pour dire que les séries 2024 sont, pour moi, les meilleures depuis très, très longtemps.
Évidemment que je conserve un souvenir impérissable de 2021 en dépit de la COVID. Cette épopée du Canadien jusqu’en grande finale en plein été restera gravée dans mon cœur à jamais.
Mais si je fais exception de l’équipe de chez nous, j’ai beau recaler mes cassettes, je ne me rappelle pas de séries éliminatoires aussi excitantes.
Les rebondissements pullulent, le vent change de bord en une nanoseconde en cours de match, on ne peut absolument rien tenir pour acquis.
La sinistre époque des clubs éteignoirs est révolue. Il y a quelques années, à 2-0 Dallas après moins de six minutes d’action, on aurait pu éteindre la télé et aller se coucher, le match aurait été plié dans la boîte.
En 2024, plus que jamais, la pire avance au hockey, comme le veut l’expression galvaudée, est désormais de 1-0, ou 2-0, ou 2-1, ou 3-1, ou 3-0...
En fait, l’expression n’est plus. Toute avance au hockey est désormais la pire avance, ce qui fait la beauté redoutable et renouvelée de notre sport national.
Un Igor en or
Dans l’Est, les Panthers de la Floride se grattent le caillou bien qu’ils aient un moral formidable et qu’ils nagent en plein bonheur. Paul Maurice impose le respect, il est en contrôle absolu et ses hommes le lui rendent bien. Les Panthers sont hyper confiants, ils savent qu’ils sont les meilleurs à chaque match devant les Rangers...
Mais en même temps, la série est égale avec deux victoires de chaque côté.
Pourquoi?
Parce que le roi Igor de Manhattan se comporte comme les grands gardiens de l’époque en séries de fin de saison.
Son printemps nous rappelle ceux des Roy, Brodeur, Fleury, Luongo avec Vancouver. Igor tient ses Rangers à bout de bras.

Avec leurs soldats les plus pertinents et productifs au neutre complet, les Rangers peuvent tout de même rêver d’atteindre la finale de la Coupe Stanley.
Pour ce faire, il faut absolument que Chris Kreider, Artemi Panarin et Mika Zibanejad secouent leurs puces et sortent de la torpeur dans laquelle ils sont embourbés. Rien d’impossible lorsque l’on a tout ce talent de réuni, encore faut-il avoir faim, très faim...
Encore faut-il être plus affamé que l’adversaire en face de nous. Pour l’instant, ce sont les panthères qui règnent sur le steak à partager, c’est criant de vérité.
Autant que le 2-2 dans la série fait office de jugement sans appel, New York ne touche pas «au puck», mais commence ce soir un deux de trois à domicile grâce à son avantage de la glace.
Toute la force et la beauté des actuelles séries résident dans ces quelques constats. On savait la Ligue nationale plus grosse, plus forte, plus rapide que jamais auparavant.
Ces constatations se vivent et se démontrent désormais sur la glace dans le rendez-vous le plus important de la saison, le vrai tournoi, les séries éliminatoires.