Les dessous d’un contrat de génie qui a participé à la relance d’Anthony Mantha

Nicolas Cloutier
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Derrière la prodigieuse résurrection d’Anthony Mantha avec les Penguins de Pittsburgh, il y a une histoire de persévérance, mais aussi, dans l’ombre, un contrat absolument ingénieux qui a exploité un article méconnu de la convention collective.
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Ce contrat a participé à la relance d’un attaquant québécois que l’on n’attendait plus. Mantha n’était plus qu’une note de bas de page dans les palmarès des meilleurs joueurs de la Belle Province des différents médias sportifs.
Limité à 13 matchs avec les Flames de Calgary en 2024-2025 en raison d’une rupture du ligament croisé antérieur droit subie lors d’un match à Montréal au mois de novembre, il disposait d’arguments limités à la tombée du 1er juillet.
Ce jour-là, Mantha était le seul et unique dossier sur la table de l’agent Olivier Fortier, qui a pu l’analyser sous toutes ses coutures.
Grâce à son expérience au cabinet d’avocats Fasken, Fortier, qui a passé son Barreau, maîtrisait très bien le verbiage légal de la convention collective.
En la disséquant, il est tombé sur l’article 50.2(b)(i)(C).
Celui-ci stipule qu’un groupe sélect de joueurs a droit à un contrat structuré avec des bonis à la performance.
- Les joueurs qui écoulent leur contrat d’entrée dans la LNH.
- Ceux qui sont âgés de 35 ans ou plus en date du 30 juin précédant l’ouverture du marché de l’autonomie.
- Et ceux qui ont disputé 400 matchs ou plus dans la LNH, qui ont passé au moins 100 jours sur la liste des blessés la saison précédente et qui paraphent un contrat d’une seule saison.
C’est dans cette dernière catégorie plutôt rarissime de joueurs que Mantha tombait. Ces cas sont tellement atypiques que plusieurs équipes avaient oublié leur existence lorsqu’elles ont été contactées par la représentation du joueur québécois.
L’éventail de possibilités pour structurer les bonis était presque infini : du temps de jeu au nombre de mentions d’aide amassées quand Mercure est en rétrograde, presque tout aurait pu y passer.
Un incitatif cohérent
L’enjeu dans les négociations était de trouver une forme de bonis qui représenterait un incitatif cohérent, tant pour le joueur que pour l’équipe qui allait s’engager.
Après moult réflexions de toutes les parties impliquées, lier la rémunération de Mantha à son nombre de matchs joués a émergé comme la solution la plus logique.
Pensons-y rapidement. Si on opte, par exemple, pour le temps de jeu et que l’on fixe un boni pour chaque match de 13 minutes, il y a un possible élément de distraction dans la tête du joueur s’il flirte avec la barre établie lors des fins de match. Va-t-il étirer sa présence ? Jouera-t-il avec nervosité et prudence pour ne pas être cloué au banc ?
Si l’on articule plutôt le contrat autour de la production, le joueur peut adopter certains mauvais plis.
Or, si on attache les bonis de Mantha à son nombre de matchs, il y a un incitatif supplémentaire pour le principal intéressé de prendre un soin jaloux de son corps. Et l’équipe en question verse au joueur un salaire qui est proportionnel aux services rendus, en atténuant le fardeau financier en cas de blessure sérieuse.
Directeur général des plus cartésiens, Kyle Dubas y a vu une stratégie géniale qui desservait à merveille les intérêts des Penguins.
Structure du contrat de 1 an signé par Mantha avec les Penguins de Pittsburgh le 1er juillet 2025
Salaire de base | 2,5 M$
Boni pour 10 matchs | 250 000 $
Boni pour 20 matchs | 250 000 $
Boni pour 30 matchs | 250 000 $
Boni pour 40 matchs | 250 000 $
Boni pour 50 matchs | 250 000 $
Boni pour 60 matchs | 250 000 $
Boni pour 70 matchs | 250 000 $
Boni pour 80 matchs | 250 000 $
Au moment d’écrire ces lignes, Mantha avait disputé tous les matchs des Penguins cette saison. Il a été galvanisé par le plan qui lui était proposé : mettre tout en œuvre pour optimiser sa condition physique allait déclencher un cercle vertueux. Ç’avait beaucoup trop de sens.
Avec une aussi grande portion de sa rémunération liée à son aptitude à jouer les matchs, Mantha allait tout amener à un autre niveau sur le plan de la nutrition, du sommeil et de la préparation physique. Ses visites à la chaise du massothérapeute de l’équipe allaient être plus fréquentes.

Pari réussi
Mantha pourrait décrocher deux autres bonis de 250 000 $ d’ici la fin de la saison. S’il maintient le cap, il amassera la totalité des 2 millions $ disponibles en bonis à la performance. Il pourrait presque doubler son salaire annuel en transformant 2,5 millions $ en 4,5 M$ !
Le pari a jusqu’ici été remporté sur toute la ligne : le gros attaquant de Longueuil a établi des sommets personnels cette saison au chapitre des buts (26), des aides (26) et des points (52). Il est en voie d’en fracasser un autre pour le différentiel (+15).
Tout ça alors qu’il s’apprête à devenir joueur autonome sans compensation à nouveau à l’été 2026. Parce que, rappelez-vous, la structure avec bonis à la performance ne lui était offerte que sur un contrat d’un an, selon la convention collective.
Et aujourd’hui, n’importe quel palmarès des joueurs québécois qui se respecte doit avoir Mantha dans son top 5. Aucun « p’tit gars de chez nous » n’a été plus productif cette saison dans la LNH.
Vous avez ici la genèse d’une collaboration efficace entre un joueur, son agent, et une équipe intéressée à ses services sur le marché de l’autonomie.
Ou encore, un modèle dont Patrik Laine et son agent devraient s’inspirer l’été prochain...