Les dessous de la lutte féminine: «Ça m’a sauvé la vie deux fois», dit l’une des lutteuses les plus connues au Québec


Jessica Lapinski
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Deux fois, la lutte a «sauvé la vie» de Marie-Ève Boduc, alias Kacey Diamond, l’une des lutteuses les plus connues et talentueuses de la scène québécoise. La première occasion, c’est à la fin de l’adolescence, alors qu’elle aurait pu mal virer après un déménagement dans une autre ville, mais elle a préféré plonger dans la passion que l’un de ses cousins a partagée avec elle.
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La seconde, c’est quelque deux décennies plus tard, après sa séparation avec son conjoint, le père de ses deux enfants. «Je devais me relever d’une fin de relation qui a été traumatisante, explique-t-elle. J’ai dû réapprendre à marcher seule. Je parle au sens figuré: j’ai dû me reforger une santé mentale.»
Si Marie-Ève Bolduc met de côté certains détails, c’est parce qu’elle est maintenant en très bons termes avec son ex-partenaire.
Et ça, c’est notamment parce que dans sa lutte pour retrouver la Marie-Ève qu’elle était avant ces événements difficiles, il y avait la lutte, l’autre, celle dans le ring. Celle qu’elle avait délaissée pendant quelques années, le temps d’élever ses enfants qui sont aujourd’hui âgés de 8 et 11 ans.

La lutte, ç’a toujours été un peu en elle, au fond. Même si elle ne vient pas d’une famille où elle regardait les galas le dimanche soir avec son père, comme bien d’autres qui sont tombés dans la marmite, la grande Marie-Ève se rappelle une petite Marie-Ève qui déjà, enfant, aimait se donner en spectacle.
«Dans les fêtes de famille, je chantais, je dansais, je parlais fort», raconte-t-elle en riant.
«Souvent, entre lutteuses, on n’ose pas trop se l’avouer. J’en parle plus avec les lutteurs: mais au fond, on le sait, on est des bibittes à attention, ajoute Marie-Ève. On carbure à l’attention qu’on nous porte. Ce n’est pas pour rien qu’on monte dans le ring en bobettes!»
Bon, les bobettes, c'est une chose: Marie-Ève Bolduc explique elle-même que l'époque des lutteuses presque uniquement réputées pour leur côté ultrasexy, qui avait la cote à la fin des années 1990, c'est du passé. Désormais, hommes et femmes offrent la même chose dans le ring. Le spectacle, oui, mais également le côté athlétique.
«Je vais frapper aussi fort qu’un homme», souligne la lutteuse de 39 ans, tout en remerciant ceux qui l’ont formée à ses débuts et qui ne l’ont «jamais mise dans un moule» différent parce qu’elle était une jeune femme

Cela n’empêche pas les lutteuses d’être encore parfois l’objet de propos réducteurs, par exemple avec ces spectateurs qui les invitent en plein gala à dévoiler leurs attributs (de façon pas mal plus vulgaire que ça).
«Mais moins dans des villes comme Québec», pointe celle qui s’est installée sur la Rive-Sud, et qui s’y battra samedi, dans le cadre d’un gala entièrement féminin (voir plus bas).
Il y a deux moyens de gérer ce genre de situation, estime la lutteuse qui a fait ses débuts à Jonquière, comme plusieurs autres au Québec: les ignorer ou leur répondre.
Et répondre, ça, Marie-Ève Bolduc en est capable! Car si la femme au large sourire possède une joie de vivre contagieuse, sur le ring, Kacey Diamond, c’est une méchante. «Je ne serais pas capable de jouer les gentilles, affirme-t-elle. Je ne serai pas crédible. J’ai un gros côté baveux!»

Elle joue d’ailleurs les méchantes pas mal plus souvent qu’elle pensait qu’elle le ferait quand, peu avant la pandémie, elle a renoué avec cette carrière qui l’a déjà menée aux États-Unis, et même en Inde.
«Au départ, je me disais que je lutterais trois fois par année. Cette année, je pense que je vais avoir fait près de 60 combats!», souligne Marie-Ève.

Bien sûr, vivre cette passion à fond ne vient pas sans une grande organisation. Si Kacey Diamond se donne en spectacle aux quatre coins du Québec et en Ontario, Marie-Ève Bolduc, elle, est une maman de deux enfants qui en a la garde 12 jours sur 14, qui a aussi un emploi dans le commerce au détail, et qui s’entraîne six jours par semaine pour pouvoir tout donner dans le ring.
Ses enfants l’accompagnent donc à plusieurs galas. Ça tombe bien: si son plus jeune adore plusieurs lutteurs de Québec, son aînée, quant à elle, «aime être entourée de femmes fortes», explique Marie-Ève.
«Les autres lutteuses sont devenues ses amies. Je trouve aussi que c’est un bel exemple pour elle, d’être entourée de femmes puissantes et persévérantes.»
Que des femmes fatales à l'affiche samedi à Québec
Kacey Diamond sera l'une des têtes d'affiche du gala Femmes Fatales, samedi au Centre Horizon de Québec. Un événement spécial, qui fêtera les 15 ans de la seule organisation de lutte professionnelle entièrement féminine au Québec, et pour lequel Marie-Ève Bolduc perd le sommeil depuis quelques jours.
«Je veux faire le match de l’année. C’est celui pour lequel je veux tout donner. Tellement que je passe par plein d’émotions: de l’anxiété, de l’excitation...», pointe l’athlète qui, à l’aube de la quarantaine, voulait déjà faire de 2024 la plus grosse année de lutte de sa vie (et qui estime que c’est mission accomplie).
Pour l'occasion, elle se mesurera à Loue O'Farrell, un autre visage connu des amateurs de lutte au Québec (dont on vous avait raconté l'histoire ici).
Mais au-delà de son propre combat, cet événement a une place spéciale dans le cœur de la lutteuse. Notamment parce qu’il met de l’avant plusieurs de ses amies très proches et qu’il permettra à toutes ces femmes de montrer l’étendue de leur talent.
«Ça nous donne de la visibilité, ce qu’on n’a pas beaucoup, explique celle qui, la majorité du temps, se bat aussi dans des combats contre des hommes. Ça donne un pouvoir à la lutte féminine. Ça fait en sorte que les femmes sont reconnues pour leur talent.»
«Et c’est organisé par deux hommes [Patric Laprade et Michael Brisson] qui y croient. Ça donne l’espoir qu’il y en a plein ailleurs.»
Parce que pour Marie-Ève Bolduc, peu de choses séparent les lutteuses des lutteurs.
«Pour moi, [peu importe le sexe], un bon lutteur, c’est quelqu’un qui va être différent. Qui va avoir de la prestance, une attitude, qui va être capable d’accrocher la foule. C’est aussi quelqu’un qui va être capable d’être crédible et endurant, qui n’aura pas l’air trop fatigué après un combat.»
▶ Avant de prendre sa retraite de lutteuse, Marie-Ève Bolduc aimerait se plonger dans l’organisation d’un gala pour venir en aide à d’autres femmes. «Parce que Kasey Diamond est une femme forte, j’aimerais pouvoir faire un spectacle-bénéfice pour soutenir les femmes qui sont victimes de violence, et je fais un appel à tous ceux et celles qui aimeraient s’impliquer dans le projet.»