Rabouin, Martinez Ferrada et les autres candidats manquent-ils d’ambition pour Montréal?


Alice Fournier
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Oubliez les grands projets comme la ligne rose que promettait de construire Valérie Plante en 2017. Pour convaincre les électeurs de voter pour eux en novembre, les candidats à la mairie de Montréal promettent d’améliorer ce qui est déjà construit à Montréal. Ces «petits» engagements sont-ils une bonne nouvelle pour les électeurs ou témoignent-ils d’un manque d’ambition des aspirants maires (et leur parti)? On en jase avec des experts.
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Ensemble Montréal, le parti de la candidate Soraya Martinez Ferrada, propose de rétablir la collecte des déchets hebdomadaires à Hochelaga, d’évaluer la sécurité des pistes cyclables et d’exempter les logements hors marchés de frais municipaux.
Projet Montréal, qui est dirigé par Luc Rabouin, promet de restaurer les milieux humides dans les parcs, de multiplier les toilettes publiques et de créer Action chantier, une équipe dédiée à la gestion des travaux.
À Longueuil, la mairesse sortante Catherine Fournier mise, elle aussi, sur les infrastructures existantes: elle promet de ne rien construire de neuf pour son prochain mandat.
Au déclenchement de la campagne, elle a affirmé qu’elle s’occuperait d’abord de rénover les infrastructures souterraines comme les égouts ou les aqueducs. Elle promet aussi «d’apaiser la circulation».
Promesses trop faibles?
Des «petites» promesses comme celles-là peuvent étonner, alors que de tout temps, «les politiciens ont toujours voulu couper des rubans rouges au lieu de rénover», souligne la professeure agrégée à l’École nationale d’administration publique (ENAP), Fanny Tremblay-Racicot.
Mais si les candidats misent sur ce type de promesses, ce n’est pas par manque d’ambition, c’est parce qu’il est temps «de s’occuper des questions de gestion courante», ajoute-t-elle.
C’est de ça que rêvent les Montréalais, avance pour sa part l’analyste politique de TVA Nouvelles, Elsie Lefèbvre. Un sondage Segma–Radio-Canada publié jeudi révèle que l’état des routes préoccupe les résidents du Grand Montréal. Pour 49% des Montréalais, les infrastructures figurent au premier rang des enjeux qu’ils considèrent prioritaires.
«Les citoyens ont un appétit pour un retour aux missions de base de la ville: des rues sans nids de poule ni cônes orange, une ville propre et sécuritaire, des réglementations allégées pour la construction de logements», affirme celle qui a déjà siégé au conseil municipal de la métropole.
Quand le contexte budgétaire est difficile — Montréal avait à la fin de l’année 2024 une dette de 6,8 milliards de dollars selon ses rapports financiers—, l’important n’est pas de construire, mais d’entretenir ce qui existe déjà, soutient Elsie Lefèbvre.
Ce qu’il faut, selon Fanny Tremblay-Racicot de l’ENAP, c’est d’offrir aux citoyens des artères commerciales conviviales, des parcs en bon état et des services de proximité.
Beaucoup de travail à faire
«Il faut qu’on répare!», renchérit la directrice du programme de maîtrise en Gestion des infrastructures urbaines de l’École de technologie supérieure (ÉTS), Michèle Saint-Jacques.
«Si on attend que les infrastructures se dégradent, on va devoir payer beaucoup plus cher, parce qu'il va falloir tout démolir et tout refaire à zéro», prévient-elle.
L’exemple du viaduc Van Horne, construit au début des années 70, est probant : «Si sa fin de vie utile arrive en 2030, il faut se demander s’il y a eu assez de réparations et d’entretien», mentionne-t-elle.
C’est sans compter les autres infrastructures essentielles de la ville qui vieillissent, comme son réseau d’égout.
On se rappelle du bris d’aqueduc qui a causé un énorme geyser dans l’est de Montréal à l’été 2024, qui avait inondé des résidants et des commerces. La «rupture catastrophique» est survenue en raison de «l’importante dégradation» de la conduite, a révélé un rapport d’expertise cité par Desjardins Assurances générales dans une poursuite contre la Ville.
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De la place pour du neuf
Même son de cloche du côté de Jean-Philippe Meloche, professeur d'économie urbaine et finances publiques locales à l’Université de Montréal: la métropole est mûre pour une mise à niveau.
«Avec 7 milliards de dettes et autant de dossiers épineux sur le dos [baisse de la fréquentation des transports en commun, augmentation du sentiment d’insécurité, crise du logement], l’heure est aux ajustements», affirme-t-il.
Mais ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien proposer de neuf, insiste le professeur Meloche. Il prend l’exemple des aménagements éponges, qui sont chers à l’administration sortante de Valérie Plante.
«L’aménagement des trottoirs pour rendre la ville plus résiliente aux changements climatiques, ça paraît moins gargantuesque, mais c’est tout aussi nécessaire», croit-il.
Les projets de pistes cyclables sont également essentiels à Montréal, insiste le professeur Meloche. Selon lui, le Réseau express vélo (REV) sur la rue Saint-Denis est d’ailleurs l’un des bons héritages de Valérie Plante.