Le randonneur devenu maître de l’endurance
Jean-François Cauchon a vécu l’épreuve de sa vie à la Diagonale des Fous

Stéphane Cadorette
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Jean-François Cauchon

30 ans – Québec
Ingénieur civil
· Diagonale des Fous 2019 et 2023 · Ultra Trail du Mont Blanc 2017 · TransMartinique
Pourquoi?
«C’est un mélange d’émotions. Tu es exténué, mais tu vis aussi un gros sentiment d’accomplissement de soi et un soulagement. Ça me fait réaliser à quel point la limite est loin. Tu peux toujours aller plus loin et repousser encore plus que tu penses.»
Pour Jean-François Cauchon, tout a commencé en 2014 par un simple défi lancé entre cousins. «T’es pas game, on participe à la trail Harricana?» Cette course en sentiers de 65 km lui a donné la piqûre pour les événements d’endurance aux quatre coins du globe et, 10 ans plus tard, le voilà armé d’un palmarès relevé, dont une septième place à la renommée Diagonale des Fous sur l’île de la Réunion.
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C’est dire à quel point la course d’endurance est devenue, sans avertissement, la meilleure drogue qui soit dans le système de l’athlète de Québec.
Pourtant, à la base, Jean-François Cauchon courait à peine. Son dada, c’était plutôt la randonnée pédestre. Il a vite découvert que la course en sentiers devenait la continuité de sa passion initiale.
Il est aujourd’hui âgé de 30 ans, et son CV impressionne. On ne compte plus le nombre de compétitions internationales auxquelles il a participé. Il a notamment remporté à deux reprises la TransMartinique, sur 134 km, en 2018 et en 2019.
L’inoubliable Diagonale

Il a aussi pris part à deux reprises à l’une des courses les plus redoutées au monde, la Diagonale des Fous. Il a parcouru les 100 miles (165 km) sur 10 000 m de dénivelé positif au cœur de l’île de la Réunion en 25h45min en 2019, ce qui lui a valu une septième place qui fait encore parler dans le milieu de l’endurance au Québec.
«L’île de la Réunion, c’est un endroit incroyable qui ne fait pas partie du patrimoine mondial pour rien. C’est très diversifié. Le relief est très accidenté. Tu pars du littoral et tu montes de 2000 à 3000 m, avec un dénivelé vraiment pentu.
«Le parcours est très technique avec de grosses montées et de grosses descentes. Ça ne pardonne pas! Les gens là-bas savent que c’est la Diagonale. Tout le monde sort pour encourager. Il y a une effervescence locale qui est vraiment cool», raconte l’aventurier, en soulignant qu’il y a vécu des variations de température extrêmes de 30 degrés dans la même journée, entre les nuits froides et la chaleur suffocante du midi.
Pour l’infatigable coureur, les épreuves d’endurance se veulent l’occasion idéale d’épancher sa soif de se dépasser et de combler sa curiosité marquée pour découvrir le monde.
«Ces courses me permettent de vivre ma passion tout en découvrant des endroits dans le monde et différentes cultures locales. Une course comme la TransMartinique, c’est tellement dépaysant. Tu cours dans la jungle, dans les champs de bananes, sur la plage du côté des Caraïbes et côté Atlantique. C’est très particulier», se régale-t-il.
L’opinion des autres

Pour se préparer à une rude épreuve d’endurance, Jean-François Cauchon estime qu’il court à raison d’environ 130 km par semaine. Il lui arrive de pousser le compteur jusqu’à 160 km, ce qui va évidemment faire dire à des gens qu’il est cinglé.
«Si tu divises 160 en sept jours, ça fait 23 km par jour, donc une heure le matin et une heure le soir. C’est ma façon d’aller au travail et de revenir, ça s’inscrit dans ma routine de vie», réplique l’ingénieur civil.
De toute façon, il a entendu tous les clichés au fil des ans et n’en fait plus de cas. Les remarques du genre «Même en auto c’est long», il préfère les ranger dans le tiroir des éléments inutiles et continuer son propre chemin, peu importe ce que les autres en pensent.
«Certaines personnes me disent que je suis malade. Pour le commun des mortels, c’est beaucoup, mais je prends les commentaires et je les tasse poliment. Une course, c’est comme un iceberg. Le monde voit juste ce qu’il y a au-dessus, mais en dessous, c’est cinq fois la taille. Personne ne réalise les efforts que je mets là-dedans pour être bien préparé.
«Être en forme de même, ça m’amène la liberté de ne jamais dire non à une aventure et à faire de longues journées dehors sans considérer une sortie comme une obligation», note-t-il.
C’est au point où Jean-François Cauchon se sent maintenant prêt à s’engager dans le mythique Tor des Géants, une épreuve de 330 km avec 25 000 mètres de dénivelé dans la Vallée d’Aoste, en Italie.
Une folle course à étapes au Costa Rica

Même si ce n’était pas forcément sur son radar, Jean-François Cauchon est revenu comblé avec une deuxième place au Coastal Challenge, une course à étapes au Costa Rica.
Le coureur a bouclé les six étapes sur six jours totalisant 242,6 km dans la jungle et sur la côte costaricienne en 26h32min58,35s, étant devancé seulement par l’Américain Cody Lind sur le podium.
Le Québec a été fort bien représenté, car sa compatriote Natacha Gagné a elle aussi terminé deuxième en négociant les 155 km en 19h34min et 51s, derrière l’Espagnole Sara Jarillo Lopez.
Les participants du volet expédition, auquel Cauchon a pris part, devaient franchir des distances qui variaient entre 35,9 et 46 km par étape.
«C’est vraiment une expérience hors du commun, une immersion complète. Tu es logé et nourri parce que le campement suit les coureurs. On dort à l’arrivée de chaque étape en camping, ce qui crée une ambiance vraiment cool parce que tout le monde reste sur le site. Ça permet de rencontrer tout le monde dans une expérience costaricaine à 200%», raconte l’athlète de Québec.
«Je visais le podium. Je voyais avec le peloton de coureurs que j’avais une chance», ajoute-t-il.
Ce dernier a obtenu sa place parce qu’il a terminé parmi les finissants de la TransCharlevoix, une course de 107 km en trois jours, en août dernier.