Race Across America: «Comme deux fois le Tour de France en la moitié du temps»
Sébastien Sasseville a repoussé ses limites lors de la mythique course

Stéphane Cadorette
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Sébastien Sasseville

44 ans – Québec
Conférencier en entreprises
· Race Across America 2022 · Traversée du Canada à la course en 2014 · Ascension de l'Everest en 2008
Pourquoi?
«J’aime ça. Je ne m’impose rien. Je fonce là-dedans parce que c’est le fun. Ce n’est rien d’un fardeau. Tu sais que tu vas ressortir de ces épreuves-là transformé, mais tu ne sais pas comment et tu fais confiance à l’aventure.»
Rien n’arrête Sébastien Sasseville. Ni le diabète de type 1, ni l’Everest, ni le Sahara, ni la traversée du Canada à la course. Même l’épreuve d’ultracyclisme qui est considérée comme la plus difficile au monde n’a pas eu raison de la détermination de l’athlète multifonctionnel de Québec, qui considère que les défis d’endurance les plus démentiels font partie de son équilibre de vie.
«Si tu veux vivre un moment extraordinaire, ça prend un effort extraordinaire. C’est un échange que tu fais», explique avec philosophie l’athlète de 44 ans, qui a vécu à l’été 2022 l’épreuve sportive de sa vie.
Dans le cadre de l’événement Race Across America, Sasseville devait parcourir les États-Unis à vélo de la côte ouest à la côte est, dans un maximum de 12 jours.
On parle ici d’une épopée d’Oceanside, en Californie, jusqu’à Annapolis, au Maryland, sur 4800 km. Logiquement, il est impensable de rouler moins de 20 à 22h par jour pour arriver à bon port dans les délais prescrits.
Bon an mal an, à peu près 50% des participants se voient contraints d’abandonner. Sébastien Sasseville est devenu le deuxième diabétique de type 1 à compléter l’épreuve. Il a mis 11 jours, 22 heures et 25 minutes, ce qui lui a valu le 12e rang.
«C’est une expérience mystique. C’est dur à décrire tout ce que tu vis. Quand le compteur est parti, il n’arrête jamais. Le rythme le plus lent que tu peux adopter, c’est 400 km par jour juste pour faire la coupure. De façon réaliste, il faut viser plus autour de 500-600 km par jour», relate le survivant.
Une équipe qui devient une famille

Race Across America se targue d’être la course cycliste la plus difficile au monde et il est difficile de prétendre le contraire.
«C’est comme deux fois le Tour de France en la moitié du temps», résume parfaitement le natif de Saint-Patrice-de-Beaurivage, dans Lotbinière.
«Au bout de deux ou trois jours, tu ne sais plus ton nom et ta seule job est de pédaler pendant que l’équipe s’occupe du reste. Il y a une énorme logistique derrière cette course», poursuit-il.
En effet, pendant que Sasseville dévorait les kilomètres, toute son équipe s’occupait de subvenir à ses besoins en voyant avec lui pour gérer l’horaire et les déplacements de façon optimale.
«C’est un effort collectif et une réussite collective. Sans équipe, tu ne peux y arriver. Tu passes vite d’une bande d’inconnus à une famille. Ce que je trouve le plus beau dans tout ça, c’est d’accumuler des expériences de vie enrichissantes avec des gens que j’aime», note celui qui a vécu des épreuves d’endurance de toutes sortes avant de connaître ce point culminant.

Plusieurs cordes à son arc
Pendant une dizaine d’années, c’est d’abord au monde de l’alpinisme que Sébastien Sasseville s’est consacré. Le 25 mai 2008, il devenait d’ailleurs le troisième diabétique de type 1 à travers le monde à atteindre le sommet de l’Everest.
Par la suite, il est devenu abonné aux épreuves Ironman et en 2012, l’appel d’une course complètement différente l’a séduit. En octobre, il complétait la course du Sahara en Égypte, une traversée du désert de 250 km en cinq jours en autonomie complète.
Deux ans plus tard, il s’attaquait à la traversée du Canada à la course, de Saint-Jean de Terre-Neuve à Vancouver. Le parcours de 7500 km, soit l’équivalent de 180 marathons, a été complété en neuf mois.
Toutes ces épreuves ont forgé l’individu résilient qu’il est devenu et ont façonné sa fascination pour Race Across America.
«Dans ce genre d’épreuve, tu dois comprendre que tout est cyclique et ne pas abandonner dans une période de noirceur. Tu dois accepter de ralentir et retourner à la base plutôt que de te flageller. Il y a quelque chose de beau là-dedans. Les épreuves d’endurance aident à cheminer.
«Pour moi, c’est un gigantesque véhicule de découverte, d’exploration et d’apprentissage», conclut Sasseville.
Pour lui, le terrain de jeu est constamment varié et sans limites. L’un de ses prochains défis est le Big Wolf’s Backyard Ultra, qui consiste à courir des boucles de 6,6 km chaque heure, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un survivant debout. Vous êtes avertis, ne misez pas contre lui!
Quand une boîte à lettres devient une créature nocturne...

Les longues heures d’efforts soutenus jumelées au manque flagrant de sommeil dans le cadre de l’épreuve Race Across America ont poussé Sébastien Sasseville jusque dans des phases hallucinatoires.
Aujourd’hui, l’athlète émérite peut en rire. Sur le coup, il fallait plutôt apprendre à vivre avec cette drôle de bête qui envahissait soudainement ses pensées.
C’est à compter des jours 5, 6 et 7 de son périple de 12 jours à travers les États-Unis que le subconscient de Sasseville s’est mis à lui jouer des tours.
Plus particulièrement pendant la nuit, quand le corps se mettait à rêver d’un brin de sommeil réparateur et que l’esprit en venait à divaguer.
«On ne parle pas d’une perte de contrôle totale, mais tu vois des choses en avant. Tu es dans les lumières du véhicule de chasse qui te suit. Tu passes à côté de buissons et de boîtes à lettres, puis soudainement à 100 mètres, la boîte à lettres peut devenir une créature», raconte le cycliste en revenant sur ses hallucinations du moment.
En toute conscience
Sasseville affirme qu’il était conscient de se retrouver dans un monde imaginaire, mais qu’il n’y pouvait rien.
«Ce n’était jamais rose, c’était plutôt diabolique et noir, mais quand tu passais à côté, tu voyais bien que ça redevenait une boîte à lettres», rigole-t-il.
«Moi, je prenais conscience que le show partait et je l’accueillais au lieu de me secouer la tête et de refuser ce qui se passait. J’étais capable de me dire que presque personne n’était prêt à aller jusque-là. Il faut réaliser que tu as choisi d’être là et que tu es chanceux d’être là, même quand tu commences à halluciner des choses.»
Proche de l’abandon

Ces épisodes hallucinatoires n’étaient en fait que la pointe de l’iceberg. C’est vraiment au jour 9 que le corps et la tête sont tombés et que Sébastien Sasseville a songé à tout larguer.
«J’ai carrément craqué. J’étais en larmes. Tout le monde faisait son travail de façon admirable et je laissais tomber tout le monde», explique-t-il.
«Tout ce qui me restait comme jeu en termes d’heures, mon équipe m’a fait dormir. On m’a expliqué ce qu’il fallait accomplir dans les 24 prochaines heures et psychologiquement, l’esprit est ensuite revenu. La première heure, je n’avais aucun autre objectif que de m’activer en me bougeant les jambes. Peu à peu, j’ai senti que ça allait passer. Si l’équipe m’avait écouté au jour 9, on n’aurait jamais fini la course.»
Un bon dicton
De cette épreuve et de toutes les autres qu’il a affrontées dans sa vie sportive, Sasseville en a tiré un dicton qui exprime bien sa pensée quand tout semble s’écrouler.
«Ce n’est pas parce que ça va mal que ça ne va pas bien!» lance-t-il.
«C’est important de faire des choses difficiles. Devant une grosse épreuve dans la vie, si tu n’as jamais choisi de faire des choses difficiles, ça se peut que ce soit dur de trouver la résilience», réfléchit-il sagement.