Le Québec pourrait perdre une partie de ses légumes en conserve, voici pourquoi
Les producteurs québécois de légumes transformés étouffent sous la pression de produits importés à bas prix provenant de l’autre bout du monde
Francis Halin et Julien McEvoy
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Haricots et macédoines d’Égypte, maïs thaïlandais, pois polonais... Ottawa demande une enquête sur les importations de légumes surgelés et en conserve.
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Le Tribunal canadien du commerce extérieur (TCEE) a 180 jours pour établir si du dumping de légumes étrangers a bel et bien lieu au pays, comme le soupçonne l’Association canadienne des producteurs et transformateurs de légumes.
À Ottawa, le ministre des Finances François-Philippe Champagne veut « déterminer si l’augmentation des importations de ces produits cause, ou menace de causer, un dommage grave » aux agriculteurs d’ici.
« L’enquête va permettre d’aller au fond des choses. Qu’est-ce qui fait qu’il y a eu une augmentation ? », s’est demandé le ministre Champagne, vendredi, en entrevue avec Le Journal.
Les tarifs imposés depuis un an par l’administration Trump ont bloqué l’accès au marché américain pour des dizaines de pays exportateurs. Leurs surplus de légumes – du Pérou, d’Égypte, de Thaïlande – auraient été détournés au Canada.
« On n’est pas timide à acheter un petit peu plus cher si ça vient d’ici », lance Joël Harbour, 60 ans, croisé vendredi dans l’allée des conserves d’un Metro de la Rive‐Sud de Montréal. La provenance des légumes est sur toutes les lèvres au supermarché.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Mario Dumont, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Partout ?
Ces derniers jours, Le Journal a vu des haricots et des macédoines d’Égypte et du maïs en grain de Thaïlande dans les rayons au Dollarama.


Le détaillant a indiqué au Journal qu’il s’approvisionne là où les prix, les volumes et la demande des clients le dictent. La provenance, elle, suit.
« Cela nous amène à travailler avec des fournisseurs à travers le monde, ainsi qu’au Canada », a répondu une porte-parole, Lyla Radmanovich.
Pour certains légumes en conserve, « il n’y a pas d’alternative d’approvisionnement au Canada », a-t-elle ajouté.
Ailleurs, du maïs de Thaïlande en conserve était aussi en vente chez Provigo, sous la marque privée Sans nom, cette semaine.

Au moment de publier, Loblaw n’avait pas répondu à nos questions.
Chez Metro et Super C, les petits pois et les légumes mélangés congelés de marque Cedar affichaient la Pologne comme provenance.


« Marché perturbé »
Les grandes chaînes sont plus soucieuses de leur réputation et font plus attention à la provenance, selon le spécialiste de l’alimentation, Sylvain Charlebois, mais ce n’est pas le cas des petits marchands et des indépendants, tentés par des rabais.
« Le marché maraîcher est dynamique. Tous les jours, il y a des enchères, des surplus, des acheteurs. Ça crée des conditions favorables au dumping », explique-t-il.
L’enquête d’Ottawa est légitime, dit-il, car il n’est pas logique que le prix des légumes baisse s’ils viennent d’aussi loin.
En début d’année au Québec, des agriculteurs avaient dit craindre de perdre des surfaces de production en raison de perturbations liées aux tarifs douaniers.
« On aura un pâté chinois en partie thaïlandais cette année », avait lancé Pascal Forest, des Producteurs de fruits et légumes de transformation (PLTQ).
Invité à réagir à l’enquête du TCEE, il a toutefois refusé de commenter.
Le secteur n’est pas marginal. Au Québec, 200 entreprises agricoles cultivent pois, haricots, maïs sucré et concombres, surtout en Montérégie. Ces producteurs récoltent chaque année des tonnes de légumes destinés à la transformation – surgelés, en conserve ou marinés – pour 27 millions $ de ventes à la ferme.

Le géant québécois Nortera (ex‐Bonduelle) ne se mouille pas non plus.
La Caisse, qui est actionnaire de Nortera avec Fonds de solidarité FTQ, dit qu’elle sera attentive « aux conclusions de l’enquête ».
À la mi-octobre, Nortera a annoncé la fermeture de son usine de Saint-Césaire pour consacrer 28 M$ à son autre usine de Saint-Denis-sur-Richelieu.