Le miraculé du marathon: Pierre-Luc Cartier prendra le départ à Québec après quatre opérations à cœur ouvert


Stéphane Cadorette
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La dernière chose qui est attendue de quelqu’un qui a subi quatre opérations à cœur ouvert, dont trois en 10 jours qui l’ont laissé entre la vie et la mort, c’est qu’il prenne part à une éreintante épreuve d’endurance. Preuve que la vie sème parfois sur son passage quelques petits miracles, c’est bien ce qui est prévu dimanche à l’agenda de Pierre-Luc Cartier, lui qui participera au Marathon Beneva de Québec.
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Le coureur de 36 ans n’en sera pas à sa première compétition de 42,2 km. Déjà, il revendique à son actif quelques grands défis en sentiers comme le 65 km de l’Ultratrail Harricana et le 80 km du Québec Méga Trail.
L’an passé, à Québec, il complétait aussi un premier marathon. Comme quoi le cœur de Pierre-Luc Cartier, extrêmement fragile à une époque pas si lointaine, ne cesse aujourd’hui de le propulser.
«Se relever d’une expérience comme j’ai vécue, c’est de revenir avec un feu qui brûle en moi et qui m’envahit. La course à pied, je me retrouve là-dedans, même si c’est l’accomplissement de rien au sens où au fil d’arrivée, tu n’as jamais de Coupe Stanley. Si j’ai pu traverser ce que la vie m’a donné en termes de maladie, je dois me pousser maintenant que j’ai la santé», s’exprime le survivant, attablé dans un café de Charlesbourg.
Une série d’opérations
La vie n’a pas toujours été rose pour Pierre-Luc Cartier. Dès sa naissance, ses parents remarquaient qu’il s’étouffait en essayant de boire et qu’il ne prenait pas de poids.
Les médecins lui ont d’abord diagnostiqué une circulation interventriculaire (CIV). Pour résumer à sa plus simple expression, il s’agit de trous entre les ventricules qui font forcer le cœur.
À 6 ans, il subissait une première opération à cœur ouvert, lors de laquelle les médecins découvraient une valve défectueuse au niveau de l’aorte.
Les années suivantes se sont déroulées sans embûche majeure, jusqu’à ce que lors d’un rendez-vous de suivi à 25 ans, en 2013, la valve touchée montre des signes importants de détérioration.
Il a vite fallu l’opérer de nouveau à cœur ouvert et des complications ont nécessité deux autres interventions hyper complexes.
«Après la deuxième opération, j’étais entre la vie et la mort. Mon cœur a été arrêté pendant 2h30 de temps, alors que normalement, on essaie de viser pas plus de 20 minutes d’arrêt. Mes chiffres explosent toutes les moyennes. Mon cœur se déchirait», raconte-t-il.
Une période de découragement
Pendant un coma d’une semaine, il a été opéré une troisième fois en 10 jours, se réveillant finalement dans un piètre état, pouvant à peine manger et parler.
«J’ai passé deux semaines aux soins intensifs. Tout le monde m’appelait le miraculé. Mes reins et mon foie ont lâché. Je n’ai pas pu retourner chez moi avant le mois d’août. J’étais devenu squelettique, la peau sur les os, sans la moindre masse musculaire», se remémore-t-il péniblement.
Il aura fallu quatre longues années pour que le jeune homme s’en remette et l’instinct de baisser les bras devenait parfois plus fort que lui.
«Je me retrouvais en terrain inconnu. Je grimpais cinq marches et je ne reprenais pas mon souffle. Je me souviendrai toujours que j’avais dit à mon père qu’on aurait dû me laisser mourir sur la table d’opération», confie-t-il en ajoutant qu’il lui arrivait même à cette époque d’être saisi de crises de panique.
Enfin, la lumière!

Peu à peu, son cœur a pris du mieux. C’est une rencontre en 2017 avec son chirurgien qui l’a véritablement remis sur pied.
«Il m’a rassuré en disant que mon cœur fonctionnait comme un cœur normal d’un gars de mon âge. Il m’a dit: «Je ne t’ai pas opéré pour rien, profite de ta vie!». Ce chirurgien-là a tout donné pour que j’aie un cœur et j’ai eu le déclic», lance-t-il, sept ans plus tard, pétant de santé.
Durant cette même année de 2017, son frère a couru le Marathon de Toronto. L’exploit a semé une graine dans l’esprit du miraculé, mais un menu détail manquait pour imiter le frangin.
«Je me suis dit que si je pouvais courir un marathon avec le cœur que j’ai, ça pourrait inspirer les gens... mais le problème, c’est que je ne courais même pas à l’époque!», rigole-t-il.
Toujours suivi
Avec sa conjointe, tombée enceinte en 2019 de leur garçon aujourd’hui âgé de 4 ans, Cartier s’est mis à courir tel Forrest Gump. Rien ne l’arrête depuis.
«Je suis suivi de très près et je ne me lance jamais dans un grand défi sportif sans parler à ma cardiologue. À toutes fins pratiques, mon cœur fonctionne de manière normale. J’ai appris à faire confiance à l’équipe médicale qui me suit», dit-il, éternellement reconnaissant.
«Je réalise ce que je fais, mais je ne veux pas me faire lancer de fleurs. Ce que j’espère, c’est que les gens qui sont malades vont prendre cette histoire en exemple pour comprendre que la vie reprend après la maladie. Quand j’ai mal dans une course, je pense aux gens qui souffrent à l’hôpital. C’est le message que j’essaie de véhiculer. Tu dois continuer de courir.»