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«Le plus dur, c’est les 41 derniers kilomètres!»: elle s’attaque à son premier marathon... à 89 ans

Coquette à ses heures, Claude Painchaud apprécie le moment où elle se coupe du monde en enfilant ses espadrilles pour aller s'entraîner en vue du Marathon de Québec.
Coquette à ses heures, Claude Painchaud apprécie le moment où elle se coupe du monde en enfilant ses espadrilles pour aller s'entraîner en vue du Marathon de Québec. Photo Stevens LeBlanc
Photo portrait de Stéphane Cadorette

Stéphane Cadorette

2024-10-02T23:00:00Z

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Vous ne connaissez sans doute pas Claude Painchaud et il faut vite que ça change. Après avoir passé une heure à discuter avec elle, il est facile de se convaincre de deux choses. Rien ni personne ne l’empêchera de s’attaquer à son premier marathon à 89 ans et si Superwoman existe, c’est dans cette menue demoiselle qu’elle s’incarne.

Dimanche matin, le départ du 25e Marathon Beneva de Québec sera donné et parmi les milliers de coureurs, cette rayonnante brindille printanière au franc-parler désarmant fera partie des plus belles histoires.

Au moment de notre rencontre plus tôt cette semaine dans le quartier de Sillery, on comprend vite qu’on a affaire avec une dame de caractère qui ne mâche pas ses mots, lorsqu’elle nous rejoint au pas de course.

«Bonjour, c’est toi Stéphane? Moi, c’est la vieille!», lance-t-elle avec le sourire espiègle d’une jeune adolescente, avant de demander à notre photographe Stevens Leblanc s’il maîtrise bien le logiciel de retouche d’image Photoshop.

«Ça va être la seule façon d’arranger cette face-là», ajoute celle qui nous reçoit chez elle, coquette et tirée à quatre épingles, après une sortie de 14 km plus tôt en matinée.

Ce n’est que le début d’un entretien aussi inspirant qu’hilarant.

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Préparée à sa manière

En discutant avec Mme Painchaud, on réalise que contrairement à certains qui continuent de courir à un âge vénérable, elle est plutôt une néophyte qui apprivoise la course à pied.

Il y a 10 ans, elle prenait part à une première course de 5 km sans préparation, avec ses petits souliers de jardinage. Deux ans plus tard, elle en remettait au demi-marathon à Ottawa, à 81 ans.

La voilà prête pour l’épreuve reine de 42,2 km dans le dénivelé peu commode des rues de Québec. Enfin, prête à sa façon bien à elle, selon ce que nous raconte cette boule d’énergie.

«Je n’ai aucun équipement. J’ai deux plans de course, je les regarde, mais je ne suis pas capable de me fier à ça. Ce n’est pas dans ma nature de suivre des consignes. Mon plan, c’est du gros n’importe quoi, fait n’importe comment», lance celle qui déborde de caractère.

Les programmes d’entraînement de marathon impliquent typiquement une longue sortie hebdomadaire et des courses à intervalles, pour ceux qui tiennent à progresser.

Mme Painchaud a poussé l’audace jusqu’à une sortie de 42 km à la mi-juillet. Un labeur de 5h44 minutes.

«Le plus difficile, c’est les 41 derniers kilomètres!», clame-t-elle pendant qu’on s’étouffe de rire.

Et les fameux intervalles, dans toute cette méthodique préparation?

«J’ai attendu huit ans entre mon demi-marathon et mon marathon. C’est ça, ma notion d’intervalles», fait-elle valoir.

Pourquoi un marathon?
Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Bien des gens sont probablement en train de lire en se grattant la tête à se demander: mais pourquoi donc se lancer dans un premier marathon à 89 ans sans véritable expérience?

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Sous ses airs désinvoltes, Mme Painchaud sait fort bien ce qu’elle fait. Ancienne médecin en pédopsychiatrie jusqu’à sa retraite à 65 ans, en plus d’enseigner à l’université, elle n’en est pas à son premier grand défi.

«On peut dire que je n’ai jamais couru avant, mais dans le fond, j’ai été toute ma vie à la course», plaide-t-elle.

De là, d’ailleurs, son désir éternel de dépassement.

«Ce n’est pas tant le plaisir que je ressens à courir, mais je retire beaucoup de satisfaction à l’idée de faire des efforts, d’aller au bout d’un projet et d’être encore en vie même si je suis bientôt périmée», sourit celle à l’esprit toujours rebelle.

Pas de danger

Et dans tout ça, les dangers sur le plan physique pour une dame au cœur d’une neuvième décennie bien avancée?

Claude Painchaud s’en moque, sachant qu’elle n’entend pas se défoncer. Elle ne souhaite que terminer avant la limite de six heures qui est imposée, ce qui constitue déjà un exploit en soi. Et encore là, ne lui parlez pas de limite de temps.

«Après les six heures, il arrive quoi? La police ramasse les restants? Ils nous enchaînent?», questionne-t-elle, amusée.

«Et puis, pourquoi ce serait dangereux? Un vieux char qui a beaucoup, beaucoup de millage, tu dois bien voir s’il a encore une bonne ride en lui avant de l’amener à la scrap

Une inspiration? Pas vraiment!

Quand on lui demande si elle est consciente que son histoire pourrait inspirer bien des gens à enfiler les espadrilles pour dévorer des kilomètres, Mme Painchaud reste honnête et tranchante.

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«Penses-tu que Gertrude, de Saint-Éloigné-du-Centre, avec son derrière enfoncé dans le divan, va se mettre à courir parce qu’elle m’a vue? Ça paraît bien de dire qu’on inspire les gens, mais Gertrude va rester devant sa télé à écouter ses niaiseries», balance-t-elle.

Au bout du compte, Mme Painchaud assure que c’est dans le simple but de repousser ses limites à elle, pas celles des autres, qu’elle se lance un défi aussi immense.

Pour tout dire, à force de lui tirer les vers du nez, elle finit par nous confier ses réelles ambitions.

«Je veux devenir la porte-parole des piles Energizer, c’est mon but! Avec des oreilles de lapin roses, je serais pas mal cute», conclut-elle avec son sens de l’humour décapant.

On vous le dit tout de suite, ne vous mettez pas en travers de son chemin. Comme le fameux lapin, elle va continuer et continuer et continuer.

La grande fierté de la famille

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Même si elle assure qu’elle ne court pas pour impressionner les gens, Claude Painchaud se réjouit à l’idée que ses proches peuvent trouver en elle une source d’inspiration.

Mère de trois enfants et grand-mère de six petits-enfants, on devine en elle une grande fierté et une sensibilité évidente lorsqu’elle songe à l’exemple unique qu’elle donne en prenant part à un marathon à 89 ans.

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Inspirer n’importe qui, elle n’y croit pas, mais sa famille qui lui tient à cœur, ça oui.

«Je veux leur montrer qu’ils peuvent rêver. Faire des efforts dans la vie, c’est satisfaisant, c’est normal et c’est souhaitable. Il ne faut jamais démissionner. Tu dois faire quelque chose de toi tant que tu es vivant. Tu ne peux pas attendre à regarder pousser le gazon», explique-t-elle.

«Mon fils fait plein de compétitions. Mon petit-fils fait des marathons. On dirait que tout le monde en fait maintenant. Penses-tu vraiment qu’ils vont me laisser en arrière à avoir l’air d’une niaiseuse?», ajoute-t-elle dans le même souffle.

Une belle-fille pas loin derrière

D’ailleurs, c’est en famille que le grand événement sera vécu, dans une certaine mesure. C’est avec la conjointe de son fils, Gisèle Lajoie, elle-même une triathlète, que Mme Painchaud complétera les 42,2 km.

Quoique, avec est un bien grand mot dans ce cas-ci.

«Pour moi, c’est tellement exceptionnel ce qu’elle va accomplir», dit Gisèle Lajoie au sujet de sa belle-mère.

«Au départ, j’ai bien vu qu’elle n’aimait pas l’idée qu’on fasse le marathon ensemble et je comprends que je ne dois pas être dans sa bulle. Je serai devant ou derrière elle parce que je veux la voir aller, mais je ne serai pas à côté d’elle», promet-elle.

Voilà un compromis que Mme Painchaud a finalement accepté.

«C’est le genre de mon fils d’envoyer sa blonde pour surveiller que sa maman est bien correcte», bougonne gentiment la coureuse émérite, le sourire en coin.

Question d’être en pleine forme pour le marathon, Mme Painchaud a couru 60 à 75 km par semaine. Elle assure que son corps ne lui envoie aucun signal de détresse. Pas l’ombre d’un bobo ne l’habite.

«Je ne prends pas une pilule, même pas une Aspirin. Dans ma tête, je vais être éternelle et je le crois presque», sourit-elle.

Sa belle-fille, lors d’un entretien préalable, ne pouvait faire autrement qu’acquiescer.

«Si seulement on pouvait tous vieillir comme elle... C’est une femme extraordinaire.»

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