Le lancer destructeur de Connor Bedard serait déjà du calibre de la LNH


Kevin Dubé
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Tous ceux qui ont épié Connor Bedard pourront le confirmer: il n’a que 17 ans mais, déjà, il possède un tir à en rendre jaloux certains joueurs de la LNH.
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Certains recruteurs avancent même que, s’il évoluait au sein du circuit Bettman, son lancer aurait de quoi rendre fous certains des meilleurs gardiens au monde.
Cette arme, toutefois, n’a rien d’un don du ciel.
«C’est un jeune qui travaille vraiment fort et qui est dédié à ce qu’il fait. Ç’a toujours été quelque chose de naturel chez lui. Je ne peux même pas compter le nombre de soirées qu’il a passées, seul avec ses patins à roues alignées, avec une lampe frontale, à lancer des rondelles. Il prenait des tirs sans arrêt, tous les jours», raconte son père, Thomas.
Histoire plutôt classique d’ailleurs: après quelques fenêtres de la maison brisées, les Bedard ont décidé de déplacer l’aire d’entraînement du garçon à l’arrière. Un voisin a même aidé à y construire une sorte de cage de pratique en bois sur laquelle il pouvait s’exercer sans risque.
Étudier Auston Matthews
À force de pratique, la technique de Bedard a donc été à point très tôt. C’est toutefois lorsque la puberté est arrivée et qu’il a pris de la force physique qu’il a réellement compris qu’il avait dans son coffre un outil qui pourrait faire des dégâts.
«À partir des rangs bantam, j’ai commencé à étudier les joueurs de la LNH, à regarder leur technique de lancer. J’essayais ensuite de recréer certaines variétés à l’entraînement», raconte Bedard, qui, à la surprise d’à peu près personne, a beaucoup étudié des vidéos d’Auston Matthews, des Maple Leafs de Toronto, afin de parfaire sa technique.
10 heures par jour
Ce lancer dévastateur n’a assurément pas nui à Bedard en 2018-2019, lorsqu’il espérait obtenir le statut de joueur exceptionnel dans la Ligue junior de l’Ouest.
« À l’âge de 14 ans, son maniement de rondelle et son coup de patin faisaient déjà partie de l’élite. Mais à cet âge, il y avait une chose qui le séparait du reste : les gardiens étaient incapables d’arrêter son lancer. Lorsqu’il a obtenu son statut de joueur exceptionnel, j’avais dit dans les médias et je le pense encore : “il avait déjà un tir de la LNH” », ajoute son entraîneur avec le programme des moins de 18 ans des Warriors de West Van, Ryan Marr.
«Quand tu vois son tir, tu comprends que ce n’est pas quelque chose qu’il a obtenu du jour au lendemain, estime son coéquipier avec les Pats de Regina Alexander Suzdalev. Il lance des rondelles toute la journée. Même en Suède [durant la pandémie de COVID-19], on avait un espace pour pratiquer nos tirs et il devait y passer 10 heures par jour.»
Un changement
Ce qui rend le lancer de Bedard si dangereux, ce n’est pas simplement sa puissance. Sa capacité à ramener la rondelle, de l’extérieur vers son patin droit, pour ensuite utiliser l’effet levier de son bâton, le tout en mouvement, est une technique qui n’est non seulement pas donnée à tous, mais qu’il maîtrise à merveille.
La preuve : lors de la reprise du Mondial junior en août, plusieurs joueurs ont mentionné en entrevue tenter de reproduire la « technique Bedard ». C’est encore le cas de l’attaquant des Remparts Nathan Gaucher, quelques mois plus tard.
«Des fois, on avait l’impression que le jeu menait nulle part et tout d’un coup il sortait un lancer que personne n’avait vu venir. Sa façon de dégainer est unique. Je le pratique depuis que je l’ai vu cet été. Il a amené quelque chose de nouveau et il y a un changement dans la façon dont les joueurs veulent lancer la rondelle. J’en parle avec certains gardiens et c’est une dégaine qui est très difficile à juger.»
Son tir sous la loupe
Connor Bedard scores goals like THIS.@WHLPats | #NHLDraft pic.twitter.com/vrNoxUOXc0
— The WHL (@TheWHL) December 1, 2022
1) Bedard arrive devant le défenseur et débute sa motion, plaçant la rondelle le plus loin possible de son corps.
2) Il ramène la rondelle rapidement vers son patin droit et ne laisse aucune indication d’où s’en va son tir.
3) Bedard utilise le momentum créé par sa manœuvre précédente et la flexion de son bâton (un 70 flex) pour créer l’effet de catapulte.
4) Il décoche la rondelle avec force. Le gardien n’a aucune chance et il est battu dans la partie supérieure, du côté du bouclier.
Un marqueur redoutable
2018-2019 (13 ans)
- 64 buts en 30 matchs avec l'Académie West Van Bantam Prep
2019-2020 (14 ans)
- 43 buts en 36 matchs avec l'Académie West Van M18
2020-2021 (15 ans)
- 12 buts en 15 matchs avec les Pats de Regina (WHL)
2020-2021(15 ans)
- 7 buts en 7 matchs avec Équipe Canada M18
2021-2022 (16 ans)
- 51 buts en 62 matchs avec les Pats de Regina (WHL)
2021-2022 (16 ans)
- 6 buts en 4 matchs avec Équipe Canada M18
2021-2022 (16 ans)
- 4 buts en 7 matchs avec Équipe Canada M20
2022-2023 (17 ans)
- 24 buts en 26 matchs avec les Pats de Regina (WHL)
Quatre anecdotes marquantes
Le Journal a contacté une dizaine d’intervenants dans le cadre de ce reportage afin de mieux connaître Connor Bedard, le joueur de hockey, mais aussi l’être humain. Si certaines anecdotes ont eu la cote et se sont retrouvées dans l’un ou l’autre des différents reportages que vous avez pu lire au cours des derniers jours, d’autres n’ont pas eu cette chance. On vous en présente quatre qui méritent quand même d’être racontées.
Un but... et il ne joue plus!

Lors de la saison 2019-2020, Connor Bedard était un joueur marqué. Même s’il était interdit pour les Warriors de West Van Academy de confirmer que le jeune avait fait la demande de statut de joueur exceptionnel, la nouvelle circulait abondamment. Au cours de la saison, l’équipe décide de participer à un tournoi de type Showcase dans la région de Boston.
«Avant notre premier match, il y avait une drôle d’atmosphère. J’avais un drôle de pressentiment. Tout le monde nous suivait et les parents commençaient à se poser des questions. J’étais inconfortable et j’avais un drôle de pressentiment.»
Durant ce match, Bedard marque un but de toute beauté, qui fait encore partie des nombreux montages des plus beaux jeux de sa carrière qu’on peut retrouver sur YouTube.
«Durant ce match, il était constamment marqué. Les joueurs adverses ne faisaient que tenter de l’arrêter. Puis il a marqué ce but lors duquel il a fait mal paraître les six joueurs adverses sur la patinoire. Ensuite, j’ai pris la décision de le laisser sur le banc pour le reste du match. J’avais l’impression que ça allait dégénérer et j’avais peur pour sa santé. Sur le coup, il n’était pas content, mais il l’a apprécié par la suite.»
Un numéro unique

Connor Bedard avait six ans lorsqu’il a décidé, probablement inconsciemment, qu’il serait un joueur de hockey unique.
«J’avais remarqué que personne n’avait le numéro 98 dans la LNH, et j’aimais beaucoup les nombres élevés. Je voulais avoir mon propre numéro et, 11 ans plus tard, ça me suit toujours.»
Vérification faite, à ce moment, aucun joueur actif dans la LNH ne portait ce numéro, qui n’avait en fait été porté qu’à une seule reprise dans l’histoire du circuit par Brian Lawton. Depuis, le défenseur du Lightning de Tampa Bay, Mikhail Sergachev, et l’ailier des Oilers d’Edmonton, Jesse Puljujarvi, ont choisi ce numéro, tout comme Victor Mete avec les Maple Leafs de Toronto et Maxim Mamin avec les Panthers de la Floride.
Avec les pros à 12 ans

Qu’un jeune espoir s’entraîne l’été avec des joueurs professionnels n’a rien d’anormal, sauf quand ce jeune espoir est âgé de 12 ans. Sur la recommandation de son entraîneur estival, Jon Calvano, Bedard a joint un groupe de joueurs professionnels alors qu’il n’était encore qu’à l’école primaire, pour une séance d’entraînement estival en compagnie de vedettes de la LNH comme Mathew Barzal et Ryan Nugent-Hopkins.
«Ils m’ont invité une fois et je ne suis pas certain qu’ils étaient très contents de voir un jeune comme moi avec eux, rigole Bedard en entretien au Journal. Mais c’était un excellent défi pour moi.»
«Quand on a su l’âge qu’il avait, on était sous le choc, a quant à lui raconté Nugent-Hopkins à Sportsnet en 2020. Tout ce qu’il faisait était en avance sur son âge.»
Depuis ce premier essai à 12 ans, Bedard n’a jamais arrêté de s’entraîner avec ces joueurs professionnels durant l’été.
«C’est vraiment un bon indicateur d’où j’en suis rendu dans mon développement, ajoute l’attaquant de 17 ans. Chaque été, ça me permet de voir si je me suis rapproché d’eux.»
Non seulement s’est-il rapproché d’eux, mais il n’est vraisemblablement qu’à quelques mois de partager la même patinoire.
Le prodige cloué au banc

Partout où il est passé, Connor Bedard a été la pièce maîtresse de son équipe. Pour l’une des premières fois de sa vie, il s’est fait clouer au banc, lors de la dernière reprise du Championnat mondial de hockey junior en août dernier. Dans un match de ronde préliminaire contre la Finlande, l’entraîneur-chef, Dave Cameron, avait laissé Bedard se geler les pieds lors des deux dernières périodes de jeu, ne l’utilisant que pendant 3 min 58 s. Si vous pensez que le personnel de Hockey Canada a eu droit à une crisette d’enfant-roi par la suite, vous avez tout faux, assure Louis Robitaille, entraîneur-adjoint avec la sélection canadienne lors du dernier Mondial junior.
«Est-ce qu’il comprenait? Il y avait sûrement un peu de frustration parce qu’il en voulait plus. Mais on n’a jamais senti que c’était devenu une distraction. Ce n’est pas ce genre de joueur là. Lui, c’est business. Il voulait savoir ce qu’il faisait de bien et ce qu’il devait faire mieux.
«Il était aussi très proche de Mason McTavish qui agissait un peu comme son grand frère. Ils communiquaient beaucoup. On oublie aussi que c’est un tournoi de joueurs de 18 ou 19 ans et que lui n’avait que 16 ans.»
Bedard avait par la suite repris son rôle régulier avec l’équipe, en route vers la conquête de la médaille d’or.