Laurent Paquin travaillera avec ce célèbre metteur en scène
La pièce «Tout sur le sexe» sera présentée du 10 juillet au 29 août. Infos et billets: monarqueproductions.com.
Patrick Delisle-Crevier
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L’humoriste montera bientôt sur les planches pour donner vie à une pièce de théâtre qu’il a coécrite et qui sera mise en scène par Serge Denoncourt. C’est le prétexte idéal pour l’inviter dans notre fauteuil coloré et jaser de ce nouveau projet, mais aussi de sa carrière, de sa vie personnelle, du genre de père qu’il a été avec ses deux enfants, de sa relation avec ses parents, de son rapport à l’argent et de bien d’autres choses.
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Laurent, qu’est-ce qui t’occupe ces jours-ci ?
Je répète beaucoup pour le spectacle Tout sur le sexe. Nous avons commencé le travail plus sérieusement, notamment les mises en place, avec Serge Denoncourt, qui signe la mise en scène. C’est intensif parce que Serge a un horaire chargé ; quand il est libre, nous le prenons au maximum et nous répétons des journées complètes. C’est un horaire d’humain normal, mais pour un gars comme moi, qui est habitué à ne pas travailler beaucoup, c’est épuisant ! (rires)
Que peut-on dire de cette pièce ?
C’est une comédie à sketchs sur le thème du sexe que j’ai écrite avec Simon Boudreault. Chaque sketch aborde un aspect du sexe. On parle de sadomasochisme, de pornographie, d’infections transmises sexuellement, de coming-out, de consentement et de bien d’autres choses, le tout avec un angle un peu absurde et burlesque. On est à mi-chemin entre le théâtre de variétés et les Monty Python. Simon Boudreault et Brigitte Lafleur sont avec moi sur scène. Le rythme est rapide, on tente d’être le plus punché possible. Notre but avec ce spectacle, c’est que les gens sortent de la salle en se disant qu’ils n’ont jamais rien vu de semblable.
Comment se passe le travail avec Serge Denoncourt ?
J’adore ça ! Ce gars-là a un sens du comique très aiguisé et comme on joue tous plusieurs personnages, on voulait quelqu’un qui pouvait bien diriger les acteurs. Il a un sens du comique qui est excellent et j’aime jouer sous sa direction. Nous sommes entre bonnes mains et il nous fait travailler fort.
Tu es sorti de l’École nationale de l’humour il y a 30 ans. Pensais-tu travailler autant en tant que comédien ?
Ce n’était pas dans mes plans, mais c’était dans mes rêves et dans mes idées les plus folles. Quand j’ai choisi de faire de l’humour, j’étais au cégep et je faisais aussi du théâtre. À un moment donné, j’ai pensé que je devais choisir, et je suis allé vers l’humour parce que j’avais l’impression d’être plus humoriste que comédien. Finalement, la vie a fait en sorte que l’humour m’a ramené tranquillement vers le jeu. Mes premiers rôles à la télévision me sont arrivés parce que des gens m’avaient vu faire de l’improvisation à Télé-Québec. C’est comme ça que j’ai eu mon rôle dans Histoires de filles. Ensuite, les gens ont vu que j’étais capable de jouer et les comédies musicales sont arrivées. Depuis, presque chaque année, j’ai une offre pour jouer au théâtre. J’ai souvent dû décliner des offres à cause de mes horaires chargés en été. Heureusement, j’ai pu dire oui pour Le dîner de cons et c’est une expérience fantastique qui se poursuit encore et encore. Je m’attendais à ce que ça marche, mais pas à ce point-là ! On approche les 200 000 billets vendus.
Tu fais ce métier depuis 30 ans. Est-ce que ça se passe comme tu le souhaitais ?
Ça se passe vraiment mieux que ce que je croyais. Quand j’étais petit, je rêvais d’être le prochain Yvon Deschamps, mais je n’y croyais pas. Je me disais de façon plus lucide que si je pouvais juste gagner ma vie avec l’humour, ce serait déjà beaucoup. Bon, je ne suis pas devenu le nouveau Yvon Deschamps. Mais j’avais des ambitions et des attentes, et je suis heureux parce que j’ai une belle carrière. J’ai l’impression que le jour où je vais arrêter, j’aurai laissé une certaine trace. 30 ans plus tard, le public est encore là et ça me touche. C’est une belle réussite pour moi.
Tu voulais être humoriste, mais tu as d’abord été journaliste. Pourquoi ?
Je n’ai pas été longtemps journaliste, mais je me suis tourné vers ça parce que je ne savais pas comment devenir humoriste. Il y a 30 ans, ce n’était pas si évident de savoir quel chemin prendre pour faire ce métier. Je voyais ça comme inaccessible... Un jour, après avoir fait les auditions de Juste pour rire sans gagner, j’ai croisé une ancienne étudiante de l’École nationale de l’humour qui m’a conseillé de tenter ma chance. J’ai passé une audition et ça a fonctionné.
Tes parents voulaient-ils que tu deviennes humoriste ?
Pas tant, non. Mes parents voulaient que je pratique un métier sérieux comme médecin, avocat, dentiste ou journaliste, et que j’aie un parcours d’étudiant idéal et un métier noble. Mon père est mort avant que je fasse le saut en humour. Sans son décès, je n’aurais probablement pas eu le courage de me lancer. J’aurais eu trop peur de le décevoir. Mais après sa mort, je me suis dit que j’avais désormais la liberté de faire ce que je voulais. Je ne suis pas vraiment croyant, mais je me dis que si mon père est en haut quelque part et qu’il regarde, il est tout de même fier de moi.
Ç’a tout de même été difficile au début, n’est-ce pas ?
Oui. J’ai été vraiment pauvre, à vivre de l’aide sociale pendant presque un an et à manger des pâtes au ketchup. Je ne voulais pas travailler dans autre chose parce que je souhaitais me consacrer pleinement à l’humour. Ç’a été un bout rough à passer. À un moment donné, j’ai trouvé un boulot de comique de service dans une émission matinale à la radio, ce qui m’a permis d’avoir un salaire fixe et de gagner ma vie avec l’humour. Mais avant ça, la première année, j’ai déclaré 13 000 $ sur mon rapport d’impôt.
Es-tu inquiet face au métier ?
Oui, toujours un peu. Mais je suis chanceux, car contrairement au métier de comédien, je ne suis pas forcé d’attendre après quelqu’un d’autre pour travailler. Si je ne suis pas choisi, je peux décider de faire un nouveau spectacle et de partir en tournée. C’est moi qui décide et je suis chanceux pour ça. Mais je dois encore prouver que je suis là pour une raison. Je crains toujours de perdre ma place dans le cœur du public, mais mes affaires continuent de bien aller.

Tu viens de terminer la tournée de ton cinquième spectacle, qui avait pour titre Crocodile distrait. Quel bilan en fais-tu ?
J’ai adoré faire cette tournée-là. À l’âge que j’ai, je ne pouvais pas demander mieux ! Ce n’est pas juste une question d’âge, mais c’était mon cinquième spectacle et je voulais continuer d’être pertinent. J’ai encore reçu mon billet platine pour 100 000 billets vendus. Pour moi, c’est énorme, car il y a maintenant tellement d’offres en matière de spectacles d’humour... J’ai conclu cette tournée-là content, en me rappelant que j’avais encore des choses à dire. Mais je ne suis pas nostalgique, la tournée est terminée et je passe vite à autre chose. J’anime mon 23e gala Juste pour rire cet été et je suis dans l’écriture de mon prochain spectacle. Je vais roder quelques numéros très bientôt.
As-tu une idée de quoi aura l’air ton sixième spectacle ?
Pas encore, mais je dirais que plus j’avance en âge, plus j’enlève les filtres. C’est surtout ça. Avec la société actuelle et la politique, il y a de la matière en masse ! Plus je vieillis, plus je suis bien avec moi-même et dans la vie et plus je me permets d’être en maudit sur scène. Je suis fâché, oui, mais en même temps, les gens voient bien que je m’amuse.
Es-tu chialeux dans la vraie vie ?
Oui, assez. Sur scène, on est un peu qui l’on est dans la vie, mais grossi à la loupe. Notre personnage de scène est souvent une exagération de celui qu’on est dans la vie.
Qu’est-ce qui te fâche dans la vraie vie ?
Je pense que tout ce qui concerne Donald Trump me fâche en ce moment. Je trouve tellement qu’il y a de la mauvaise foi dans les décisions que prend cet homme ! Ça me sidère de voir l’ineptie des gens qui l’entourent et de sa base électorale. Mais dans la vie, je ne me fâche pas facilement. Je suis sanguin, je me révolte et je m’emporte rapidement devant la bêtise, l’injustice et la mauvaise foi, mais je suis un doux, un gentil.
Dans l’œil de plusieurs, les humoristes roulent sur l’or et sont tous millionnaires. Est-ce ton cas ?
C’est de l’ignorance. C’est un peu comme de voir un comédien dans une série à la télévision : les gens pensent qu’il est riche, mais souvent, il ne tourne que 22 jours dans son année avec ce projet-là. Ce n’est pas que ce n’est pas payant, mais ça équivaut au salaire moyen d’un gars qui travaille 40 heures par semaine. Je ne suis pas millionnaire et je dois dire que je ne suis pas quelqu’un de très économe.
Es-tu un grand dépensier ?
Oui, je suis quelqu’un de très dépensier. (soupir) Pas nécessairement pour de grosses affaires, mais pour plein de petites choses. Par exemple, je suis en répétition toute la semaine, alors je ne cuisinerai pas et je vais plutôt me commander de la nourriture du resto. Je ne suis pas quelqu’un d’économe, je serais probablement plus riche si je l’étais. J’aime acheter plein de gadgets que je n’utilise pas. Par exemple, si j’oublie mon ukulélé pour aller faire un spectacle, je vais m’arrêter en chemin pour m’en acheter un autre. Si j’en vois un encore plus beau, je vais l’acheter aussi et me retrouver avec plusieurs ukulélés qui ne me serviront pas. J’ai toujours été dépensier, si j’avais 100 $ à la banque, je dépensais 100 $. Je gagne très bien ma vie avec l’humour, mais les humoristes millionnaires sont une minorité.
Es-tu rassasié professionnellement ?
Oui, je le suis. En même temps, je ne suis pas tanné de faire ce métier et j’ai encore envie d’en prendre. Je suis rassasié dans le sens où je suis heureux de ce que j’ai et de ce que j’ai accompli. J’ai aussi réussi à faire le deuil de certaines affaires qui ne m’arriveront jamais. Par exemple, je rêve d’animer mon talk-show, mais je sais qu’à 54 ans, ça ne risque pas d’arriver, pas plus qu’une sitcom avec moi comme personnage principal. On a fait des présentations de projets et ça n’a pas fonctionné. Même chose pour une carrière au cinéma.
Tu as désormais une salle de spectacles qui porte ton nom à Acton Vale. Ce n’est pas banal...
Effectivement, ce n’est pas banal et je me souviens qu’au début, quand mon gérant m’a appelé pour m’annoncer ça, je pensais que c’était une blague. Je n’y croyais pas du tout ! Mais finalement, il y a bien une salle qui porte mon nom : celle de l’auditorium de la polyvalente Robert-Ouimet, dans ma région, à Acton Vale. Je suis allé à cette école durant mon secondaire. Ça me touche de laisser ma trace quelque part. Mon père en serait sûrement fier, ma mère aussi.
Es-tu satisfait de ta vie personnelle ?
Oui. En même temps, je pense souvent à ça ces jours-ci et je me dis qu’admettons qu’il me reste 20 ans à vivre, j’ai envie d’en profiter pleinement et je ne veux pas me faire chier avec des choses qui ne me tentent pas. Je veux passer le plus de temps possible avec mes enfants et ma conjointe et voyager. Il faut que je sois heureux dans la vie et comme je ne crois pas en un au-delà, je tente d’en profiter pleinement. Je suis fier de la vie que j’ai eue jusqu’à maintenant, de ce que j’ai construit et de ma petite famille. Je suis heureux d’être en couple depuis 30 ans avec une femme extraordinaire. On s’est mariés quelques années après le début de notre relation parce qu’on voulait entreprendre des démarches d’adoption.
Pourquoi avoir eu recours à l’adoption ?
On voulait un enfant et ça ne marchait pas, alors on a entrepris des démarches pour adopter. Finalement, ma blonde est tombée enceinte et notre fils, Albert, est né : il a été notre bébé miracle. On voulait un deuxième enfant et ça ne fonctionnait pas. Le hasard nous a amenés vers l’adoption en Russie, où l’on a adopté notre fille, Lisa.
Dis-moi, comment vont tes enfants, Albert et Lisa ?
Ils vont bien. Ma fille est en secondaire 1 et l’adaptation se passe bien à sa nouvelle école. Mon fils, pour sa part, a lâché l’école parce qu’il trouvait que ce n’était pas pour lui. Il n’était pas heureux sur les bancs d’école. Il a travaillé dans une pâtisserie et il souhaite maintenant étudier dans ce domaine.
As-tu été un bon père pour eux ?
Quand j’étais un jeune père, je craignais d’être impatient, colérique et autoritaire comme ma mère l’était avec moi. Finalement, je suis devenu un père beaucoup plus cool que je le pensais. Je pense que ma relation avec mes enfants est bonne. Quand ils étaient petits, ils avaient un peu peur de moi parce que j’avais une grosse voix. À un moment donné, en haussant le ton, j’ai vu la peur dans les yeux de mon fils et je lui ai dit : « Tu sais que je ne vais jamais te frapper, hein ? C’est important que tu le saches. » Mon fils avait peur de moi et je n’ai pas aimé ça. J’ai donc été un bon père, mais sur le plan de l’organisation, ma blonde est pas mal meilleure que moi. Elle s’occupe de tout ce qui est administratif. Mes enfants se confient à moi comme je n’aurais jamais osé le faire avec mes parents. Ça me rend fier et ça me touche.
Tu ne pouvais pas te confier à tes parents ?
Non, mes parents étaient les patrons dans la maison. Ce n’était pas le type de parents à qui tu vas te confier quand ça ne va pas. Je ne pouvais pas vraiment jaser avec eux.
Tes deux parents sont décédés. Tu as eu une relation difficile avec eux, mais es-tu en paix avec ça ?
Oui, je suis en paix avec eux. Je n’ai pas eu la relation que j’aurais voulu avoir et ça ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité, mais c’est comme ça. Mon père est mort à 49 ans ; j’en avais 21 et je n’ai pas eu le temps que j’aurais voulu avoir avec lui. J’ai eu à faire le deuil de ce que je n’ai pas eu avec mes deux parents. J’aurais aimé que mon père me voie sur scène, qu’il connaisse mes enfants et que nous nous donnions une deuxième chance.
Perdre ton père à un jeune âge, est-ce que ç’a été un choc pour toi ?
Oui. Quand j’ai eu 50 ans, ma première pensée a été que je venais de dépasser mon père. La dernière année avant d’avoir 50 ans, j’y pensais constamment. Pas que je pensais que j’allais mourir — je ne suis pas fataliste —, mais pendant un an, je n’ai pas barré la porte des toilettes en me disant que si je tombais, mes enfants n’auraient pas à défoncer la porte pour me porter secours. Mon père a fait une rupture d’anévrisme au cerveau et il est mort trois semaines après.
Tu as appris que ta mère avait eu un enfant qu’on avait fait passer pour ta tante auprès de la famille. Comment as-tu vécu ça en apprenant la vérité à 16 ans ?
Ma mère a été fille-mère en secret. La nouvelle a été un choc pour moi, c’était toute une surprise d’apprendre que celle que je considérais comme ma tante était en réalité ma sœur. Je ne comprenais pas trop et je ne savais pas si c’était une bonne nouvelle ou pas. Mais aujourd’hui, j’ai une très bonne relation avec ma sœur et je suis heureux de l’avoir dans ma vie.
Laurent, tu dis qu’il te reste 20 ans à vivre, si tu es chanceux. Ça te mène à seulement 74 ans...
Je sais, mais je ne me vois pas vivre vieux. J’ai un surpoids et je suis lucide : les gens de mon poids qui vivent jusqu’à 85 ans ne sont pas nombreux.
As-tu déjà essayé de perdre du poids ?
Oui, et je n’ai pas abandonné. C’est juste que le fait d’avoir déjà été très gros me pénalise, même si je perds du poids. Au début de la quarantaine, j’avais perdu un bon 60 lb, mais comme j’avais déjà été gros, mon corps travaillait pour que je le redevienne. Il œuvre à garder des réserves et dès que je mange un peu, il emmagasine. Parfois, je ne mangeais pas plus qu’un humain normal et j’engraissais. Les régimes me rendent malheureux et en plus, je ne perds pas de poids. J’ai aussi une machine pour l’apnée du sommeil depuis quelques mois et je pense que je dors mieux pour la première fois en 15 ans.
La mode est aux médicaments qui font maigrir, comme Ozempic. As-tu été tenté par ça ?
J’ai déjà essayé une molécule du genre et ça fonctionnait, mais à un moment donné, les effets secondaires sont devenus trop importants. J’avais des nausées, à un point tel que j’ai eu à interrompre un spectacle pour aller vomir dans ma loge. Je ne me sentais vraiment pas bien, mais je suis revenu terminer mon spectacle après. Je ne voulais pas que les gens pensent que j’avais eu une attaque cardiaque sur scène, alors je leur ai dit la vérité. Après, j’ai arrêté de prendre ce médicament.
Aujourd’hui, es-tu en paix avec ton image corporelle ?
Non, loin de là ! Quand je me regarde, je ne me trouve pas beau. Mais je suis en paix avec qui je suis humainement. Je regarde le gars dans le miroir le matin et je me dis que ce gars-là fait ce qu’il peut dans la vie pour être une bonne personne. Je suis fier de cette personne-là.