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La Seine était 13 fois plus dégueulasse que le fleuve Saint-Laurent à une semaine des Jeux

Le problème, c’est que ce n’est pas juste un peu dégueulasse, l’eau dans la Seine. C’est horrible.

Photo AFP
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-07-30T18:05:00Z
2024-07-30T19:12:55Z

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PARIS | Si tu pêches un poisson dans la Seine, tu ne peux pas le manger. C’est trop dangereux. À une semaine des Jeux, l’eau présentait un taux de coliformes fécaux 13 fois plus élevé que le fleuve Saint-Laurent. C’était deux fois plus élevé que la norme maximale au Québec pour que ce soit sécuritaire d’y naviguer en pédalo.

• À lire aussi: La Seine toujours trop polluée: là, les Parisiens commencent à avoir l’air fous

Mais Paris continue de se croiser les doigts pour y plonger les meilleurs athlètes au monde.

Si l’organisation des Jeux est un succès jusqu’ici, cet entêtement des Parisiens à vouloir tenir des épreuves dans la Seine est en train de les faire passer pour des fous.

Et je crois que c’est aussi en train de les rendre fous.

Dimanche, les entraînements du triathlon ont été annulés. C’était trop contaminé. Lundi, même chose.

Mardi, c’était le lancement du triathlon masculin. Le comité organisateur s’est réuni en urgence à 3 h 30, durant la nuit, pour analyser l’eau et décider trois heures avant la compétition que tout était annulé pour la journée sans préciser à quel point l’eau était contaminée.

Photo Jean-Nicolas Blanchet
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C’est remis à mercredi, mais tout repose sur de nouveaux tests. Soulignons que le triathlon est la première compétition qui doit se tenir dans le fleuve. La natation marathon doit aussi avoir lieu la semaine prochaine.

Comme des centaines de spectateurs, je me suis levé aux petites heures pour assister à ce triathlon prévu à 8 h. Je me suis retrouvé le bec à l’eau. J’en ai donc profité pour mieux découvrir la Seine.

De toute beauté

Le site où se tient le triathlon doit être le plus beau de l’histoire du triathlon. Le départ et l’arrivée ont lieu sur le pont Alexandre III qui relie le Grand Palais, les Champs-Élysées et l’Hôtel des Invalides.

À quelques mètres, c’est le Jardin des Tuileries et le musée d’Orsay. Comme carte postale, il n’y a pas mieux et on comprend Paris de rêver d’une compétition à cet endroit.

Le problème, c’est qu’elle n’est pas juste un peu dégueulasse, l’eau dans la Seine. Elle est horrible. Ce n’est pas pour rien que la baignade y est interdite depuis 101 ans. J’y suis allé m’y tremper les pieds par solidarité pour les athlètes. J’ai aussi marché plusieurs kilomètres sur les rives.

Photo Jean-Nicolas Blanchet
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Évidemment, l’eau sent mauvais et a une couleur horrible. Mais on n’y retrouve pas de déchets, par exemple, bien que j’aie vu une cartouche d’appareil photo jetable.

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Pour un peu de contexte, je suis allé dans les sous-sols de Notre-Dame de Paris où la Ville présente des vestiges des objets qui ont été retrouvés dans la Seine depuis l’Antiquité.

Car oui, ça fait très longtemps que la Seine est la Seine. On y a retrouvé la défense d’un mammouth, par exemple, qui date d’environ 10 000 ans.

Historiquement, la Seine a presque toujours été une poubelle.

Eaux usées

Selon l’UNESCO, au début des années 2000, le bassin de la Seine représentait 40% de la production industrielle française et 60% de l’agriculture intensive. Le résultat, c’est que la moitié du débit de la Seine était parfois constitué d’eaux usées.

Toujours selon l’UNESCO, au début des années 60, les scientifiques ont établi que la Seine était «presque biologiquement morte». Il restait seulement des brochets.

En 2010, le quotidien Paris-Normandie soulignait que La Seine était le fleuve européen le plus pollué aux polychlorobiphényles (PCB). C’était un produit utilisé jusqu’en 1987 en Europe dans les transformateurs. Ce produit hautement toxique a rendu les poissons impropres à la consommation, même aujourd’hui. Ce polluant s’est répandu dans l’environnement.

Il y a deux ans, 154 obus datant de la Deuxième Guerre mondiale ont été trouvés dans la Seine, forçant les policiers à envoyer des démineurs pour sécuriser Paris.

Photo Jean-Nicolas Blanchet
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À tout ça s’ajoute le fait que le système d’égouts date de 1850 et que les eaux pluviales circulent dans la même tuyauterie que les eaux de toilette. Ça peut donc se retrouver à l’endroit où les meilleurs nageurs au monde sont censés performer.

Et je n’ai pas encore parlé des rats. Des tapis sont installés aux abords de la Seine pour les athlètes. Le but est d’éviter qu’ils ne contractent la leptospirose, une maladie bactérienne transmise par l’urine de rongeurs et qui peut s’infiltrer dans une coupure, notamment.

Coliformes fécaux

La qualité d’eau se mesure pour plusieurs bactéries. Celle qui retient l’attention à Paris est l’Escherichia coli entéropathogène (E. coli), une bactérie qu’on retrouve dans le tube digestif de l’être humain. L’E. coli est un sous-groupe des coliformes fécaux. C’est effectivement un peu de la merde.

La bactérie se mesure en Unité Formant Colonie (UFC) par 100 mL. Au Québec, la limite pour se baigner, c’est 200 UFC. Pour faire du pédalo ou du canot, c’est 1000 UFC.

Une infection à l’E. coli peut aboutir pour l’être humain en gastroentérite, otite, conjonctivite et dermatite, notamment.

Quand la mairesse s’est baignée dans la Seine, c’était autour de 985. La limite maximale dans l’Union Européenne est moins sévère que chez nous, c’est 900.

Le niveau d’UPC varie de jour en jour, en fonction de la météo. À l’endroit précis où a lieu le triathlon, le 18 juin, c’était 9750. Vous avez bien lu. Le 7 juillet, c’était 500. Une semaine avant les Jeux, le 21 juillet, c’était 2000. Depuis le 23, la mairie ne rend plus les chiffres publics.

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Bref, c’est bien difficile de savoir à quoi cela ressemblera mercredi. 

Photo Jean-Nicolas Blanchet
Photo Jean-Nicolas Blanchet

Pour comparer, au Québec, selon les dernières analyses rendues publiques par le ministère de l’Environnement, on parle en moyenne de 145 dans le fleuve Saint-Laurent, à la haute de l’île d’Orléans, entre 200 et 600, à la hauteur de l’est de Montréal. Pour la rivière Saint-Charles, au cœur de Québec, c’est 1700. À Montréal, la rivière des Prairies, à la hauteur du pont de la 25, est à 123.

L’organisme qui avait vu juste

En avril dernier, l’organisme Surfrider, qui veille à la qualité de l’eau pour la baignade partout dans le monde, avait sonné l’alarme en publiant une lettre ouverte destinée à la mairie de Paris.

Surfrider avait prélevé plusieurs échantillons qui exposaient que la Seine était encore beaucoup trop contaminée pour les Jeux, malgré le 2,1 milliards de dollars du public qui ont été investis pour nettoyer le cours d’eau et rendre la Seine baignable en 2025.

«De ne pas prévoir de plan B, ce n’était pas prudent», explique, en entrevue avec Le Journal, Lionel Cheylus, porte-parole de Surfrider.

Il salue les efforts de Paris, mais s’attriste de constater que la pluie de la semaine n’a pas aidé à conserver un bas niveau de bactérie. «Tout dépend vraiment de la météo», précise-t-il.

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Est-ce que tout ça était un projet irréaliste? «C’est sûr qu’il y a beaucoup de si», a-t-il dit, déplorant le comité organisateur a manqué de transparence en refusant de dévoiler à quel point la Seine était polluée mardi matin.

Il souligne qu’un test d’eau homologué prend au moins 48 heures. C’est pourquoi il estime qu’en cas de pluie, les organisateurs ne pourront donc pas tenir le triathlon d’ici deux jours dans la Seine car de nouveaux tests devront être effectués. Ceux déjà réalisés seront caduques.

Photo Jean-Nicolas Blanchet
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Rappelons que Charles Paquet, de Port-Cartier, doit participer à l’épreuve du triathlon.

Questionné à ce sujet avant les Jeux, l’athlète avait indiqué à mon collègue Richard Boutin que ça ne l’inquiétait «pas du tout. C’est sûr que lorsque ta passion, c’est le triathlon dans la vie, disons que ça en prend plus pour t’affecter».

«La sécurité des athlètes prime», a réagi par courriel, mardi, Phil Dunne, directeur haute performance chez Triathlon Canada, ajoutant avoir pleinement confiance dans les organisateurs pour trouver une solution.

«Nous avons hâte de prendre le départ mercredi.»

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