42 pesticides différents détectés: mobilisation pour améliorer l'état de la rivière Saint-Régis en Montérégie, une des pires au Québec


Annabelle Blais
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Tous les indicateurs de la rivière Saint-Régis sont clairs: cette rivière qui coule notamment à Sainte-Catherine, en banlieue du sud de Montréal, est l’une des pires au Québec.
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Mais l’état de la rivière Saint-Régis est surtout représentatif des typiques des petites rivières du sud-ouest du Québec où l’agriculture et les milieux urbains occupent une grande partie du territoire et où les milieux humides ou boisés se font plus rares, précise Geneviève Audet, directrice générale de l’organisme de bassin versant SCABRIC.
«Pour la rivière Saint-Régis, on parle de la première couronne de Montréal», précise-t-elle.
La rivière draine les eaux des municipalités de Saint-Isidore, de Saint-Constant et d’une partie de Saint-Rémi. Les cultures y occupent 59% du bassin versant, principalement du soya et du maïs et un peu de cultures maraîchères.
C’est pour cette raison que la Saint-Régis est échantillonnée par le ministère de l’Environnement toutes les années depuis 1992 pour analyser la présence de pesticides.
Le plus récent rapport, publié en 2022, s’arrête aux données de 2020. Mais, à partir des données brutes, nous avons toutefois calculé qu’en 2022, 42 pesticides y ont été détectés. L’herbicide de glyphosate (Roundup) a été retrouvé dans tous les échantillons réalisés l’été dernier et nous comptons que dans huit d’entre eux, les concentrations menaçaient la vie aquatique en cas d’exposition chronique.
- Écoutez la chronique faits divers d’Annabelle Blais, journaliste au Bureau d’enquête de Québecor, dans laquelle elle revient sur l'état lamentable de nos rivières via QUB radio :
Les concentrations de Roundup se retrouvent aussi en grande quantité dans les sédiments de cette rivière.
Dans le dernier rapport du ministère pour la période de 2018 à 2020, presque tous les échantillons (98,9%) présentaient au moins un dépassement de pesticide. De plus, en 2020, le néonicotinoïde nommé thiaméthoxame, qui est toxique pour les abeilles, dépassait le critère de vie aquatique dans 96,7% des échantillons. Cela signifie que l’exposition à ces concentrations, si elle s’inscrit dans la durée, menacera la vie aquatique.
Inondations et érosion des sols
Mme Audet insiste pour souligner le travail accompli par le milieu agricole ces dernières années. «C’est un milieu qui s’est beaucoup pris en main», dit-elle.
Plusieurs agriculteurs ont planté des cultures de couverture, par exemple du trèfle, entre les rangs de maïs, explique-t-elle. Des bandes riveraines végétalisées et des haies brise-vent ont aussi été plantées pour limiter l’érosion des sols, notamment.
Ces gestes devraient aider, espère-t-elle, à retenir davantage les eaux de ruissellement chargées de sédiments et de pesticides lors des épisodes d’inondations, qui se sont intensifiés dans cette région ces dernières années.

Il y a cinq ans environ, des municipalités ont approché son organisme pour lui faire part de différents problèmes avec la Saint-Régis. Tandis que Saint-Constant et Sainte-Catherine subissent des problèmes d’inondations et d’érosion des berges, Saint-Rémi est frappée par des sécheresses.
«Le lien était clair, il était à l’échelle du bassin versant, c’était une question de gestion de l’eau», dit Mme Audet.
Il fallait donc mobiliser tous les milieux pour pouvoir agir sur l’ensemble du bassin: agricole, municipal, politique, citoyen et environnemental. «On a essayé d’impliquer le milieu industriel, mais ils sont un peu plus difficiles à rejoindre», glisse-t-elle.
Les industries sont aussi responsables de l’état des rivières, car elles y déversent des eaux usées. Sur le territoire du SCABRIC, il y a notamment la carrière de la cimenterie Lafarge et même un terrain contaminé, l’ancien dépotoir Sambault, qui est situé en pleine zone agricole à Saint-Isidore et sur lequel un dôme a été construit pour empêcher la propagation de contamination dans l’eau souterraine.
– Avec la collaboration de Philippe Langlois