La décision déchirante de l’espoir du CH Vinzenz Rohrer paiera-t-elle?

Nicolas Cloutier
Partager
Par pure coïncidence, le timing de notre entretien avec Vinzenz Rohrer à Laval, jeudi dernier, était impeccable. La veille, Brendan Gallagher avait été inséré dans la formation du Canadien et avait ouvert la marque dans les premières minutes du cinquième affrontement avec le Lightning.
Le timing du retour de Rohrer en Amérique du Nord n’est pas mauvais lui non plus. Il survient alors que Gallagher est à la croisée des chemins à Montréal.
- À lire aussi : La raison de mon absence
- À lire aussi : Bombe à Toronto : Auston Matthews ne sait pas s’il sera de retour avec les Leafs cet automne
- À lire aussi : Après Jake Evans, c’est peut-être lui, la prochaine trouvaille au 7e tour
Vous avez compris que, depuis un certain temps, les comparaisons sont inévitables entre Rohrer et Gallagher.
« Depuis mon enfance [en Autriche], je suis familier avec lui », a confié l’espoir du Tricolore, choisi au troisième tour (75e au total) en 2022. « Montréal était l’équipe préférée de mon frère. J’ai ce souvenir de lui qui me montre sa carte de hockey de Gallagher. »
Les liens ne s’arrêtent pas là, bien entendu, entre ces deux petits attaquants plutôt coriaces.
« Oui, on m’a comparé beaucoup à lui, a reconnu le principal intéressé. La comparaison est venue de quelqu’un à l’intérieur de l’organisation, à Montréal. »
Qui était cet employé mystère ?
« Je vais le garder pour moi », a rétorqué Rohrer avec un sourire.

Pari mûrement réfléchi
Même l’ex-espoir du CH Tim Bozon, qui a perdu une finale contre Rohrer en Suisse, insistait sur les similitudes entre les deux joueurs l’automne dernier. Et Bozon a côtoyé Gallagher dans des camps du Canadien.
Rohrer a encore des croûtes à manger avant d’atteindre ce niveau. Du moins, celui affiché par le guerrier au numéro 11 dans ses plus belles années.
Les séries actuelles de la Ligue américaine et la prochaine saison nous offriront de précieuses informations sur le progrès de l’Autrichien, qui a pris une décision déchirante pour le bien de son développement il y a trois ans.
Après une deuxième saison dans la Ligue junior de l’Ontario (OHL) avec les 67 d’Ottawa, Rohrer est retourné en Europe pour poursuivre son développement en Suisse avec les Lions de Zurich.
« C’était ma décision, a confié le jeune homme à la chevelure ébouriffée. J’étais au téléphone pendant deux mois, probablement trois heures par jour. C’était immense comme choix à faire. À l’époque, je crois bien que Montréal préférait que je reste en Amérique du Nord pour me familiariser davantage avec le style de jeu. »
Mais Rohrer y avait mûrement réfléchi. Son calcul était le suivant : jouer en Europe lui permettrait de passer plus de temps dans le gymnase.
« Sans oublier que Marc Crawford était l’entraîneur-chef à Zurich, a-t-il poursuivi. Avec le recul, il a été vraiment important pour moi. »
Parce qu’il n’était pas toujours doux... mais aussi parce qu’il lui confiait des responsabilités que l’on confierait rarement à un joueur de son âge.
« Il m’utilisait dans les situations critiques, en infériorité numérique et en fin de match, a souligné Rohrer. Il était ferme. Bien sûr, vous connaissez Marc Crawford. Mais en fin de compte, il m’a donné une chance et je lui en suis reconnaissant. »
Baisse de régime
Rohrer a remporté deux championnats consécutifs avec Zurich en 2024 et 2025, jouant à la merveille son rôle de petite peste.
Cette saison, toutefois, sa production en Suisse a périclité. L’ailier de 5 pi 11 po a été limité à quatre buts et huit aides pour 12 points en 41 matchs avec Zurich.
« Oui, mes chiffres ont baissé, a-t-il admis. J’essaie de voir le positif, j’ai appris à travers ça. J’ai l’impression que mon rôle était le même que lors des deux saisons précédentes, avec des responsabilités en infériorité numérique. J’ai l’impression d’avoir amélioré encore mon jeu défensif. »
Faut-il supposer que les chiffres ne donnent qu’un bout de l’histoire ?
« Je veux dire, les chiffres ne révèlent jamais toute l’histoire », nous a-t-il justement repris.
Certains diront que Rohrer a un style plus nord-américain qu’européen et, en ce sens, la petite glace fera peut-être davantage ressortir ses plus grands atouts.
Il a constaté rapidement que le jeu était très différent ici. On l’a d’ailleurs aperçu au Centre Bell lors du quatrième match de la série entre le CH et le Lightning.
« Tout est nouveau, a observé Rohrer. Tu entends toutes sortes de choses sur la façon dont le hockey est joué en séries dans la LNH. Là, tu le vois pour la première fois. C’est vraiment différent. C’est du jeu en ligne droite et physique. »
On a envie de dire qu’il pourrait y prendre goût.