L’appel marquant de Joe Thornton à un joueur de hockey québécois qui ne patinait pas assez bien
Après une carrière qui a pris de longs détours, Guillaume Asselin vit son rêve. Mais celui-ci a atteint un autre niveau, il y a quelques semaines


Jessica Lapinski
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Guillaume Asselin voulait vraiment jouer au hockey professionnel. Pour toucher à son rêve, alors qu'il était tanné de voir des «tough» passer devant lui dans la ECHL, l’attaquant de Québec a fait le choix de partir en Europe. Une décision qu’il n’a jamais regrettée, au contraire, et qui s’est avérée encore plus savoureuse il y a quelques semaines, quand un certain Joe Thornton, devenu directeur général, l’a appelé pour lui demander de porter les couleurs d’Équipe Canada.
«La première chose que je lui ai dite, c’est un gros: “Oui!” Puis, on a parlé d’autres choses, de la famille. C’était un moment vraiment cool», raconte-t-il au Journal, un grand sourire dans la voix.
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C’est comme ça qu’Asselin ainsi que sa femme, ses deux garçons et sa maman ont passé la fin décembre à Davos, en Suisse, pour que le hockeyeur défende le drapeau canadien à la Coupe Spengler, le deuxième plus vieux tournoi de hockey au monde après les séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

Le souvenir d’une vie
On pourrait écrire que c’est un rêve devenu réalité pour le tenace attaquant, qui avait connu une belle carrière dans la LHJMQ avant d’aller sur le circuit universitaire canadien, faute d’être vraiment capable de se tailler une place dans la ECHL (le calibre sous la Ligue américaine) à 20 ans.
Après tout, dès qu’il a traversé l’Atlantique en 2017-2018, pour aller jouer en Slovaquie, Asselin s’est dit que ce serait «vraiment cool» de pouvoir disputer un jour la fameuse Coupe Spengler, que le Canada a remporté à 16 occasions.
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Et oui, il a tripé, dans le mythique aréna de Davos aux allures de vieille église, devant une foule tellement bruyante qu’elle empêchait les joueurs nord-américains moins habitués à jouer en Suisse de s’entendre parler sur la glace.

Il va «s’en souvenir toute sa vie», assure-t-il. Même si à ses yeux, le Canada, qui a été éliminé en demi-finales, aurait dû enlever les grands honneurs.
Il a tout savouré. La présence de ses proches, fortement encouragée par Hockey Canada, qui veut faire du tournoi un happening familial. La mission de défendre l’unifolié. La gang de gars, composée d’anciens de la LNH – comme Nathan Beaulieu ou Jordie Benn –, de joueurs de la Ligue américaine, mais surtout de hockeyeurs qui, comme lui, évoluent désormais en Suisse.

Les chandails des Nordiques, vus dans les estrades. Le chant «Bruce there it is», entonné par des partisans canadiens en l’honneur de l’entraîneur Bruce Boudreau.
Mais il vivait déjà un rêve
Mais le rêve devenu réalité, Guillaume Asselin le vit déjà depuis sept ans, à jouer chez les pros, en dépit des grands détours qu’il a dû prendre pour y arriver.
Parce que même s’il amassait pas mal de points dans les rangs juniors (dont 82 en 2010-2011, avec les Saguenéens), Asselin n’était pas nécessairement prêt à faire immédiatement le saut chez les professionnels à 20 ans.
Il n’avait pas encore la «maturité physique et mentale». Il y avait aussi une question de «timing», estime-t-il, en plus du fait que son «style de patin était assez drôle» (ce sont ses mots).
Il a donc opté pour le circuit universitaire canadien. Et avec du recul, on constate qu’Asselin donne raison aux voix, de plus en plus nombreuses, qui s’élèvent pour que les ligues professionnelles jettent un œil à ce qui s’y passe.
L’attaquant connaissait bien Marc-Étienne Hubert, qui l’avait dirigé chez les Saguenéens avant de faire le saut derrière le banc des Patriotes de l’Université de Trois-Rivières.
«Il m’a dit: “Viens étudier, viens chercher ton diplôme. Je connais aussi ton objectif de retourner chez les pros après”, raconte Asselin. [...] Ç’a super bien été, ç’a vraiment été un bon fit.»
«Ç’a été des années vraiment importantes, ajoute-t-il. On jouait peu de matchs, mais on s’entraînait beaucoup sur la glace et hors glace. C’est vraiment là, entre 20 et 24 ans, que j’ai acquis ma maturité physique.»
Au camp du Canadien
Diplôme en finances et titre de joueur par excellence au hockey universitaire canadien en poche, l’ailier droit s’est réessayé chez les pros. Le Canadien l’a d’ailleurs invité à son camp des recrues, en 2016.
L’organisation lui a également consenti un contrat à deux volets, entre la Ligue américaine et la ECHL. Il s’est entraîné avec les IceCaps de St. John's, mais sans jamais porter leurs couleurs.
Il a aussi joué sept parties avec le Beast de Brampton, dans la ECHL. Puis trois autres avec Wichita.
Et c’est là que c’est arrivé.
Las, comme on l’écrivait d’emblée, de peu jouer et de voir des «tough» passer devant lui malgré son coup de patin grandement amélioré depuis les rangs juniors («ce n’est plus une lacune aujourd’hui», souligne-t-il), Asselin a dit oui quand un agent lui a proposé d’accepter l’offre d’une équipe slovaque.
À Banska Bystrica, ville de 75 000 habitants, ça a été un coup de cœur instantané.
Le début du rêve: des coéquipiers slovaques qui l’accueillaient à bras ouverts, des partisans passionnés qui buvaient beaucoup de bière et qui payaient le dîner aux joueurs, et d’autres exilés québécois pour bien s’intégrer.
Et surtout, deux championnats en autant de saisons, «ses années les plus cool au hockey».
La grande vie en Suisse
Mais Asselin rêvait aussi de la Suisse. Dans la première ligue, la Ligue A, le calibre de jeu est plus élevé que dans la Ligue américaine, lui ont dit quelques anciens des deux circuits.
Il y a également «du bel argent» à faire, puisqu’un joueur étranger touche entre 235 000$ et 630 000$ net, par année, en plus de voir pas mal toutes ses dépenses être payées, hormis l’essence et l’épicerie.
La grande vie, quoi. Parce que la Suisse, c’est aussi la Suisse, avec ses paysages qui coupent le souffle.
L’attaquant, rejoint par sa femme Catherine, a d’abord mis le cap sur Sierre. Une ville de montagnes, justement, où joue un club de deuxième division et qu’ils ont adoptée. C’est là que leur aîné, William, est né, et ils y retournent quelques fois par année.
«J’adore ça, jouer au hockey»
Mais lors d’un prêt de quelques matchs à Genève, Asselin s’est donné la chance de faire le saut en Ligue A. En quatre rencontres, il a inscrit six buts.
La saison suivante, il paraphait une entente de deux ans avec le Ajoie HC, qu’il a depuis renouvelée pour une autre campagne.
Il a été le meilleur buteur de l’équipe, l’an dernier, avec 18 en 44 matchs. Et à 31 ans, il ne se voit pas arrêter bientôt.
«Tout ça, c’est le fruit de pas mal d’efforts et de décisions que tu as fait tourner en ta faveur», lui fait-on remarquer.
Il acquiesce. Car si Guillaume Asselin se demande parfois s’il n’aurait pas dû être plus patient, s’il n’aurait pas dû attendre d’avoir sa chance dans la Ligue américaine, il affirme «avoir réfléchi à tout ce qu’il faisait».
Parce que, poursuit-il, «finalement, je suis ici et je suis content des décisions que j’ai prises dans ma carrière».
«J’adore ça, jouer au hockey. C’est ma passion», sourit-il.