Kent Hughes est un «obstiné de première», dit Jeff Gorton


Marc de Foy
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Out of the box, vous vous en souvenez, c’est l’expression anglaise qu’avait utilisée Jeff Gorton, lors de sa première mêlée de presse à Montréal, pour dire qu’il pourrait aller hors des sentiers battus pour dénicher son directeur général. Sans dire qu’il irait dans cette direction, il voulait garder toutes les portes ouvertes.
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« Je ne pensais pas à Kent [Hughes] et à Marty [Martin Saint-Louis] quand j’ai dit ça, précise Gorton aujourd’hui.
« Mais je voulais définitivement examiner toutes les avenues possibles. Le nom de Kent m’est venu à l’idée deux semaines après mon entrée en fonction. Il possédait une certaine expérience dans le monde du hockey à titre d’agent.
« Il a éclaté de rire quand je l’ai appelé pour lui demander s’il considérerait l’idée de devenir directeur général du Canadien.
« Je pense qu’il n’avait jamais envisagé cette possibilité. Il avait son entreprise en représentation d’athlètes et il se plaisait dans ce domaine. »
L’appel surprise de Geoff Molson
Gorton a été tout aussi surpris que l’a été Hughes quand il a reçu l’appel de Geoff Molson. Il occupait alors un poste de commentateur dans le réseau de télévision de la Ligue nationale.
« Je dînais avec ma femme lorsqu’un numéro de Montréal est apparu sur l’afficheur de mon téléphone, raconte-t-il.
« Je me suis demandé qui pouvait bien m’appeler de Montréal à ce moment-là [alors qu’il n’était plus DG dans la LNH]. Ne voulant pas offenser ma femme, j’ai attendu d’être de retour à la maison pour consulter le carnet des numéros de téléphone attribués aux directeurs généraux de la ligue.
« J’étais habité par un sentiment étrange. Quand j’ai vu qu’il s’agissait de Geoff Molson, je me suis demandé ce qu’il pouvait bien me vouloir. Le reste est passé à l’histoire. »
Type d’une grande intelligence
Le propriétaire du Canadien a communiqué avec Gorton à la suggestion de Gary Bettman. Dans le cas de Hughes, tout le monde a conclu qu’il était proche de Gorton.
« Les gens ont dit que nous étions des amis, mais ce n’était pas la vérité, affirme Gorton.
« Les gens disaient aussi que nous avions des propriétés à Cape Cod, mais nous n’habitons pas à proximité l’un de l’autre. Je n’ai jamais vu la maison de Kent. Je n’avais pas réellement passé beaucoup de temps avec lui en personne. La plupart du temps, on se parlait au téléphone. »
C’était d’abord pour négocier les contrats des clients de Hughes, en premier lieu chez les Bruins, puis chez les Rangers. Mais la suite des discussions tournait souvent autour du hockey.
« Kent est extrêmement intelligent, il a une vision vraiment différente de celle de la plupart des gens de hockey, souligne Gorton.
« Il a une façon bien à lui de parler du développement des joueurs. Il ne s’en tient pas seulement au X et au O sur le tableau.
« Quand il était agent, il argumentait toujours sur ce que ses clients et d’autres joueurs seraient en mesure d’accomplir si les équipes les aidaient un peu plus et qu’on leur parlait de la bonne façon. Il allait jusqu’au bout de ses opinions.
« C’est un obstiné de première ! »
Diamétralement opposés
Voilà un côté de la personnalité de Hughes que l’on vient de connaître. On ne dirait pas ça à le voir et à l’entendre. Mais il faut se rappeler qu’il était agent, un rôle qui consiste à faire du marchandage.
« Nous sommes diamétralement opposés sur bien des choses, confie Gorton.
« Kent aime argumenter. Il va parlementer toute la soirée ! Si je lui dis que le plafond salarial est de 83 millions, il va répondre que ce n’est pas vraiment ça en tenant compte des blessés à long terme et autres facteurs.
« Ce n’est jamais oui avec lui. »
- En somme, il veut toujours avoir le dernier mot, c’est ça, Jeff ?
« Oh oui, il aime ça ! répond Gorton.
« Et c’est dans tout. On n’est pas pareils, mais on se complète bien », conclut Gorton là-dessus.
On appelle ça le choc des idées et c’est bien comme ça, diront les gestionnaires expérimentés. Vous aurez deviné que, dans ce contexte, les deux hommes ne manquent pas de se taquiner.
Au tournoi de golf du Canadien l’an dernier, l’auteur de ces lignes a entendu Gorton faire une blague à Hughes au sujet de son crâne dénudé. La réplique n’avait pas tardé.
« Et toi, tu te teins les cheveux ! » lui avait lancé Hughes.
- C’est vrai, Jeff ?
« Non, non, répond-il avec vigueur.
« Mais si vous regardez de près, vous allez constater que j’ai des cheveux gris ici et là. Ça a commencé depuis que je suis ici. »
C’est sûr !